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les premiers nés de l'Église. En cette qualité glorieuse il les considère comme des personnes auxquelles il fait la cour , si je puis parler de la sorte. C'est pourquoi il n'estime pas que ce soit assez que son présent les soulage , mais il souhaite que son service leur agrée; et, pour obtenir cette grâce, il met toute l'Église en prières. Tant les pauvres sont considérables dans l'Église de Jésus-Christ , que saint Paul semble établir sa félicité dans l'honneur de les servir et dans le bonheur de leur plaire : Ut obsequii mei oblatio (iccepta fiât in Jérusalem sanctis.
Mesdames, revétez-vousde ces sentiments apostoliques; et, dans les soins que vous prenez de cette maison , regardez avec respect les pauvres qui la composent . Méditez sérieusement en la charité de Notre Seigneur, que si les honneurs du siècle vous mettent au-dessus d'eux , le caractère de Jésus- Christ, qu'ils ont l'honneur de porter, les élève au-dessus de vous. Honorez , en les servant, la mystérieuse conduite delà Providence divine , qui leur donne les premiers rangs dans l'Église avec une telle prérogative , que les riches n'y sont reçus que pour les servir.
SECOND POINT
C'est la seconde vérité que je me suis obligé de vous expliquer, et qui suit si évidemment de celle que j*ai déjà établie, qu'il ne sera pas nécessaire de m'étendre beaucoup sur la preuve. Et certainement, chrétiens, comme il a déjà été dit, Jésus, qui ne promet dans son Évangile que des afflictions et des croix , n'a pas besoin de riches dans sa sainte Église ; et leur faste n'ayant rien de commun avec la profonde l)umiliatiou de ce Dieu anéanti jusques à la croix, il est bien aisé de juger, messieurs , qu'il ne les recherche pas pour eux-mêmes. Car à quoi lui sont-ils bons dans son royaume ? Quoi ? pour lui ériger des temples superbes , ou pour orner ses autels d'or et de pierreries ? Ne vous persuadez pas qu'il se plaise dans ces ornements : il les reçoit de la main des hommes comme 40s marques de leur piété , comme des hommages de leur
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religion. Mais , bien loin d'exiger ces grandes dépenses , ne voyez-vous pas au contraire qu'il n'est rien de plus commun ni de plus bas prix que ce qui est nécessaire à son culte ? Il demande seulement de Teaula plus simple pour régénérer ses enfants : il ne faut qu'un peu de pain et de vin pour consacrer ses mystères , où réside la source de toutes ses grâces. Jamais il ne s'est tenu mieux servi que lorsqu'on lui sacrifiait dans des cachots, et que l'humilité et la foi faisaient tout l'ornement de ses temples. Autrefois dans l'ancienne loi il voulait de la pompe dans son service : mais cette simplicité qu'il affecte , si je puis parler de la sorte, dans le culte de la nouvelle alliance, c'est pour faire voir aux riches du monde qu'il n'a plus besoin d'eux ni de leurs trésors , si ce n'est pour le service de ses pauvres.
Mais pour les pauvres, messieurs^ il confesse qu'il en a besoin ; et il implore leur secours. Ecce mysttrivm vobis dico : « Voici un mystère admirable. » Jésus n'a besoin de rien, et Jésus a besoin de tout : Jésus n*a besoin de rien selon sa puissance; mais Jésus a besoin de tout selon sa compassion : Ecce mysterium vobis dico : « Voici un grand mystère que j'ai « à vous dire; » c'est le mystère du Nouveau Testament. Cette même miséricorde, qui a obligé Jésus innocent à se charger de tous les crimes , oblige encore Jésus , tout heureux qu'il est, à se charger de toutes les misères. Car comme le plus innocent est celui qui a porté le plus de péchés , aussi le plus abondant est celui qui porte le plus de besoins. Ici il a faim, et là il a soif: là il gémit sous des chaînes , ici il est travaillé par des maladies : il souffre en même temps le froid et le chaud , et les extrémités opposées. Pauvre véritablement , et le plus pauvre de tous les pauvres , parce que tous les autres pauvres ne souffrent que pour eux-mêmes; et que « Il n'y a « que Jésus-Christ qui pâtisse dans toute l'universalité des « misérables : » Unus tantummodo Christtis est qui in omnium pauperum universitate mendicet. Ce sont donc les besoins pressants de ses pauvres membres qui l'obligent de se relâcher en faveur des riches .
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Il ne voudrait voir dans son Église que ceux qui portent sa marque, que des pauvres, que des indigents , que des affligés, que des misérables. Mais s'il n'y a que des malheureux , qui soulagera les malheureux? que deviendront les pauvres dans lesquels il souffre, et dont il ressent tous les besoins ? Il pourrait leur envoyer ses saints anges ; mais il est plus juste qu'ils soient assistés par des hommes qui sont leurs semblables. Venez donc, 6 riches , dans son Église; la porte enfin vous en est ouverte : mais elle vous est ouverte en faveur des pauvres , et à condition de les servir. C'est pour Famour de ses enfants qu'il permet l'entrée à ces étrangers. Voyez le miracle de la pauvreté! oui, les riches étaient étrangers; mais le service des pauvres les naturalise, et leur sert à expier la contagion qu'ils contractent parmi leurs richesses. Par conséquent , ô riches du siècle , prenez tant qu'il vous plaira des titres superbes; vous les pouvez porter dans le monde: dans l'Église de Jésus-Christ, vous êtes seulement serviteurs des pauvres. Ne vous offensez pas de ce titre : le patriardie Abraham l'a tenu à gloire ; lui, qui avait tant de serviteurs et une si nombreuse famille , prenait néanmoins pour son partage le soin et l'obligation de servir les nécessiteux. Aussitôt qu'ils approchent de sa maison , lui-même s'avance pour les recevoir; lui-même va choisir dans son troupeau ce qu'il y a de plus délicat et de plus tendre ; lui-même se donne la peine de servir leur table. Ainsi , dit l'éloquent Pierre Chrysologue, a Abraham, sentant arriver les pauvres , ne se souvient « plus qu'il est maître, » et il fait toutes les fonctions d'un serviteur : Abraham, viso peregrino, dominumse esse nescivit. Mais d'où lui vient cet empressement à servir les pauvres? C'est que ce père des croyants voyait déjà en esprit le rang qu'ils devaient tenir dans l'Église : il considère déjà Jésus- Christ en eux : il oublie sa dignité , dans la vue de celle des pauvres; et il montre aux riches, par son exemple, l'obligation qu'ils ont de les servir.
Mais quel service leur devons-nous rendre? en quoi sommesnous tenus de les assister? Vous le voyez déjà , chrétiens ,
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dans Texemple du patriarche Abraham. Mais Tadiuirable saint Augustin va vous donner encore sur ce sujet-là une instruction plus particulière. « Le service que vous devez aux né- » cessiteux, c'est de porter avec eux une partie du fardeau « qui les accable. » L'apôtre saint Paul ordonne aux fidèles de a porter les fardeaux les uns des autres: » Mter alterius onera portate. Les pauvres ont leur fardeau, et les riches aussi ont le leur. Les pauvres ont leur fardeau ; qui ne le sait pas? Quand nous les voyons suer et gémir, pouvons-nous ne pas reconnaître que tant de misères pressantes sont un fardeau très-pesant , dont leurs épaules sont accablées ? Mais encore que les riches marchent à leur aise, et semblent n'avoir rien qui leur pèse , sachez qu'ils ont aussi leur fardeau. £t quel est ce fardeau des riches ? chrétiens , le pourrez-vous croire.^ ce sont leurs propres richesses. Quel est le fardeau des pauvres ? c'est le besoin : quel est le fardeau des riches ? c^est l'abondance. « Le fardeau des pauvres , dit saint Augus- « tin, c'est de n'avoir pas ce qu'il faut; et le fardeau des ri- « ches , c'est d'avoir plus qu'il ne faut : » Onus paupertatis non habere, diviliarum onus plus quam opus est habere. Quoi donc "> est-ce un fardeau incommode que d'avoir trop de biens ? Ah ! que j'entends de mondains qui désirent un tel fardeau dans le secret de leurs cœurs ! Mais qu'ils arrêtent ces désirs inconsidérés. Si les injustes préjugés du siècle les empêchent de concevoir en ce monde combien l'abondance pèse : quand ils viendront en ce pays , où il nuira d'être tro[> riches ; quand ils comparaîtront à ce tribunal , où il faudra rendre compte non-seulement des talents dispensés , mais encore des talents enfouis , et répondre à ce Juge inexorable non-seulement de la dépense , mais encore de Fépargne et du ménage ; alors, messieurs, ils reconnaîtront que les richesses sont un grand poids , et ils se repentiront vainement de ne s'en être pas décljargés.
Mais n'attendons pas cette heure fatale ; et, pendant que le temps le permet, pratiquons ce conseil de saint Paul : ^Uer alterius onera portate : « Portez vos fardeaux les uns les
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« autres. » Riche , portez le fardeau du pauvre , soulagez sa nécessité, aidez-le à soutenir les afflictions sous le poids desquelles il gémit; mais sachez qu'en le déchargeant, vous travaillez à votre décharge : lorsque vous lui donnez , vous diminuez son fardeau , et il diminue le vôtre ; vous portez le besoin qui le presse; il porte l'abondance qui vous surcharge. Communiquez entre vous mutuellement vos fardeaux , « afln « que les charges deviennent égales : » Ut fiai xqualitas, dit saint Paul. Car quelle injustice ^ mes frères , que les pauvres portent tout le fardeau , et que tout le poids des misères aille fondre sur leurs épaules ! S'ils s'en plaignent , et s'ils en murmurent contre la Providence divine , Seigneur, permettez-moi de le dire , c'est avec quelque couleur de justice ; car étant tous pétris d'une même masse , et ne pouvant pas y avoir grande différence entre de la boue et de la boue , pourquoi verrons-nous d'un côté la joie, la faveur, Faffluence; et de l'autre , la tristesse , et le désespoir , et l'extrême nécessité , et encore le mépris et la servitude? Pourquoi cet homme si fortuné yivrait-ii dans une telle abondance, et pourrait- il contenter jusqu'aux désirs les plus inutiles d'une curiosité étudiée , pendant que ce misérable , homme toutefois aussi bien que lui , ne pourra soutenir sa pauvre famille, ni soulager la faim qui le presse ? Dans cette étrange inégalité , pourrait-on justiQer la Providence de mal ménager les trésors que Dieu met entre des égaux, si par un autre moyen elle n'avait pourvu au besoin des pauvres , et remis quelque égalité entre les hommes ? C'est pour cela , chrétiens , qu'il a établi son Église , où il reçoit les riches , mais à condition de servir les pauvres ; où il ordonne que l'abondance supplée au défaut, et donne des assignations aux nécessiteux sur le superflu des opulents. Entrez , mes frères , dans cette pensée : si vous ne portez le fardeau des pauvres , le vôtre vous accablera ; le poids de vos richesses mal dispensées vous fera tomber dans l'abîme; au lieu que si vous partagez avec les pauvres le poids de leur pauvreté, en prenant part à leur misère , vous mériterez tout ensemble de participer à leurs privilèges.