‹ Sermons choisis de Bossuet (volume 2)Chapitre 78 sur 139 · UB LES OBLIGATIONS · texte numérisé non relu

UB LES OBLIGATIONS

vie dans le cœur des justes , où est le royaume de Dieu ; les horreurs et le désespoir de Tenfer se forment aussi peu à peu dans le cœur des hommes profanes, qui vivent loin de Dieu. Le monde est un enfer déjà commencé : tout y est envie , fureur, haine de la vérité et de la vertu , impuissance et désespoir d'apaiser son propre cœur, et de rassasier ses désirs.

Jésus-Christ est venu du ciel sur la terre foudroyer de ses malédictions ce monde impie, après en avoir enlevé ses élus. « Dieu nous a arrachés , dit saint Paul', à la puissance des « ténèbres, pour nous transférer au royaume de son Fils bien- « aimé. » Le monde est le royaume de Satan , et les ténèbres du péché couvrent cette région de mort : « Malheur au monde ^^ « à cause des scandales*! » Hélas! les justes même sont ébranlés. O qu'elle est redoutable , cette puissance des ténèbres qui aveugle les plus clairvoyants! C'est une puissance d'enchanter les esprits , de les séduire , de leur ôter la vérité même , après qu'ils Tont crue , sentie et aimée. O puissance terrible , qui répand Terreur, qui fait qu'on ne voit plus ce qu'on voyait, qu'on craint de le revoir, et qu'on se complaît dans les ténèbres de la mort! Enfants de Dieu, fuyez cette puissance; elle entraîne tout, elle flatte, elle tyrannise, elle enlève les cœurs. Écoutez Jésus-Christ, qui crie : « On ne « peut servir deux maîtres, Dieu et le monde ^. » Écoutez un de ses apôtres , qui ajoute : « Adultères , ne savez-vous « pas que l'amitié de ce monde est ennemie de Dieu 4? » Point de milieu ; nulle espérance d'en trouver : c'est aban^ donner Dieu, c'est renoncer à son amour, que d'aimer son ennemi.

Mais en renonçant au monde , faut-il renoncer à tout ce que le monde donne ? Écoutez encore un autre apôtre ; c'est saint Jean ^ : « N'aimez ni le monde, ni les choses qui sont « dans le monde , » ni lui ni ce qui lui appartient ; tout ce qu'il donne est aussi vain , aussi corrompu , aussi empoisonné que lui.

« Coloss. 1 , 13. - * Matlh. xvm, 7. — » Ibld. vi, 24. — • lac. iv, 4. — * L Joan. II , 15.

BB L*£TAT BBUGIBUX. 345

Mais quoi! Êiut-il que tous les chrétiens vivent dans ce renoncement? Écoutez-vous vous-même du moins , si vous n'écoutez pas les apôtres. Qu'avez-vous promis dans votre baptême, pour entrer non dans la perfection d un ordre religieux, mais dans le simple christianisme et dans l'espérance du salut ? Vous avez renoncé à Satan , à ses pompes. Remarquez quelles sont ces pompes : Satan n'en a point de distinguées de celles du siècle. Les pompes du siècle, qu'on est tenté de croire innocentes , sont donc, selon vous-même , celles de Satan ; et vous avez promis de les détester. Cette promesse si solennelle, qui vous a introduit dans la société des fidèles, ne sera-t-elle qu'unecomédie et une dérision sacrilège ? Le renoncement au monde , et la détestation de ses vanités , est donc essentiel au salut de chaque chrétien. Celui qui quitte le monde, qu'y ajoute-t-il? Il s'éloigne de son ennemi, il détourne les yeux pour ne pas voir ce qu'il abhorre; il se lasse d'être aux prises avec cet ennemi, ne pouvant jamais faire ni trêve ni paix. Estrce là un grand sacriQce ? n'est-ce pas plutôt un grand soulagement , une sûreté douce , une paix qu'on devrait chercher pour soi-même dès qu'on désire être chrétiens, et n'aimer pas ce que Dieu condamne? Quand on ne Veut point aimer Dieu, quand on ne veut aimer que ses passions , et s'y livrer sans religion, par ce désespoir dont parle saint Paul s je ne m'étonne pas qu'on aime le mondç et qu'on le cherche. Mais quand on croit la religion , quand on désire de s'y attacher, quand on craint la justice de Dieu, quand on se craint soi-même , et qu'on se déûe de sa propre fragilité ; peut^n craindre de quitter le monde , dès qu'on veut faire son salut? n'y a-t-il pas plus de sûreté et de facilité, de secours , de consolations , dans la solitude ?

Laissons donc pour un moment les vues de perfection : ne parloDS que d'amour de son salut , que d'intérêt propre , que de douceur et de paix de cette vie. Où sera-t-il , cet intérêt , même temporel, pour une âme en qui toute religion n'est p;is éteinte? Où sera-t-elle, celte paix, sinon loia d'une mççsi

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