‹ Sermons choisis de Bossuet (volume 2)Chapitre 79 sur 139 · SUB LES OBLIGATIONS · texte numérisé non relu

SUB LES OBLIGATIONS

orageuse, qui ne fait voir partout qu'écueils et que naufragés? Où serat-elle , sinon loin des objets qui enflamment les désirs, qui irritent les passions, qui empoisonnent les cœurs les plus innocents , qui réveillent tout ce qu'il y a de plus malin dans Thomme , qui ébranlent les âmes les plus fermes et les plus droites ? Hélas ! je vois tomber les plus hauts cèdres du Liban, et je courrai au-devant du péril , et je craindrai de me mettre à Tabri de la tempête? N'est-ce pas être ennemi de soi-même , rejeter le salut et la paix ; en un mot, aimer sa perte , et la chercher dans un trouble continuel ?

Après cela faut-il s'étonner si saint Paul exhorte les vierges a demeurer libres < , n'ayant d'autre époux que l'Époux céleste ? Il ne dit pas : C'est afln que vous soyez dans une plus haute perfection , et dans une oraison plus éminente ; il dit : Aûn que vous ne soyez point dans un malheureux partage entre Jésus-Christ et un époux mortel , entre les saints exercices de la religion et les soins dont bn ne peut se garantir quand on est dans l'esclavage du siècle ; c'est « afin que vous puis- « siez prier sans empêchement : c'est que vous auriez, dit-il, « dans le maria£;e , les tribulations de la chair, et je voudrais « vous les épargner ; c'est , dit-il encore , que je voudrais vous A voir dégagées de tout embarras. » A la vérité , ce n'est pas un précepte ; car cette parole , comme Jésus-Christ le dit dans l'Évangile * , ne peut être comprise de tous : mais heureux, je dis même heureux dès cette vie, ceux à qui il est donné de la comprendre , de la goûter et de la suivre! Ce n'est pas un précepte; mais c'est un conseil de l'apôtre , de Tapôtre, dis-je, plein de l'Esprit de Dieu : c'est un conseil que tous n'ont pas le courage de suivre, mais qu'il donne à tous en général, afin qu'il soit suivi de ceux à qui Dieu mettra aucœur ce goût de la bienheureuse liberté.

De là vient qu'en ouvrant les livres des saints Pères je ne trouve de tous côtés , même dans les sermons faits à tout le peuple sans distinction , que des exhortations pressantes pour conduire les chrétiens en foule dans les solitudes. C'est

• I.Cor. vii,25etseqq. - > MaUh.xix, 11.

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ainsi que saint Basile fait un sermon exprès , pour inviter tous les chrétiens à la vie solitaire. Saint Grégoire de Nazianze , saint Chrysostome , saint Jérôme , saint Ambroise , l'Orient, rOccident , tout retentit des louanges du désert , et de la fuite du siècle. J'aperçois même, dans la règle de saint Be* noît, qu'on ne craignait point de consacrer les enfants avant qu'ils eussent l'usage de raison : les parents , sans craindre de les tyranniser , croyaient pouvoir les vouer à Dieu dès le berceau. Vous vous en étonnez , vous qui mettez une si grande différence entre la vie du commun des chrétiens , vivant au milieu du siècle , et celle des âmes religieuses , consacrées à Dieu dans la solitude. Mais apprenez que parmi ces vrais chrétiens, qui ne regardaient le siècle qu'avec horreur, il y avait peu de différence entre la vie pénitente et recueillie que l'on menait dans sa famille , et celle que l'on menait dans un désert. S'il y avait quelque différence , c'est qu'il est plus doux , plus facile , plus sûr de mépriser le monde de loin que de près. On ne croyait donc point gêner la liberté des enfants , puisqu'ils devaient , comme chrétiens , ne prendre nulle part aux pompes et aux joies du monde. C'était leur épargner des tentations , et leur préparer une heureuse paix , que de les ensevelir tout vivants dans cette société , avec les anges de la terre.

Aimable simplicité des enfants de Dieu , qui n'avaient plus rien à ménager ici-bas ! ô pratique étonnante ! mais qui n'est si disproportionnée à nos mœurs qu'à cause que les disciples de Jésus-Christ ne savent plus ce que c'est que de porter la croix avec lui, et que de dire avec lui : Malheur , malheur au monde ! On n'a point de honte d'être chrétien et de vouloir jouir de sa liberté pour goûter le fruit défendu, pour aimer le monde que Jésus-Christ déteste. O lâcheté honteuse , qui était réservée pour la consommation de l'iniquité dans les derniers siècles! On a oublié qu'être chrétien, et n'être plus de ce monde, c'est essentiellement la même chose.

Hélas \ quand vous reverrons-nous , 6 beaux jours , 6 jours

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