SUR L'ES OBLIGATIONS
Tavouer à nousmêmes; on est plus jaloux là-(]ossus qu un avare ne le fut jamais de son trésor.
Ainsi la pauvreté n'est qu'un nom , et le grand sacriGce de la [Hété chrétienne se tourne en pure illusion et en petitesse d*esprit. On est plus vif pour des bagatelles , que les gens du inonde ne le sont pour les plus grands intérêts; on est sei^slble aux moindres commodités qui manquent : on ne veut rien posséder , mais on veut tout avoir ; même le superflu , si peu qu'il flatte notre goût : non-seulement la pauvreté n'est point pratiquée, mais elle est inconnue. On ne sait ce que c'est que d'être pauvre par la nourriture grossière , pauvre par I9 nécessité du travail , pauvre par la simplicité et la petitesse du logement , pauvre dans tout le détail de la vie.
Où sont ces anciens instituteurs de la vie religieuse qui ont voulu se faire pauvres par sacrifice , comme les pauvres de la campagne le sont par nécessité? Us s'étaient proposé pour modèle de leur vie celle de ces ouvriers champétresqui gagnent leur vie par le travail , et qui , par ce travail, ne gagnent que le nécessaire. C'est dans cette vraie et admirable pauvreté qu'ont vécu tant d'hommes capables de gouverner le monde , tant de vierges délicates nourries dans l'opulence et dans les délices , tant de personnes de la plus haute condition.
C'est par là que les communautés, peuvent être généreuses, libérales , désintéressées. Autrefois les solitaires d'Orient et d'Egypte non-seulement vivaient du travail de leurs mains , mais faisaient encore des aumônes immenses. On voyait sur la mer des vaisseaux chargés de leurs cliarités : maintenant il faut des revenus prodigieux pour faire subsister une communauté. Les familles accoutumées à la pauvreté épargnent tout, elles subsistent de peu ; mais les communautés ne peuvent se passer de l'abondance. Combien de centaines de familles subsisteraient honnêtement de ce qui suffit à peme pour la dépense d'une seule communauté , qui fa|t profession de renoncer aux biens des familles du siècle , pour embrasser la pauvreté ! Quelle dérision ! quel renversement ! Dans ces communautés , la dépense des infirmes surpasse souvent celle des
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pauvres malades d'une ville entière. C'est qu'on est de loisir pour s'écouter soi-même dans les moindres infirmités; c'est qu'on a le loisir de les prévenir, d'être toujours occupe de soi et de sa délicatesse; c'est qu'on ne mène point une vie simple, pauvre , active , et courageuse. De là vient , dans les maisons qui devraient être pauvres , une âpreté scandaleuse pour l'intérêt : le fantdme de communauté sert de prétexte pour le couvrir; commesi la communauté était autre chose que l'assemblage des particuliers qui ont renoncé à tout , et comme si le désintéressement des particuliers ne devait pas rendre toute la communauté désintéressée !
Ayez affaire à de pauvres gens chargés d'une grande famille; souvent vous les trouverez droits , modérés , capables de relâcher pour la paix , et d'ime facile composition. Ayez affaire à une communauté régulière, elle se fait un point de conscience de vous traiter avec rigueur. J'ai honte de le dire, je ne le dis qu'en secret et eu gémissant, je ne le dis qu'à Foreille, pour instruire les épouses de Jésus-Christ; mais enfin il faut le dire , puisque malheureusement il est vrai. On ne voit point de gens plus ombrageux , plus difQcultueux , plus tenaces, plus ardents dans les procès , que ces personnes, qui ne devraient pas même avoir d'affaires. Cœurs bas , cœurs rétrécis, est-ce donc. dans l'école chrétienne que vous avez été formés? est-ce ainsi que vous avez appris Jésus-Christ, Jésus-Christ qui. n'a pas eu de quoi reposer sa tête , et qui a dit, comme saint Paul nous l'assure : ci On est bien plus heureux <i de donner que de recevoir » ? »
[Mais ne vous imaginez pas que votre état soitpjus pénible, parce que vous avez embrassé la pauvreté de Jésus-Christ. ] Entrez dans les familles de la plus haute condition, pénétrez au dedans de ces palais magnifiques : le dehors brille, mais le dedans n'est que misère ; partout un état violent , des dépenses que la folie universelle a rendues comme nécessaires ; des revenus qui ne viennent point , des dettes qui s'accumulent et qu'on ne peut payer , une foule de domestiques dont on ne
* Act. XX , :\s.