‹ Sermons choisis de Bossuet (volume 2)Chapitre 83 sur 139 · G2 ^UB LES OBLIGATIONS · texte numérisé non relu

G2 ^UB LES OBLIGATIONS

savoir où! 0 pauvreté d'esprit , par lamelle on se dépouille de sa propre sagesse et de sa propre volonté, comme on se dépouille de son argent et de son patrimoine ! Par là tous les vœux, pris dans leur vraie perfection, se réunissent ^ le même pur amour, qui fait qu'on se renonce soi-même sans réserve , rend Fâme vierge aussi bien que le corps , appauvrit riiomme jusqu'à lui ôter son esprit et sa volonté ; enfin le met dans une désappropriation de lui-même, où il n'a plus de quoi se conduire, et où il ne sait plus que laisser faire autrui. Heureux qui fait ces choses , heureux qui les goûte, heureux même qui commence à les entendre et à leur ouvrir son cœur !

Qu'on ne dise donc plus que Tob^ssance est rude : au contraire , ce qui est rude, c'est d'être livré à soi-même et à ses désirs. Malheur, dit l'Écriture s à celui qui marche dans sa voie, qui se rassasie du fruit de ses propres conseils ! Malheur à celui qui se croit libre quand il n'est point déterminé par autrui , qui ne sent pas qu'il est entraîné au dedans par un orgueil tyrannique, par des passions insatiables » et même par une vaine sagesse , qui , sous une apparence pompeuse , est souvent pire que les passions mêmes! JNou, qu'on ne dise plus que l'obéissance est rude : au contraire , il est doux de n'être plus à soi, a ce maître aveugle et injuste. Que volontiers je m'écrie avec saint Bernard : Qui me donnera cent supérieurs , au lieu d'un, pour me gouverner? Ce n'est pas une gêne, c'est un secours : plus je dépendrai de mes supérieurs, moins je serai exposé à moi- même. 11 en est des supérieurs comme des clôtures: ce n'est pas une prison qui tienne en captivité, c'est un rempart qui défend l'âme faible contre le monde trompeur , et contre sa propre fragilité. A-t-on jamais pris la garde d'un prince pour une troupe d'hommes qui lui otent la liberté? Celui qui se renferme dans une citadelle contre l'ennemi conserve par là sa liberté , loin de la perdre.

Mais il est temps de flnir : hâtons -nous de considérer le

I Prov. I, 31.

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dernier engagement de cette maison , qui est celui d'instruire et d'élever saintement de jeunes demoiselles.

TROISIÈME POINT

Saint Benoît n*a point cru troubler le silence et là solitude de ses disciples , en les chargeant de Finstruetion de la jeunesse. Ils étaient moines^ c'est-à-dire solitaires, et ne laissaient point que d'enseigner les lettres saintes aux enfants qu'on voulait élever loin de la contagion du siècle. Ea effet, on peut s'occuper au dedans d'une solitude de cette fonction de cha- Fité , sans admettre le monde chez soi : il sufQt que les supérieurs aient avec les parents un commerce inévitable , qui est assez rare quand on le réduit au seul nécessaire. Tout le reste de la communauté jouit tranquillement de la solitude : on se tait toutes les fois qu'on n'est pas obligé d'enseigner ; on ne Qarle que par obéissance , pour le besoin et avec règle : ce n'est ni amusement, ni conversation dissipante ; c'est sujétion pénible , c'est travail réglé. Ce travail doit être mis à la place du travail des mains , pour les personnes qui sont si chargées de l'instruction ,. qu'elles ne peuvent travailler à aucun ouvrage: ce travail demande une patience infinie; il y fawt même un grand recueillement : car si vous vous dissipez en . instruisant, vos instructions deviennent inutiles; vous n'êtes plus qu'un airain sonnant, comme dit l'àpôtre ', qu'une timbale qui retentit vainement : vos paroles sont mortes, elles n'ont plus l'esprit de vie; votre cœur est déréglé, il n'a plus ni force, ni action , ni sentiment de vérité, ni grâce de persuasion , ni autorité; tout y languit, rien ne s'exécute que par forme.

Ne vous plaignez donc pas que l'instruction vous dessèche et vous dissipe : mais au contraire ne perdez jamais un moment pour vous recueillir et vous-remplir de l'esprit d'oraison , afin que vous puissiez résister , dans vos fonctions, à la tentation de vous .dissiper. Quand vous vous bornerez à l'instnuction simple, familière, charitable, dont vous êtes chargées

> I. Cor. uu . i«

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