S64 SUB LES OBLIGATIONS
par votre état, votre vocation ne vous dissipera jamais : ce que Dieu fait faire n'éloigne jamais de Dieu ; mais il ne le faut faire qu'autant qu'il y détermine , et donner tout le reste au silence, à la lecture et à Toraison. Ces heures précieuses qui vous resteront, pourvu que vous les ménagiez fidèlement, seront le grain de sénevé marqué dans FÉvangile ', qui, étant le moindre des grains de la terre, croît jusqu'à devenir un grand arbre sur les branches duquel les oiseaux du ciel viennent se percher : tantôt un quart d'heure, tantôt une demi-heure, puis quelques minutes , si vous le voulez , tous ces moments entrecoupés ne paraissent rien; mais ils font tout, pourvu qu'en bon ménager on sacbe les mettre à profit. De plus grands temps que vous auriez à vous , vous laisseraient trop à vous-mêmes et à votre imagination : vous tomberiez dans une langueur ennuyeuse , dans des occupations choisies à votre mode, dont vous vous passionneriez. 11 vaut mieux rompre sans cesse sa volonté dans des fonctions gênantes , par la décision d'autrui, que de se recueillir selon son goût et sa volonté propre. Quiconque fait la volonté d'autrui par un renoncement sincère à la sienne , fait une excellente oraison et un sacrifice d'holocauste , qui monte en odeur de suavité jusqu'au trône de Dieu.
ISe craignez pas de n'être pas assez solitaires. O que vous aurez de silence et de solitude, pourvu que vous ne parliez jamais que quand votre fonction vous fera parler! Quand on retranche toutes les visites du dehors , excepté celles d'une absolue nécessité, qui sont très-rares; quand on retranche au dedans toutes les curiosités , les amitiés vaines et molles , les murmures , les rapports indiscrets , en un mot toutes les paroles oiseuses, dont il faudra un jour rendre compte ; quand on ne parle que pour obéir , pour s'instruire , pour é(Ufier, ce qu'on dit ne dissipe point.
Gardez- vous donc bien de vous considérer comme n'étant point solitaires , à cause que vous êtes chargées de l'instruç-
^ Math, xui, 91 ,33: