SUB LES OBLIGATION
simplement pour vous nourrir des paroles de la foi , vous lirez peu ; vous méditerez beaucoup ce que vous aurez lu.
Pour bien lire, il faut digérer la lecture, et la convertir en sa propre substance. Il n'est pas question d'avoir compris un grand nombre de vérités lumineuses ; il est question d'aimer beaucoup chaque vérité , d'en laisser pénétrer peu a peu son cœur, de regarder longtemps de suite le même objet, de s'y unir, moins par des réflexions subtiles , que par le sentiment du cœur. Aimez , aimez, vous saurez beaucoup en ap» prenant peu , car l'onction intérieure vous enseignera toutes choses. O qu'une simplicité ignorante qui ne sait qu^aimer Dieu , sans s'aimer soi-même , est au-dessus de tous les docteurs ! L'esprit lui suggère toutes vérités sans les lire en détail : car il lui fait sentir, par une lumière intime et profonde, une lumière de vérité , d'expérience et de sentiment , qu'elle n'est rien , et que Dieu est tout. Qui sait cela , sait tout : voilà la science de Jésus-Christ, en comparaison de laquelle toute la sagesse mondaine n'est que perte et ordure , selon saint Paul «. Par cette simplicité, vous parviendrez à instruire le monde sans avoir aucun commerce dangereux avec lui ; vous redresserez, vous arroserez , vous ferez croître et fleurir ces jeunes plantes , dont les fruits se communiqueront ensuite dans tout le royaume : vous formerez de dignes vierges, qui répandront dans les cloîtres le doux parfum de Jésus- Christ; vous procurerez a la société des mères de famille, recommandables par leur vertu, qui seront pour leurs enfants des sources de grâces et de bénédictions , et qui contribueront parleur piété, et l'exemple de toute leur conduite, à faire aimer et révérer le Dieu que nous adorons , qui est aujourd'hui si peu connu et si mal servi.
Seigneur, répandez votre esprit sur cette maison qui est la vôtre ; couvrez-la de votre ombre; protégez-la du bouclier de votre amour; soyez tout autour d'elle comme un rempart de feu, pour la défendre de tant d'ennemis. Tandis que votre gloire habitera au milieu comme dans son sanctuaire , ne
*■ Philipp. III, 8.
DE l'État beligieux. 360
souffrez pas , Seigneur , que la lumière se change en ténèbres, nique le sel de la terre s'affadisse et soit foulé aux pieds. Donnez des cœurs selon le votre , Thorreur du monde , le mépris de soi-même, le renoncement à tout amour-propre , et le divin et généreux amour, qui est l'âme de toutes les véritables vertus ; amour si ignoré, mais si nécessaire ; amour dont ceux même qui en parlent , et qui le désirent, ne comprennent point rétendue sans bornes ; amour sans lequel toutes les vertus sont superGcielles , et ne jettent point de profondes racines dans les cœurs ; amour qui fait seul la parfaite adoration en esprit et en vérité ; amour, unique fin de notre création. O amour, venez vous-même; animez, régnez , vivez : consumez tout Thomme, par vos flammes pures; qu'il ne reste que vous pour l'éternité!
SERMON