‹ Sermons choisis de Bossuet (volume 2)Chapitre 87 sur 139 · SUR LES JUGEMENTS- HUMAINS · texte numérisé non relu

SUR LES JUGEMENTS- HUMAINS

Conduite tout extraordinaire de Jëeus à regarda la femme adultère : leçon quil nous y donne. Insolence derentreprisede noc jugements^ Quelles sont les actions que nous devons 6endamn«r,,et celles sur lesquelles^ nous devons suspendre notre jugement..Daufr quel esprit et avec <£uelle retenue nous sommes obligés de juger nos frères.. Combien la bonté-est plus propre que la justice à nous pénétrer vivement de nos fautes. Grandeur do celle de Jésus pour nous : sentiments qu'elle doit produire dan» nos cœurs.

Nemo te condemnavit? Qum diasii: Nemo , Domine, Dknt auiem Jésus : Nec ego te condemndbo ; vade , etjam^ampliùs noli peccare.

Personne ne t*a condamnée? dit- Jésus à 'la^ femme adultère. Laquelle lui répondit :. Personne, Seigneur. Et Jésus lui dit :

Je ne te condamnerai pas aussi ;^va, et dorénavant ne pèche plus. JBàN^,viU«.

Quel est, messieurs, ce nouveau spectacle ? Le juste prend le parti des coupables; le censeur des mœurs dépravées désarme les zélateurs de la loi, élude leur témdgnage, arrête tour tes leurs poursuites ; en un mot, Jésus, le chaste Jésus, après s'être montré si sévère aux moindres regards immodestes, défend aujourd*hui.publiquement une adultère publique ; et, bien» loin de la punir étant criminelle , il la protège hautement étant accusée , et Tarrache au dernier supplice étant convaincue. Voyez comme il renverse les choses : au lieu de confondre la coupable, il Tencourage ; au lieu. d'encourager les accusateurs, il les confond; et, changeant toute la rigueur de la peine en un simple avertissement de ne pécher plus , il ne craint pas de fEÛre revivra Tespérance abattue delà pécheresse, et d'effacer, pour ainsi dire, de ses propres mains, ila honte qui couverait justement sa £au;e impudique. I! y, a«

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quelque mystère caché dans cette conduite du Sauveur des âmes , et il en faut aujourd'hui chercher le secret, après avoir imploré la grâce du Saint*Esprit par Fintercessionde la sainte Vierge. Ave.

Je commencerai ce discours en vous faisant le récit de This* toire de notre évangile , afin que vous laissiez d'abord épan^ cher vos cœurs dans une simple contemplation de la clémence incomparable du Sauveur des âmes. Lçs Juifs lui amènent avec grand tumulte cette misérable adultère, etle font l'arbitre de son supplice. << La femme que nous vous présentons , t disent-ils , a été surprise en adultère ; Moïse nous a corn- « mandé de lapider de tels criminels ; mais vous , maître , « qu'ordonnerez-vous ? » Tm ergà y quid dicis > f C'est ce que disent les pharisiens. Mais Jésus, qui, lisant dans le fond des cœurs, voyait qu'ils étaient poussés, non point par le zèle de lajustiee qui craint la contagion des mauvais exemples , mais par l'impatience d'un zèle amer , ou par l'orgueil fastueux d'une piété affectée , ne rougit ni devant Dieu ni devant les hommes de prendre en main la défense de cette impudique. « Celui de vous qui est innocent, qu'il jette, dit-il , la pre* « mière pierre*. » Ils se retirent confus , et je ne vois plus, dit saint Augustin, que le médecin avec la malade, et la chasteté même avec Fimpudique ; je vois la grande et extrême misère avec la grande et extrême miséricorde : RemansUpeccatrix et salvator , remansit œgroia et medicus , remansit misera et misericordia 3.

Cette pauvre femme étonnée , après avoir échappé dBS mains des coupables qui avaient eu honte de la condamner , se croyait perdue sans ressource, regardant devant ses yeux la justice même, et se voyant appelée à son tribunal ; lorsque Jésus , l'aimable Jésus , toujours facile, toujours indulgent , « non » par la conscience d'aucun péché , mais par une bonté infi- « nie 4 , « rassura son âme tremblante par ces aimables pa-

• Joan. viii. — » ibid. — 3 Serm. xiii, t. v, p. 80. — < S. Aug., epistcMii ad Maced., t. n , p. 530.

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rôles que la douceur même a dictées : « Nul , dit-il , ne t*a « condamnée , et je ne te condamnerai pas non plus que les « autres : » de même que s*il eût dit : « Si la malice t'a pu « épargner, pourquoi craindrais-tu Tinnocence? » Si malitia tibi parcere potuit , quid metuis innoeentiam ' 1 Je suis un Dieu patient, qui pardonne volontiers les iniquités; j'en veux aux crimes et non aux personnes , et je supporte les péchés » afin de sauver les pécheurs : « Va donc , et seulement ne pè- « che plus : » f^adcy etjam ampliùs nolipeccare.

Voilà, messieurs, un rapport fidèle de ce que raconte saint Jean dam Tévangile de cette journée. Quelles seront là-dessus nos réflexions ? Je découvre de toutes parts des instructions importantes que nous pouvons tii^r de cet évangile ; mais il faut réduire toutes nos pensées à un objet fixe et déterminé ; et parmi, ce nombre infini de choses qui se présentent , voici à quoi je m'arrête. Les deux vices les plus ordinaires et les plus universellement étendus que je vois dans le genre humain , c'est un excès de sévérité , et un excès d'indulgence ; sévérité pour les autres, et indulgence pour nous-mêmes. Saint Augustin l'a bien remarqué , et l'a exprimé élégamment en ce petit mot : Curiosum genus ad cognoscendam vitam alieîiam, desidiomm ad corrigendam suant *. « Ah! dit- « il , que les hommes sont diligents à reprendre la vie des au- « très , mais qu'ils sont lâches et paresseux à corriger leurs « propres défauts ! » Voilà donc deux mortelles maladies qui affligent le genre humam, juger les autres en toute rigueur, se pardonner tout à soi-même ; voir le fétu dans l'œil d'autrui, ne voir pas la poutre dans le sien ; faire vainement le vertueux par une censure indiscrète , nourrir ses vices effectivement par une indulgence criminelle : enfin , n'avoir un grand zèle que pour inquiéter le prochain, et abandonner cependant sa vie à un extrême relâchement dans toutes les parties de la discipline.

O Jésus ! opposez-vous à ces deux excès , et apprenez aux

' s. Aug. epist. CLiii ad Maced., t. ii , p. 530. — ^ Confess. lib. x , cap. 111, 1. 1, p. 171.

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