SUB LES JUGEMENTS HUMAINS
4iommes pécheurs à n'être rigoureux qu'à leurs propres crimes. C'est ce qu'il fait dans notre évangile ; et cette même bonté , qui réprime la licence de juger les autres , éveille la conscience endormie , pour juger sans miséricorde ses propres péchés. Cest pourquoi il avertit tout ensemble, et ces accusateurs échauffés qui se rendent inexorables envers le prochain, qu'ils modèrent leur ardeur inconsidérée, et cette femme trop indulgente à ses passions , qu'elle ne donne plus rien à ses sens. Vous , dit-il, pardonnez aux autres, et ne les jugez pas si sévèrement ; et vous , ne vous pardonnez rien à vous-même et désormais ne péchez plus. C'est le sujet de ce discours.
PREMIER POINT
Cette censure rigoureuse que nous exerçons sur nos frères est une entreprise insolente , et contre les droits de Dieu , et contre la liberté publique. Le jugement appartient à Dieu , parce qu'il est souverain ; et lorsque nous entreprenons de juger nos frères sans en avoir sa commission, nous sommes doublement coupables , parce que nous nous rendons tout ensemble et les supérieurs de nos égaux et les égaux de notre supérieur, violant ainsi, par un même attentat, et les lois de la société , et l'autorité de l'empire. Pour nous opposer , si nous le pouvons , à un si grand renversement des choses humaines , il nous faut chercher aujourd'hui des raisons simples et familières , mais fortes et convaincantes.
Pour les exposer avec ordre , distinguons avant toutes choses deux sortes de faits et deux sortes d'hommes que nous pouvons condamner; ou plutôt ne distinguons rien de nous mêmes, mais écoutons la distinction que nous donne l'Apôtre. Il y en a dont les actions sont manifestement criminelles, et d'autres dont les conduites peuvent avoir un bon et un mauvais sens. Il faut aujourd'hui poser des maximes pour bien régler notre jugement dans ces deux rencontres , de peur qu'il ne s'égare et ne se dévoie. Cette distinction est très importante, et saintPaul n'a pas dédaigné de la remarquer lui-même, écrivant ces mots à saint Timothée: Il y a des hommes dit-il, dont