SUS LES JUGEMENTS HUMAINS
Ah ! il n'y a plus moyen de lui résister; il faut mourir dé regret d'avoir offensé si indignement une telle miséricorde ; car d'où vient cette facilité et cette indulgence ? est-ce qu'il n'a pas horreur des péchés , lui qui vient mourir pour les expier? est-ce qu*il n'a pas la puissance de les châtier, lui entre les mains duquel toutes les créatures sont autant de foudres , est-ce que les paroles lui manquent pour convaincre nos ingratitudes , lui , mes frères, dont le moindre mot pouvait laisser sur le front une impression de honte éternelle? D'où vient qu'il se tait et qu'il dissimule? c'est qu'il connaît nos faiblesses , c'est qu'il a pitié de nos maux. Encore une fois, mes frères , il faut mourir de regrets ; et en même temps qu'il nous dit , Je ne te condamne pas , il faut ramasser ensemble tout ce qu'il y a dans nos âmes et de force et d'infirmité, et de lumière et de ténèbres, et de péchés et de grâces , pour nous condamner nous-mêmes , et confondre devant sa face nos trahisons et nos perfidies.
D'autant plus, chrétiens, et voici ce qu'il y a de plus fort, que cette indulgence lui coûte bien cher, c'est ici ce qu'il faut entendre, c'est ici ce qui doit presser un cœur chrétien. Si Jésus nous est facile et indulgent , il a acheté , mes frères, cette indulgence qu'il a pour nous par des rigueurs inouïes qu'il a souffertes en lui-même. Tl n'a pardonné aucun crime , il n'a dit aucune parole ^e miséricorde, de douceur, de condescendance, qui ne lui ait coûté tout son sang : car que méritait le pécheur d'un Dieu irrité , sinon des menaces , des rebuts , des arrêts de mort éternelle? Mais Jésus notre saint pontife, pontife vrai ment charitable et compatissant à nos maux, a voulu nous traiter avec indulgence ; et, pour acquérir ce beau droit de nous traiter, quoique indignes , avec une bonté paternelle , il s'est abandonné volontairement à des rigueurs insupportables. Venez à la croix , Madeleine ; venez-y , ô femme adultère de notre évangile ! voyez les coups de foudre , voyez les rigueurs , voyez le poids des vengeances qui accable ce Dieu homme ; voyez le ciel et la terre conjurant sa perte , les hommes furieux, son père implacable, l'enfer déchaîné con^
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tre lui. 0 quel excès de rigueur! C'est par là qu'il a mérité de vous pouvoir traiter doucement.
Le croyiez- vous , pauvres âmes , lorsqu'il vous parlait si obligeamment? croyiez- vous que cette douceur lui coûtât si cher ? Vous croyiez peut-être alors qu'il vous faisait une grâce qui ne lui coûtait autre chose que d'ouvrir seulement son cœur, trésor inépuisable de compassion; et il faisait un ('change; et, pour faire luire sur vous un rayon de faveur divine, il se dévouait intérieurement à des rigueurs inOnies, à des duretés intolérables. A vous donc toute la douceur , à lui toutes les amertumes; à vous les consolations , à lui les délaissements; à vous la facilité, le pardon, la condescendance ; à lui les foudres , à lui les tempêtes , et tout ce que peut inventer une colère inflexible et inexorable. Mes frères, c'est à ce prix que Jésus nous est Indulgent. Pouvonsnous après cela arrêter les yeux sur les bontés qu'il exerce, sans avoir le cœur pénétré de ce que lui coûtent nos crimes? Autant de grâces qu'il nous donne , autant de péchés qu'il nous remet , autant de fois qu'il nous dit : Je ne te condamnerai pas, et il nous le dit à chaque moment, nous devons croire, mes frères, qu'il étale autant de fois à nos yeux toutes les rigueurs de sa croix et toute l'horreur du Calvaire ; et comme à chaque moment Tenfer devait s ouvrir sous nos pieds, autant d'instants qu'il nous accorde pour prolonger Je temps de la pénitence , autant nous dit-il de fois : Vois, je ne te condamne pas, puisque je t'attends ; je ne te condamne pas, puisque je t'invite; je ne te condamne pas, puisque je te presse, et que je ne cesse de te dire : Retourne, prévaricateur, et tu vivras ; retournez, enfants perfides; retournez, épouses déloyales : « Et pourquoi voulez-vous périr, maison d'Is- « raël I? y> Donc, mes frères, autant de moments que Jésus nous attend à la pénitence, autant de fois, non sa voix mortelle, mais ce qui est beaucoup davantage, sa bonté, sa miséricorde , ' sa patience déclarée, son sang, sa grâce , son Saint-Esprit , nous disent au fond du cœur : Je ne te con-
> Ezech. xxxin, il.