‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 100 sur 223 · Epist. cxxxvii, 8 et · texte numérisé non relu

Epist. cxxxvii, 8 et

toutes choses miraculeusement, il aurait lui-môme détmit ce qu'il a fait misf^ricordieusement : » Et dum omnia mirahiîiter facit, auferref quod misericorditer fecit ^.

En effet, puisque mou Sauveur était Dieu, il fallait certainement qu'il fît des miracles; mais puisque mon Sauveur fêtait homme, il ne devait pas avoir honte de montrer de l'infirmité, et l'ouvrage de la puissance ne devait par renverser le témcfignage de la miséricorde. C'est pourquoi, dit saint Augustin, s'il fait de grandes choses, il en fait de basses; mais il modère tellement toute sa conduite, « qu'il relèvi:; les choses basses par les extraordinaires, et tempère les extraordinaires par les communes :» Ut soliia sublimaret insolitis, etinsoUta solitis temperaret^. Confessez que tout cela est bien soutenu : je ne sais si je le fais bien entendre. Il naît, mais il naît d'une Vierge ; il mange, mais quand il lui plaît; il se passe des nourritures mortelles, et n'a pour tout aliment que la volonté de son Père; il commande aux anges de servir sa table ; il dort ; mais, pendant son sommeil, il empêche la barque de couler à fond, d'être renversée : il marche ; mais, quand il l'ordonne, l'eau devient ferme sous ses pieds; il meurt; mais, en mourant, il met en crainte toute la nature. Voyez qu'il tient partout un milieu si juste, qu'où il paraît en homme, il nous sait bien montrer qu'il est Dieu ; où il se déclare Dieu, il fait voir aussi qu'il est homme. L'économie est si sage, la dispensation si prudente, c'est-à-dire toutes choses sont tellement ménagées, que la divinité paraît tout entière et l'infirmité tout entière : cela est admirable.

Le grand pape saint Hormisdas, ravi en admiration de nette céleste économie, du haut de la chaire de saint Pierre, "l'on il enseignait tout ensemble et régissait toute l'Église, invite tous les fidèles à contempler avec lui cet adorable

\. Epist. cxxxvn, n* 9, t. IbM.

mélange, ce mystérisux tempérament de puissance et d'infirmité. « Le voilà, dit-il aux fidèles, celui qui est Dieu et homme, c'est-à-dire la force et la faiblesse, la bassesse et la majesté; celui qui, étant couché dans la crèche, paraît dans le ciel en sa gloire. 11 est dans le maillot, et les Magea l'adorent; il naît parmi les animaux,, et les anges publient sa naissance; la terre le rebute, et le ciel le déclare par une étoile ; il a été vendu, et il nous rachète ; attaché à la croix, il y distribue les couronnes et donne le royaume éternel; infirme qui cède à la mort, puissant que la mort ne peut retenir; couvert de blessures et médecin infaillible de nos maladies ; qui est rangé parmi les morts et qui donne la vie aux morts; qui naît pour mourir et qui meurt pour ressusciter; qui descend aux enfers et ne sort point du sein de son Père : » Jacens in prœsepio, videbatur in cœlo; involutus pannis, adorabatur a Magis; inter animalia editus, ab angelis nuntiabatur;,.. virtus et inflrmitas, humilitas et majestas; redimens et venditus; in cruce posilus, et cœli régna largitus;.,. patiens vulnerum, et salvator œgrorum; unus defunctwum, et vivificator obeuntium; ad inferna descendens, et a Patris gremio non recedens^.

Joignons-nous avec ce grand pape pour adorer humblement les faiblesses qu'un Dieu incarné a prises volontairement pour l'amour de nous. C'est là tout le fondement de notre espérance.

Mais il me semble quo vous m'arrêtez pour me dire : Il est vrai, nous le voyons bien, Jésus a ressenti nos infirmités; mais nous attendons autre chose : vous nous avez promis c3enous faire voir que ses faiblesses guérissent les nôtres; c'est ce qu'il faut que vous expliquiez. Et n'en ôtcs-vouo pas encore convaincus? Ne suffit-il pas, chrétiens, d'avoir remarqué nos infirmités on la personne du Fils de Dieu pour en espérer de lui le remède? Et hoù vobis signum.

f. Kplfit. vaax. Ad Justim. Âuçm tabb.

DE LA NATIVITÉ DE NOTRE-SEIGNEUR 24l

* Voilà le signe que l'on vous donne. » L'Apôtre avait men entendu ce sign^ lorsque, voyai.t les intirmités de son Maître, aussitôt il paraît consolé des siennes. « Ah! dit-il, nous n'avons pas un pontife qui soit insensible à nos maux*; » il compatit aux infirmités de notre nature*; il y apportera du soulagement. Et quels signes nous en donnez-vous, saint apôtre? Et hoc vobis signum. « C'est qu'il les a, dit-il, éprouvées :» Tew^o^m per omnia^. Je vous prie, entendez ce signe: rien n'est plus plein de consolation. N'est-il pas vrai fidèles, de tous ceux dont vous plaignez les disgrâces, il n'y en a point pour lesquels votre compassion soit plus tendre que pour ceux que vous voyez dans les mômes afflictions que vous avez autrefois senties? Vous avez perdu un ami, j'en ai perdu un autrefois; dans cette rencontre de douleurs, ma pitié en sera plus grande, parce que je sens par expérience combien il est dur de perdre un ami. Et de là quel soulagement je vois naître pour les misérables! Ahl consolez-vous, chrétiens qui languissez parmi les douleurs: mon Sauveur n'a épargné à son corps ni la faim, ni la soif, ni les fatigues, ni les sueurs, ni les infirmités, ni la mort. Il n'a épargné à son âme ni la tristesse, ni l'inquiétude, ni les longs ennuis, ni les plus cruelles appréhensions. 0 Dieu, qu'il aura d'inclination de nous soulager, nous qu'il voit, du plus haut des cieux, battus des mêmes orages dont il a été attaqué sur la terre! C'est pourquoi l'Apôtre se glorifie des infirmités de notre pontife. Ah! nous n'avons pas, dit-il, un pontife qui ne sente pas nos infirmités : il les sent, il en est touché, il en a pitié, dit saint Paul. Et pourquoi? « C'est qu'il a passé comme nous, répond-il, par toutes sortes d'épreuves. » Tentatum per omnia absque peccato. Il a tout pri?

i. Hebr., y, 15.

2. On lit ici, dans le maniucrit du second seimou, ces paroies en mii»«\ : «Laissez-moi ma simplicité, les langes de moa Sauveur, dont je làcne ae revêtir sa sainte parole > (£clit. de D«torts.)

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