‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 103 sur 223 · Bebr., n · texte numérisé non relu

Bebr., n

t. Pu. xciu, i9.

chair et la grandeur de nos espérances. Maintenant, pour accomplir son ouvrage, il faut qu'il éloigne tous les obstacles qui nous empêchent de parvenir à la fin qu'il noua a proposée ; c'est ce qu'il lait admirablement par sa crèche, et vous le pouvez aisément comprendre si vous suivez ce raisonnement facile et moral. Ce qui nous empêche d'aller au souverain bien, c'est l'illusion des biens apparents, c'est la folle et ridicule créance qui s'est répandue dana tous les esprits, que tout le bonheur de la vie consiste dails ces biens externes que nous appelons les honneurs, ies richesses et les plaisirs. Étrange et pitoyable ignorance!

Il n'y a rien de plus vain que les moyens que l'homme recherche pour se faire grand. Il se trouve tellement borné et resserré en lui-même, que son orgueil a honte de se voir réduit à des limites si étroites. Mais, comme il ne peut rien ajouter à sa taille ni à sa substance, comme dit le Fils de Dieu *, il tâche de se repaître d'une vaine imagination de grandeur en amassant autour de lui tout ce qu'il peut. Il pense qu'il s'incorpore, pour ainsi dire, toutes les richesses qu'il acquiert; il s'imagine qu'il s'accroît en élargissant ses appartements magnifiques, qu'il s'étend en étendant son domaine, qu'il se multiplie avec ses titres, et enfin qu'il s'agrandit en quelque façon par cette suite pompeuse de domestiques qu'il traîne après lui pour surprendre les yeux du vulgaire.

Cette femme vaine et ambitieuse, qui porte sur elle la nourriture de tant de pauvres et le patrimoine de tant de familles, ne se peut considérer comme une personne particulière. Cet homme, qui a tant de charges, tant de titres, tant d'honneurs, seigneur de tant de terres, pi^ssessenr de tant de biens, maître de tant d« domestiques, ne se comptera jamais pour un seul homme; et il ne considère pas qu'il ne fait que de vains efforts, puisque enfin, quelque

1 If&ttk., vt, 27.

-oin qu'il prenne de s'accroître et de se multiplier en tant de manières et par tant de titres superbes, il ne faut qu'une seule mort pour tout abattre et un seul tombeau pour tout enfermer.

Et toutefois, chrétiens, l'enchantement est si fort et le charme si puissant, que l'homme ne peut se dôprondre de ses vanités. Bien plus, et voici un plus grand excès : il pense que si un Dieu se résout à paraître sur la terre, il ne doit point s'y montrer qu'avec ce superbe appareil ; comme si notre vaine pompe et notre grandeur artificielle pouvaient donner quelque envie à celui qui possède tout dans l'immense simplicité de son essence. Et c'est pourquoi les puissants et les superbes du monde ont trouvé notre Sauveur trop dénué; sa crèche les a étonnés, sa pauvreté leur a fait peur; et c'est cette môme erreur qui a fait imaginer aux Juifs cette Jérusalem toute brillante d'or et de pierreries, et toute cette magnificence qu'ils attenden: encore aujourd'hui en la personne de leur Messie.

Mais, au contraire, messieurs, si nous voulons raisonner par les véritables principes, nous trouverons qu'il n'est rien de plus digne d'un Dieu venant sur la terre que de confondre par sa pauvreté le faste ridicule des enfants d'Adam, de les désabuser des vains plaisirs qui les enchantent, et enfin de détruire par son exemple toutes les î'auâses opinions qui exercent sur le genre humain une si grande et si injuste tyrannie.

C'est pourquoi le Fils de Dieu vient au monde comnie le réformateur da genre humain, pour désabuser tous ïea hommes de leurs erreurs, et leur donner la vraie science des biens et des maux; et voici l'ordre qu'il y tient. Le monde a deux moyens d'abuser les hommes : il a premièrement de fausses douceurs qui surprennent notre crédulité trop facile ; il a secondement de vaines terreurs qui abattent notre courage trop lâche. Il est des hommes si délicats, qu'ils ne peuvent vivre s'ils ne sont toujours dans la

volupté, dans le luxe, dans l'aboi, dance. Il en est d'autres qui vous diront : Je ne demande pas de grandes richesses, mais la pauvreté m'est insupportable; je n'envie pas le crédit de ceux qui sont dans les grandes intrigues du monde, mais il est dur de demeurer dans l'obscurité ; je me défendrai bien des plaisirs, mais je ne puis souffrir les douleurs. Le monde gagne les uns, et il épouvante les autres. Tous deux s'écartent de la droite voie ; et tous deux enfin viennent à ce point, que celui-ci pour obtenir les plaisirs sans lesquels il s'imagine qu'il ne peut pas vivre , et l'autre pour éviter les malheurs qu'il croit qu'il ne pourra jamais supporter, s'engagent entièrement dans l'amour du monde.

Mon Sauveur, faites tomber ce masque hideux par lequel le monde se rend si terrible ; faites tomber ce masque agréable par lequel il semble si doux : désabusez-nous. Premièrement faites voir quelle est la vanité des biens périssables. Et koc mbis signum : « Voilà le signe que l'on vous en donne. » Venez à l'étable, à la crèche, à la misère, à la pauvreté de ce Dieu naissant. Ce ne sont point ses paroles c'est son état qui vous prêche et qui vous enseigne. Si les plaisirs que vous recherchez , si les grandeurs que vous admirez étaient véritables, quel autre les aurait mieux mérités qu'un Dieu? qui les aurait plus facilement obtenus, ou avec une pareille magnificence? Quelle troupe de gardes l'environnerait! quelle serait la beauté de sa courl quelle pourpre éclaterait sur ses épaules! quel or reluirait sur sa tête! quelles délices lui préparerait toute la nature, qui obéit si ponctuellement à ses ordres! Ce n'est point sa pauvreté et son indigence qui l'a privé des plaisirs : il les a volontairement rejetés. Ce n'est point sa faiblesse, ni son impuissance, ni quelque coup imprévu de la fortune ennemie qui l'a jeté dans la pauvreté, dans les aouleurs et dans les opprobres; mais il a choisi cet état. « Il a jugé, dit Tertullien , que ces biens, ces contentements, cette gloire, étaient indignes de lui et des siens : » Indignam

sibi et si'fs judicavit^. Il a cru que cette grandeur étant fausse et imaginaire, elle ferait tort à sa véritable excellence. Et ainsi, dit le même auteur, « en ne la voulant pas, il l'a rejetée; ce n'est pas assez : en la rejetant, il l'a condamnée. Il va bien plus loin: en la condamnant, le dirai-je? oui, chrétiens, ne craignons p;?.s de le dire, il l'a mise parmi lee pompes du diable auxquelles nous renonçons par le saint baptême :»Igitur quam nolait,rejecit; quam rejecit, damnavit; quamdamnavit, in pompa d'iaboli deputavit^. C'est la sentence que prononce le Sauveur naissant contre toutes les vanités des enfants des hommes. Voilà la gloire du monde bien traitée : il faut voir qui se trompe, de lui ou de nous. Ce sont les paroles de Tertullien qui sont fondées sur cette rai son. Il est indubitable que le Fils de Dieu pouvait naître dans la grandeur et dans ropulence ; par conséquent, s'il ne les veut point, ce n'est point par nécessité, mais par choix; Tertullien a raison de dire qu'il les a formellement rejetées. Qua?n noluit, rejeat. Mais tout choix vient du jugement : il y a donc un jugement souverain par lequel Jésus-Christ naissant a donné cette décision importante : que les grandeurs du siècle n'étaient pas pour lui, qu'il les devait rejeter bien loin. Et ce jugement du Sauveur, n'est-ce pas la condamnation de toutes les pompes du monde? Quam rejecit, damnavit. Le Fils de Dieu les méprise; quel crime de leur donner notre estime! quel malheur de leur donner notre amour! Est-il rien de plus nécessaire que d'en détacher nos affections? Et c'est pourquoi Tertullien dit que nous les devons renoncer, par l'obligation de notre baptême. Et hocvobis signum ; c'est la crèche, c'est la misère, c'est la pauvreté de ce Dieu enfant.j qui nous montrent qu'il n'est rien de plus méprisable que !:4i que les hommes admirent si fort.

i. Tertnlt, lie idêMëL, n« it.

%. ma.

Ah I que la superbe philosophie cherche de tous côtés des raisonnements contre l'amour désordonné des richesses, qu'elle les étale avec grande emphase ; combien tous ses arguments sont-ils éloignés de la force de ces deux mots : Jésus-Christ est pauvre, un Dieu est pauvre? Et que nous sommes bien insensés de refuser notre créance à un Dieu qui nous enseigne par ses paroles, et confirme les vérités qu'il nous prêche par l'autorité infaillible de ses exemples I Après cela, je ne puis pluç écouter ces vaines objections que nous fait la sagesse humaine : un Dieu ne devait pas se montrer aux hommes qu'avec une gloire et un appareil qui fût digne de sa majesté. Certes, notre jugement, chrétiens, est étrangement confondu par les apparences et par la tyrannie de l'opinion, si nous croyons que l'éclat du monde ait quelque chose digne d'un Dieu, qui possède en lui-même la souveraine grandeur. Mais voulez-vous que je vous dise au contraire ce que je troyve de grand, d'admirable, ce qui me paraît digne véritablement d'un Dieu conversant avec les hommes? C'est qu'il semble n'être paru sur la terre que pour fouler aux pieds toute cette vaine pompe, et braver, pour ainsi dire, par la pauvreté de sa crèche, notre faste ridicule et nos vanités extravagantes. Il a vu, du plus haut des cieux, que les hommes n'étaient touchés que des biens sensibles et des pompes extérieures. Il s'est souvenu, en ses bontés, qu'il les avait créés au commencement pour jouir d'une plus solide félicité. Touché de compassion, il vient en personne les désabuser, non par sa doctrine, ptiai^ par ses exemples, de ces opinions non moins fausses et dangereuses qu'elles sot)-' établies et invétérées. Car voyez où va son mépris : nor.iseulement il ne veut point de grandeurs humaines, mais pour montrer le peu d'état qu'il en fait, il se jette aux extrémités opposées. Il a peine à trouver un lieu assez bas par où il fasse son entrée au monde : il rencontre une étable à demi ruinée; c'est là qu'il descend. Il prend tout ce

DE LÀ NATIVITÉ DE NOTRE-SEIGNEUfi S4V

apie les hommes évitent, tout re qu'ils rraignent, tout ce fu'iis méprisent, tout ce qui fait horreur à leurs sens, pour *aire voir combien les grandeurs du siècle lui semblent Vciines et imaginaires. Si. bien que je me représente sa crèche, non point comme un berceau indigne d'un Dieu, mais comme un char de triomphe, où il traîne après lu^ e monde vaincu. Là sont les terreurs surmontées, et là les douceurs méprisées; là les plaisirs rejetés, et ici les tourments soufferts : rien n'y manque, tout est complet. Et il me semble qu'au milieu d'un si beau triomphe il nous dit avec une contenance assurée : « Prenez courage, j'ai vaincu le monde : » Confidite : ego vici mimdum * ; parce que par la bassesse de sa naissance, par l'obscurité de sa vie, par la cruauté et l'ignominie de sa mort, il a effacé tout ce que les hommes estiment et désarmé tout ce qu'ils redoutent : ¥jt hoc vobis signum : Voilà le signe que Ton nous donne pour reconnaître notre Sauveur.

Accourez de loutes parts, chrétiens, et venez connaître à ces belles marques le Sauveur qui vous est promis. Oui^ mon Dieu, je vous reconnais, vous êtes le libérateur que j'attends. Les Juifs espèrent un autre Messie, qui les comblera de prospérités, qui leur donnera l'empire du monde, qui les rendra contents sur la terre. Ah! combien de Juifs parmi nous! combien de chrétiens qui désiraient un Sauveur qui les enrichît, un Sauveur qui contentât leur ambition ou qui voulût flatter leur délicatesse ! Ce n'est pas là notre Jésus-Christ. A quoi le pourrons-nous reconnaître? Écoutez ; je vous le dirai, par de belles paroles d'un ancier^ Père : Si ignobilis, si ingloriiis, si inhoncyrabilis, meus erit Christus « : « S'il est méprisable, s'il est sans éclat, s'il est bas aux yeux des mortels, c'est le Jésus-Christ que je cherhe.» Il me laut un Sauveur qui fasse honte aux superbe»

\n Joann., xvi, 33.

V Tertoll.. Adv. Marcion., lib. ITI, n» 17.

qui fasse peur aux délicats de la terre, que le monde ne puisse goûter, que la sagesse humaine ne puisse comprendre, qui ne puisse être connu que des humbles de cœur. Il me faut un Sauveur qui brave, pour ainsi dire, par sa généreuse pauvreté nos vanités ridicules, extravagantes; qui m'apprenne par son exemple que tout ce que je vois n'est qu'un songe ; que je dois rapporter à un autre et mes craintes et mes espérances; qu'il n'y a tien de grand que de suivre Dieu, et tenir tout le reste au-dessous de nous; qu'il y a d'autres maux que je dois craindre et d'autres biens que je dois attendre. Le voilà, je l'ai rencontré, je le reconnais à ces signes; vous le voyez aussi, chrétiens . Reste à considérer maintenant si nous le croirons.

Il y a deux partis formé»: le monde d'un côté, Jésus' Christ de l'autre. On va en foule du (jôté du monde, on s'y presse, on y court on croit qu'on n'y sera jamais assez tôt. Jésus est pauvre et abandonné : il a la vérité, l'autre l'apparence; l'un a Dieu pour lui, l'autre les hommes. 11 est bien aisé à choisir. Mais ce monde a de magnifiques promesses: là, les délices, les réjouissances, l'applaudissement, la faveur; vous pourrez vous venger de vos ennemis; vous pourrez posséder ce que vous aimez ; votre amitié sera recherchée ; vous aurez de l'autorité, du crédit ; vous trouverez partout un visage gai et un accueil agréable : il n'est rien tel, il faut prendre parti de ce côté-là. D'autre part, Jésus-Christ se montre avec un visage sévère. Mon Sauveur, que ne promettez-vous de semblables biens? que vous seriez un grand et aimable Sauveur, si vous vouliez «auver le monde de la pauvreté ! L'un lui dit : Vous seriez mon Sauveur, si vous vouliez me tirer de la pauvreté. Je ne le vous promets pas. Combien lui disent en secret : Que

I. Vous l'avez connu, mes chères sœurs, puisque vous avez aimé son dépouillement ; puisque sa pauvreté vous a plu; puisque vous l'ave* épciasé avac tovs ses clous, toutes ses épines, avec toute la bassesse de sa crèche et toutes les rigoeDirs de sa croix. Mais nous, mes frères, que choisirons noas?

je puisse contenter ma passion. Je ne le veux pas. Que je puisse seulement venger cette injure. Je vous le défends. Le bien de cet homme m'accommoderait; je n'y ai point de droit; mais j'ai du crédit. N'y touchez pas, ou vous êtes Derdu. Qui pourrait souffrir un maître si rude ? Retironsnous; on n'y peut pas vivre. Mon Sauveur, que vous êtes rude*! Mais du moins que promettez-vous? de grands biens? Oui; mais pour une autre vie! Je le prévois, vous ne gagnerez pas votre cause: le monde emportera le dessus ; c'en est fait, je le vois bien, Jésus va être condamné encore une fois. On nous donne un signe pour vous connaître, mais c'est un signe de contradiction. Il s'en trouvera, mêms dans l'Église, qui seront assez malheureux de le contredire ouvertement par des paroles et des sentiments infidèles; mais presque tous le contrediront par leurs œuvres. Et ne le condamnons-nous pas tous les jours? Quand nous prenons des routes opposées aux siennes, c'est lui dire secrètement qu'il a tort, et qu'il devait venir comme les Juifs

1. Mon Sauveur, vous êtes trop incompatible, on ne peut s'accommoder avec vous, la multitude ce sera pas de votre côté. Aussi, mes frères, ne la veut-il pas. C'est la multitude qu'il a noyée par les eaux du délace, c'est la multitude qu'il a consumée par les feux du ciel; c'est la multitude qu'il a abîmée dans les flots de la mer Kouge; c'est la multitude qu'il a réprouvée, autant de fois qu'il a maudit dans son Évangile le monde et ses vanités; c'est pour engloutir cette malheureuse et damnable multitude dans les cachots éternels, que ■ l'eufer, dit le prophète Isaîe *, s'est dilaté démesurément; et les forts et les puissants, et les grands du monde s'y précipitent en fonle. » 0 monde! ô multitude ! o troupe innombrable ! je crains 'a société malheureuse. Le nombre ne me défenura pas contre mon juge; la foule des témoins ne me justifiera pas; ma conscience [m'accuse]; je crains que mon Sauveur ne se change en juge im- '>lacable : * Sicut lœtatus est Dominus super vos bene vobis faciens, vosque muliiplicans ; sic laetabitur disperdens vos atque snJavertens** : «Coiûme le Seigneur s'est plu à vjUS bénir et à vous multiplier, ainsi se plaiia-t-il à vous détruire et à vous ruiner. » Quand Dieu entreprendra d'égaler sa justice à ses miséiicordes et de verger ses bontés si indignement méprisées, je ne me sens pas assez fort pour soutenir l'effort redoutable, ni les coups incessamraejlt redoublés d'une main si rude et si pesante. Ju me ris des jugements des bon du monde et de leurs 'oUtts pensées.

•is.. v, 14.

•• Iteut.. zxTii], es.

2311 SERMON SUR lE MYSTERE

i'.att-endent encore. S'il est votrn Sauveur, de quel m/5il voulez-vous qu'il vous Bauve? Si votre plus grand mal c'est le péché, Jésus-Christ est votre Sauveur; mais «'il était ainsi, vous n'y tomberiez pas si facilement. Quei est donc votre plus grand mal? C'est la pauvreté, c'est la misère. Jésus-Christ n'est plus votre Sauveur; il n'est pas venu pour cela. Voilà comme l'on condamne le Sauveur Jésus.

Oili irons-nous, mes frères, et où tournerons-nous nos désirs? Jusqu'ici tout favorise le monde: le concours, la commodité, les douceurs présentes. Jésus-Christ va Htl condamné : on ne veut point d''an Sauveur si pauvre et si nu. Irons-nous? prendrons-nous parti? Attendons encore . peut-être que le temps changera les choses! Peut-être! il n'y a point de peut-être; c'est une certitude infaillible. Il viendra, il viendra ce terrible jour où toute la gloire du monde se dissipera en fumée ; et alors on verra paraître dans sa majesté ce Jésus autrefois né dans une crèche, co Jésus autrefois le mépris des hommes, ce pauvre, ce misérable, cet imposteur, ce samaritain, ce pendu. La fortune de ce Jé^s est changée. Vous l'avez méprisé dans ses disgrâces : vous n'aurez pas de part à sa gbire. Que cet avènement changera les choses! Là ces heureB'f du siècle n'oseront paraître, parce que se souveuant de la pauvreté passée du Sauveur et voyant sa grandeur présente, la première sera la conviction de leur folie, et la seconde en sera la condamnation. Cependant ce même Sauveur laissant ces heureux et ces fortunés, auxquels on applaudissait sur la terre, dans la foule des malheureux, il tournera sa divine face au petit nombre de ceux qui n'auront pas rougi do sa pauvreté, ni refusé de porter sa croix. Venez, ùira-t-il, mes chers compagnons, entrez en la société de ma gloire, jouissez de mon banquet éternel.

Apprenons donc, mes frères , à aimer la pauvreté de Jésus : soyons tous pauvres avec Jésus-Christ. Qui est-ce qui

ù'est pas pauvre en ce monde, l'un en santé, l'autre en biens, l'un en honneur, fit l'autre en esprit? Tout le monde est pauvre ; aussi n'est-ce p-is ici que les biens abondent , c'est pourquoi le monde, pauvre en efifet, ne débite que des espérances; c'est pourquoi tout le monde désire et tous ceuj qui désirent sont pauvres et dans le besoin. Aimez cette partie de la pauvreté qui vous est échue en partage, pour vous rendre semblables à Jésus-Christ ; et, pour ces richesses que vous possédez, partagez-les avec Jésus-Christ. Gom' pâtissez aux pauvres, soulagez les pauvres; et vous participerez aux bénédictions que Jésus a données à la pauvreté. Chrétiens, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, « qui, étant si riche par sa nature, s'est fait pauvre pour l'amour de nous, pour nous enrichir par sa pauvreté S » détromponsnous des faux biens du monde. Comprenons que la crèche de notre Sauveur a rendu pour jamais toutes nos vanités ridicules. Oui certainement, ô mon Seigneur Jésus-Christ , tant que je concevrai bien votre crèche, vos saintes humiliations, les apparences du siècle ne me surprendront point par leurs charmes , elles ne m'éblou iront point par leur vain éclat; et mon cœur ne sera touché que de cr^s richesses inestimables que votre glorieuse pauvreté nous a préparée» dans la félicité éternelle. Amen.

PBÊCES Â VA C0OS

Trois préceptes de Jésus-Christ pour établir la concorde parmi les hommes. Ordre que Diea a établi dans l'union des hommes. Quel est le fondement de l'amour du prochain. Pourquoi si peu d'amitié solide dans le monde. Combien un ami fidèle nous est utile. Dangers des flatteurs. Devoirs de la charité envers le prochain.

Ubi 8unt duo vel très congregati in nomine meo, ibi sum in medio eorum.

Où il y a deux ou trois personnes a«- »en}biées en mon nom , je serai là ao milieu d'elles.

Matth., zviii, 80.

Ce que dit saint Augustin est tres-véritable, qu'il n'y a rien de si paisible ni de si farouche que l'honiLae , i-ien de plus sociable par sa nature, ni rien de plus discordant et de plus contredisant par son vice : Nihil est enim quam hoc genus tam discardiosum vitio, tara sociale natura ^ L'homme était fait pour îa paix, et il ne respire que la guerre. Il s'est mêl6 dans le genre humain un esprit de dissension e1 d'hostilité qui bannit pour toujours le repos du monde. Ni les lois, ni la raison, ni l'autoriiié , ne sont capables

B»i Ci». Dei, lib. Xli^ cap.

d'empêcher que l'on ne voie toujours parmi nous la confiance tremblante et les amitiés incertaines, pendant que les soupçons sont extrêmes, les jalousies, furieuses, les médisances, cruelles , les flatteries, malignes , les iniquités iniplacables.

Jésus-Christ s'oppose dans notre évangile au cours et au débordement de tant de maux; et il y établit la concorde et la société entre les hommes par trois préceptes admirables, qui comprennent les devoirs les plus essentiels d<». notre mutuelle correspondance. Premièrement, il ordonne que l'on s'unisse en son nom, et se déclare le protecteur d'une telle société : TJbi fuerint duo vel très congregati in nornine meo, ibi sum medio eorum : « Où seront deux ou trois personnes assemblées en mon nom, là je serai au milieu d'elles, fl En second lieu, il nous enseigne de nous corriger mutuellement par des avis charitables : Corripe eum inter ie et i^sum solum^ : « Reprenez, dit-il, votre frère entre vous et lui. » Enfin il commande expressément de pardonner les injures, et il ne donne aucunes bornes à cette indulgence : « Pardonnez, dit-il, les ofl'enses, je ne dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à septante fois sept fois; » c'est-à-dire jusqu'à l'infini et sans aucunes limites : Usque septuagies septies^. Je trouve dans ces trois préceptes tout ce qu'il y a de plus important dans la charité fraternelle; car trois choses étant nécessaires, d'en établir le principe, d'en ordonner l'exercice, d'en surmonter les obstacles, Jésus- Christ établit le principe de l'amitié chrétienne dans l'autorité de son nom : In nomine meo. Il en prescrit le plus noble et le plus utile exercice dans les avertissements mutuels : Corripe eum. Enfin il en surmonte le plus grand obstacle par le pardon des injures : Non dico tibi usque septies, sed usque septuagies septies. C'est le sujet de ce discours. Entrons d'abord

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