Mattîi., zTm. li' 1. Ibid., n
en matière, et montrons avant toutes choses, dans le premier point, que Dieu seul est le fondement de toute anfiitié véritable.
PREMIER POINT
Quoique l'esprit de division se soit mêlé bien avatit dans le genre humain, il ne laisse pas de se conserver au fond de nos cœurs un principe de correspondance et de société mutuelle qui nous rend ordinairement asse.i 'eiidres, je iie dis pas seulement à la première sensibilité de la compassion, mais encore aux premières impressions de i^un^lié. De là naît ce plaisir si doux de la conversation, qui nous fait entrer comme pas à pas dans l'âme les uns des autri's. Le cœur s'échauffe , se dilate; on dit souvent plus qu'on ne veut, si l'on ne se retient avec soin; et c'est peul-ôLre pour cette raison que le Sage dit quelque part, si je ne me trompe, que la conversation enivre, parce qu'elle pousse au dehors le secret de l'âme par une certaine chaleur et presque sans qu'on y pense. Par là nous pouvons comprendre que cette puissance divine, qui a comme partagé la nature humaine entre tant de particuliers, ne nous a pas tellement détachés les uns des autres qu'il ne reste toujours dans nos cœurs un lien secret et un certain esprit de retour pour nous rejoindre. C'est pourquoi nous avons presque tous cela de commun, que non-seulement la douleur qui, étant faible et impuissante, demande naturellement dii soutien; mais la joie, qui, abondante en ses propres biens, semble se contenter d'elle-même, cherche le sein d'un ami pour s'y répandre, sans quoi elle est imparfaite et assez souvent insipide : tant il est vrai, dit saint Augustin, que rien n'est plaisant à l'homme s'il ne le goûte avec quelque autre homme dont la société lui plaise ; Nihil est homini amicum sine homine amico^.
t. Ad Proit., «plat czxx. q^' 4.
Mais comme ce désir naturel de société n'a pas assez d'étendue, puisqu'il se restreint ordinairement à ceux qui nous plaisent par quelque conformité de leur humeur avec la nôtre; ni assez de cordialité, puisqu'il est le plus souvent cimenté par quelque intérêt, faible et ruineux fondement de l'amitié mutuelle; ni enfin assez de force, puisque nos humeurs et nos intiérêts sont des choses trop changeantes pour être l'appui principal d'une concorde solide : Dieu a voulu, chrétiens, que notre société et notre mutuelle confédération dépendît d'une origine plus haute ; et voici l'ordre qu'il a établi : il ordonne que l'amour et la charité s'attache premièrement à lui comme au principe de toutes choses, que de là elle se répande par un épanchement général sur tous les hommes, qui sont nos semblables, et que, lorsque nous entrerons dans des liaisons et des amitiés particulières, nous les fassions dériver de ce principe commun , c'est-à-dire de lui-même ; sans quoi je ne crains point de vous assurer que jamais vous ne trouverez d'amitié solide, constante, sincère.
Cet ordre de charité est établi, chrétiens , dans oeR deux commandements qui sont, dit le Fils de Dieu, le mystérieux « abrégé de la loi et des prophètes : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et tu aimeras ton prochain comme toi-môme». » Et, afin que vous entendiez avec combien de sagesse Jésus-Christ a renfermé dans ces deux préceptes toute la justice chrétienne, vous remarquerez, s'il vous plaît, que pour garder la justice nous n'avons que deux choses à considérer, premièrement sous qui nous Avons à vivre, et ensuite avec qui noua avons à vivre. Nous vivons sous l'empire souverain de Dieu et nous sommes faits pour lui seul ; c'est pourquoi le devoir essentiel de la nature raisonnable, c'est de s'unir saintement 1^ Dieu par une fidèle dépendance ; mais comme, en vivant
ensemble sous son empire suprême, nous avons aussi à vivre avec nos semblables en paix et en équité, il s'ensuit que l'accessoire est le second bien, que nous ne devons chérir que pour Dieu , mais aussi qui nous doit être après Dieu le plus estimable : c'est notre société mutuelle. Par où vous voyez manifestement qu'en effet toute la justice consiste dans l'observance de ces dfeux préceptes, conformément à cette parole de notre Sauveur : « Toute la loi et lea prophètes dépendent de ces deux commandements : » In his duobus mandatis universa leœ pendeî et pro
Cette doctrine étant supposée, il est aisé de comprendre que le premier de ces préceptes, c'est-à-dire celui de l'a^ mour de Dieu, est le fondement nécessaire de l'autre, qui regarde l'amour du prochain. Car qui ne voit clairement que, pour aimer le prochain comme nous-mêmes, il faut être capable de lui désirer et môme de lui procurer le même bien que nous désirons? et, pour pouvoir s'élever à une si haute et si pure disposition, ne faut-il pas avoir détaché son cœur des biens particuliers, où nous pouvons être divisés par la partialité et la concurrence , pour retourner p6ir un amour chaste au bien commun et général de la créature raisonnable, c'est-à-dire Dieu, qui seul suffit à tout par son abondance , et que nous possédons d'autant plus que nous travaillons davantage à en faire part aux autres? Celui donc qui aime Dieu d'un cœur véritable, comme parle l'Écriture sainte', est capable d'aimer cordialement, non-seulement quelques hommes, mais tous les hommes, et de vouloir du bien à tous avec une charité parfaite. Mais celui au contraire qui n'aime pas Dieu, quoi qu'il dise et quoi qu'il promette, il n'aimera que luimême ; et ainsi tout ce qu'il aura d'amour pour les awtreit