Serin, occlvii, n
*. De Baptix. cont. Donat.. Hb V. cap ivn, n' 48.
vec les flatteurs. Que dirai-je ici, chrétiens, et quel remède pourrai-je trouver contre un poison si subtil? Il ne suffit pas d'avertir les hommes de se tenir sur leurs gardes ; car qui ne se tient pas pour tout averti? Où sont reux qui ne cj-aignent pas les embûches de la flatterie? Mais en les crniîTnant on y tombe, et le flatteur nous tourne en tant de laçons, qu'il est malaisé de lui échapper. De dire, avec cet ancien*, qu'on le connaîtra par une certaine aiiectatioD de plaire en toute rencontre, ce n'est pas aller à la source : c'est parler de l'artifice le plus vulgaire et du fard le plus grossier de la flatterie. Celle de la coar est bien plus subtile : elle sait non-seulement avoir de la complaisance, mais encore résister et contredire, pour céder plus agréablement en d'autres rencontres. Elle imite non-seulement la douceur de l'ami, [mais encore] jusqu'à sa franchise et sa liberté; et nous voyons tous les jours que, pendant que nous triomphons d'être sortis des mains d'uji flatteur, un autre nous engage insensiblement, que nous ne croyons plu? flatteur, parce qu'il flatte d'une autre manière : tant l'appât est délicat et imperceptible, tant la séduction est puissante !
Donc, pour arracher la racine, cessons de nous prendre aux autres d'un mal qui vient de nous-mêmes. Ne parlons plus des flatteurs qui nous environnent par le dehors; par^ lons d'un flatteur qui est au dedans, par lequel tous les autres sont autorisés. Toutes nos passions sont des flatteuses, nos plai-sirs sont des flatteurs : surtout notre amourpropre est un grand flatteur qui ne cesse de nous applaudir au dedans, et, tant que nous écouterons ce flatteur, jamais nous ne manquerons d'écouter les autres. Car les flatteurs du dehors, âmes vénales et prostituées, savent bien connaître la force de cette flatterie intérieure. C'est pourquoi Us s'accordent avec elles, ils agi3sent de concert et d'intel-
. Cicer., de Amicit., a* i%.
ligence. Ils s'insinuent si adroitement dans ce con;merce de nos passions, dans cette secrète intrigue de notre cœur, ians cette complaisance de notre amour-propre, qu'ils ïous font demeurer d'accord de tout ce qu'ils disent. Ils :'assurent dans ses propres vices notre conscience tremblante, « et mettent, dit saint Paulin, le comble à nos péchés par le poids d'une louange injuste et artificieuse : » Sarcinam peccatorum pondère indehitœ laudis accumulât^. Que si nous voulons les déconcerter et rompre cette intelligence, voici l'unique remède : un amour généreux de la vérité, un désir de nous connaître nous-mêmes. Oui, je veux résolument savoir mes défauts ; je voudrais bien ne les avoir pas, mais puisque je les ai, je les veux connaître, quand même je ne voudrais pas encore les corriger ; car, quand mon mal me plairait encore, je ne prétends pas pour cela le rendre incurable ; et, si je ne presse pas ma guérisoa, du moins ne veux-je pas rendre ma mort assurée.
Apprenons donc nos défauts avec joie et reconnaissance de la bouche de nos amis ; et si peut-être nous n'en avons pas qui nous soient assez fidèles pour nous rendre ce bon office, apprenons-les du moins de la bouche des prédicateurs. Car à qui ne parîe-i^on pas dans cette chaire, sans vouloir parler à personne? à qui la lumière de l'Évangile ne montre-t-elle pas ses péchés? La loi de Dieu, chrétiens, que nous vous mettons devant les yeux, n'est-ce pas un miroir fidèle où chacun, et les rois et les sujets, se peut reconnaître? Mais personne ne s'applique rien. On est bien «lise d'entendre parler contre l^s vices des hommes, et Vet prit se divertit à écouter reprendre les mauvaises mœurs. Tonnez tant qu'il vou-s plaira, ô prédicateur I mais Ton ne s'émeut non plus que si l'on n'avait aucune part à cette juste censure. Ce n'est pas ainsi, chrétiens, qu'il faut écouter l'Évangile, mais plutôt il faut pratiquer ce que dit
i. Epist. XXIV, ad Sever., n* t
SDR LA CHÂRITË FRÂTERNELLS 260
r* «dceinent l'Ecclésiastique : Verbum sapiens quodcumque avaterit scius laudabit, et ad se adjiciet ^ : « L'homme sage qui entend, dit-il, quelque parole sensée, la loue et se l'applique à lui-môme. » Voyez qu'il ne se contente pas de la trouver belle et de la louer; il ne fait pas comme plusieurs, qui regardent à droite et à gauche à qui elle est propre et k qui elle pourrait convenir. Il ne s'amuse pas à deviner la pensée de celui qui parle, et à lui l'aire dire des choses à quoi il ne songe pas. Il rentre profondément en sa conscience et s'applique tout ce qui se dit : Ad se adjiciet. C'est là tout le fruit des discours sacrés : pendant que l'Évangile parle à tous, chacun se doit en particulier confesser humblement ses fautes, reconnaître la honte de ses actions, trembler dans la vue de ses périls. Ouvrez donc les yeux sur vous-mêmes, et n'appréhendez jamais de connaître voe péchés. Vous avez un moyen facile d'en obtenir le pardon : « Remettez, dit le Fils de Dieu', et il vous sera remis I » pardonnez, et il vous sera pardonné.
TROISIÈME PO!NT
C'est à quoi je vous exhorte, mes frères, sur la fin de ce discours ; car, après vous avoir montré la nécessité de reconnaître vos fautes, il est juste de vous donner aussi les remèdes, et le pardon des injures en est un des plus effilées. A la vérité, chrétiens, il y a sujet de s'étonner que les hommes pèchent si hardiment à la vue du ciel et de la terre, et qu'ils craignent si peu un Dieu si juste; mais je m'étonne beaucoup davantage que, pendant que aous multiplions nos iniquités par-dessus les sablons de la {nef, et que nous avons tant besoin que Dieu nous soit ùoï: et 3Bdulgent, nous soyons nous-mêmes si inexorable» et s.: