‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 11 sur 223 · I. De Cor., 9° H · texte numérisé non relu

I. De Cor., 9° H

que l'on tonne, que l'on foudroie, que l'on mêle le ciel avec la terre, toujours sera-t-il véritable qu'il ne peut jamais y avoir aucune nécessité de pécher ; « puisqu'il n'v a parmi les fidèles qu'une nécessité, qui est celle de ne pécher pas : » Nalla est nécessitas delinquendi, quibus una est nécessitas non delinquendi^. Méditons ces fortes maximes de l'Évangile de Jésus-Christ; mais ne songeons pas telle' ment à la fermeté chrétienne, que nous oubliions les tendresses de la charité fraternelle, qui est la seconde partie de l'esprit du christianisme.

SECOND POINT

Il pourrait sembler, chrétiens, que l'esprit du christianisme, en rendant nos pères plus forts, les aurait en même temps rendus moins sensibles, et que la fermeté de leur âme aurait diminué quelque chose de la tendresse de leur charité. Car, soit que ces deux qualités, je veux dire la douceur et le grand courage, dépendent de complexions différentes, soit que ces hommes nourris aux alarmes, étant accoutumés de longtemps à n'être pas alarmés de leurs périls, ni abattus de leurs propres maux, ne puissent pas être aisément émus de tous les autres objets qui les frappent, nous voyons assez ordinairement que ces forts et ces intrépides prennent dans les hasards de la guerre je ne sais quoi de moins doux et de moins sensible, pour ne pas dire de plus dur et de plus rigoureux.

Mais il n'en est pas de la sorte de nos généreux chrétiens : ils sont fermes contre les périls, mais ils sont tendres à aimer leurs frères; et l'Esprit tout-puissant qui les pousse sait bien le secret d'accorder de plus opposées contrariétés. C'est pourquoi nous lisons dans les Écritures qu v le Saint-Esprit forme les fidèles de doux matières bien dif-

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f6rentes. Premièrement il les fait d'une matière molle » quand il dit par la bouche d'Ézéchiel : Dabo vobis cor carneum^ ; « Je vous donnerai un cœur de chair; » et il les fait aussi de fer et d'airain, quand il dit à Jérémie ; a Je t'ai mis comme une colonne de fer et comme une muraille d'airain : » Dedi te in columnam ferream et in mu- Tum œreum ^. Qui ne voit qu'il les fait d'airain, pour résister k tous les périls; et qu'en môme temps il les fait de chair pour être attendris par la charité? Et de même que ce feu terrestre partage tellement sa vertu qu'il y a des choses qu'il fait plus fermes, et qu'il y en a d'autres qu'il rend plus molles, il en est à peu près de même de ce feu spirituel qui tombe aujourd'hui. Il affermit et il amollit, mais d'une façon extraordinaire, puisque ce sont les mêmes cœurs des disciples, qui semblent être des cœurs de diamant par leur fermeté invincible, qui deviennent des cœurs humains et des cœurs de chair par la charité fraternelle. C'est l'effet de ce feu céleste qui se repose aujourd'hui sur eux. Il amollit les cœurs des fidèles, il les a, pour ainsi dire, fondus : il les a saintement mêlés ; et, les faisant couler les uns dans les autres, par la communication de la charité, il a composé de ce beau mélange cette merveilleuse unité de cœur, qui nous est représentée dans les Actes en ces mots : Muîtitudinis autem credentium erat cor unum et anima una^ : « Dans toute la société des fidèles il n'y avait qu'un cœur et qu'une âme; » c'est ce qu'il nous faut expliquer.

Je pourrais développer en ce lieu les principes très-relevés de cette belle théologie qui nous enseigne que le Saint- Esprit étant le lien étemel du Père et du Fils, c'est à lui qu'il appartenait d'être le lien de tous les fidèles; et qu'ayant une force d'unir infinie, il les a unis en effet

t. Ezech., xxxvi, S6.

S. Jer«m., i, 18.

t. Act.. 17, 81.

d'une manière encore plus éLroite que n'est celle qui ash semble les parties du corps. Mais, supposant ces vérités saintes, et ne voulant pas entrer aujourd'hui dans cette haute théologie, je me réduis à vous proposer une maxime très- fructueuse de la charité chrétienne, qui résulte de cette doctrine : c'est qu'étant persuadés par les Écritures que nous ne sommes qu'un niême corps parlacharité,nous devons nous regarder, non pas en nous-mênies, mais dans l'unité de ce corps, et diriger par cette pensée toute notre conduite à l'égard des autres. Expliquons ceci plus distinctement, par l'exemple de cette Église naissante qui fait le sujet de tout mon discours.

Je remarque donc dans les Actes^ où son histoire nous est rapportée, deux espèces de multitude. Quand le Saint- Esprit descendit, il se fit premièrement une multitude assemblée par le h':^uit et par le tumulte. On entend du bruit, on s'assemble, mais quelle est cette multitude? Voici comme l'appelle le texte sacré, « une multitude confuse : » Convenu multitudo et mente confma est^. Toutes les pensées y sont différentes; les uns disent : « Qu'est-ce que ceci? » les autres en font une raillerie ; « Ils sont ivres, » ils ne le sont pas, voilà une multitude confuse. Mais je vois, queltemps après, une multitude bien autre, une multitude tranquille, une multitude ordonnée, où tout conspire au même dessein, « où il n'y a qu'un cœur et qu'une âme : » Multitudinis credentium erat cor unum et anima una. D'o i vient, mes sœurs, cette différence ? C'est que, dans cette première assemblée, chacun se regarde en lui-môme et prend ses pensées ainsi qu'il lui plaît, suivant les mouvements dont il est poussé ; de là vient qu'elle^ sont diverses, et il se fait une multitude confuse, multitude tumultueuse. Mais dans cette multitude des nouveaux croyants nul ne se regarde comme détaché, on se considère comme

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