‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 111 sur 223 · I. Sap., ï · texte numérisé non relu

I. Sap., ï

ciel qui nous ayant déclaré qu'il nous demandera compte à son jugement des paroles inutiles*, quelle justice ne fera-t-il pas de celles qui sont outrageantes et malicieuses ? Par conséquent, chrétiens, révérons ses yeux et sa présence; songeons qu'il nous sera fait dans son jugement comme nous aurons fait à notre prochain : si nous pardonnons, il nous pardonnera ; si nous vengeons nos injureb, « il nous gardera nos péchés, » comme dit l'Ecclésiastique : ^eccata illius servans servabit* : sa vengeance nous pourfiuivra à la vie et à la mort ; et ni en ce monde ni en l'autre, jamais elle ne nous laissera aucun repos. Ainsi n'attendons pas l'heure de la mort pour pardonner à no» ennemis ; mais plutôt pratiquons ce que dit l'Apôtre : « Que le soleil ne se couche pas sur votre colère : » Sol non occidat swper iracundiam vestram *. Ce cœur tendre, ce cœur paternel, ne peut comprendre qu'un chrétien, enfant de paix, puisse dormir d'un sommeil tranquille, ayant le cœuî ulcéré et aigri contre son frère, ni qu'il puisse goûter du repos, voulant du mal à son prochain, dont Dieu prend en main la querelle et les intérêts. Mes frères, le jour décline, le soleil est sur son penchant; l'Apôtre ne vous donne guère de loisir, et vous n'avez plus guère de temps pour lui obéir. Ne différons pas davantage une œuvre si nécessaire : hâtons-nous de donner à Dieu nos ressentiments. Le jour de la mort, messieurs, sur lequel on rejette toutes les affaires du salut, n'en aura que trop de pressées : commençons de bonne heure à nous préparer les grâce» qui nous seront nécessaires en ce dernier jour ; et, en pardonnant sans délai, assurons-nous dès aujourd'hui l'éternelle miséricorde du Père, du Fils et du Saint-Esf)rit. Ainsi soit-il.

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