‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 112 sur 223 · Ecclet., xxTin, !• %. Ephu., n. 9JL · texte numérisé non relu

Ecclet., xxTin, !• %. Ephu., n. 9JL

4UTRE CONCLUSION DU xMÊME SERMON

Mais ai vous vouslaissez gagner aux soupçons, si vous prenez facilement des ombrages et des défiances, prenez garde pour le moins, au nom de Dieu, de ne les porter pas aux oreilles importantes, et surtout ne les portez pas jusqu'aux oreilles du prince : songez qu'elles sont sacrées , et que vous les profanez trop indignement lorsque vous y portez ou les inventions d'une haine injuste, d'une jalousie cachée, ou les injustes raffinements d'un zèle affecté. Infecter les oreilles du prince, ah ! c'est un crime plus grand que d'empoisonner les fontaines publiques, et plus grand, sans comparaison, que de voler les trésors publics. Le grand trésor d'un État, c'est la vérité dans l'esprit du prince : et n'est-ce pas pour cela que le roi David avertit si sérieusement, en mourant, le jeune Salomon, son fils et son successeur? o Prenez garde, lui dit-il, mon fils, que vous entendiez tout ce que vous faites, et de quel côté vous vous tournerez : » Et intelligas universa quœ facis, et quocumqm te verteris^. Gomme s'il disait : Tournez-vous de plus d'un côté, pour découvrir tout alentour les traces de la vérité, qui sont dispersées : elle ne viendra guère à vous de droiL û\ et d'un seul endroit ; car les rois ne sont pas si heureux. Mais que ce soit vous-même qui vous tourniez, et que nul ne se joue h vous donner de fausses impressions ; entendez distinctement tout ce que vous faites, et connaissez tous les ressorts de la grande machine que vous conduisez : Ut

i. m Reg,, n^ î,

intelligas universa quœ facis. Salomon, suivant ce conseil, à "éLge environ de vingt-deux ans, fit voir à la Judée un roi consommé ; et la France, qui sera bientôt un État heureux par les soins de son monarque, jouit maintenant d'un pareil spectacle.

0 Dieu ! bénissez ce roi que vous nous avez donné 1 Que vous demanderons-nous pour ce grand monarque î quoi? toutes les prospérités ? Oui, Seigneur; mais bien plus encore, toutes les vertus, et royales et chrétiennes. Non, nous ne pouvons consentir qu'aucune lui manque, aucune, aucune : elles sont toutes nécessaires, quoi que le monde puisse dire, parce que vous les avez toutes commandées. Nous le voulons voir tout parfait; nous le voulons admirer en tout : c'est sa gloire, c'est sa grandeur qu'il soit obligé d'être notre exemple, et no^is estimerions un malheur public si jamais il nous paraissait quelque ombre dans une vie qui doit ê'Te toute lumineuse. Oui, sire, votre piété, votre justicp., votre innocence, font la meilleure partie de la félicité publique. Conservez-nous ce bonheur, seul capable de nous consoler parmi tous les fléaux que Dieu nous envoie, et vivez en roi chrétien. 11 y a un Dieu dans le ci^l qui venge les péchés des peuples, mais surtout qui venge les péchés des rois. C'est lui qui veut que je parle ainsi; et si Votre Majesté l'écoute, il lui dira dans ]e cœur ce que les hommes ne peuvent pas dire. Marchez, ô grand roi I constamment, sans vous détourner, par toutes les voies qu'il vous inspire, et n'arrêtez pas le cours de vos grandes destinées, qui n'auront jamais rien de grand, si elles ne se terminent à l'éternité bienheureuse.

SERMOW

Page 1