‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 113 sur 223 · SUB · texte numérisé non relu

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LES JUGEMENTS HLMAINS

Conduite tout extraordinaire de Jésus à l'égard de la femme adultère ; leçons qu'il nous y donne. Insolence de l'entreprise de no» jugements. Quelles sont les actions que nous devons condamner, et celles sur lesquelles nous devons suspendre notre jugement Dans quel esprit et avec quelle retenue nous sommes obligés de juger nos frères. Combien la bonté est plus propre que la justice à nous pénétrer vivement de nos fautes. Grandeur de celle de Jésus pour nous ; ■mtiments qu'elle doit produire dans nos coeurs.

Nemo te eondemnavit ? Qxue dixit Netno, Domine. Dixit autem Jésus : Née ego te condemnabo ; vade, et jam amfliui noli peccare.

Personne ne t'a condamnée ? dit Jésus t te femme adultère. Laquelle Inl répondit : Fersonne, Seigneur. Et Jésus Inl dit : Je ne te condamnerai pas aussi ; t», r* dorénsTant ne pèche plis.

Joann., vtif, 10, VI.

Quel est, messiems, ce nouveau spectacle? Le juste prend le p^rti des coupables, ie censeur des mœurs dépravées désarme les zélateurs de la loi, élude leur témoignage, arrête toutes leurs poursuites ; en un mot, Jésus, le chaste Jésus, après s'être montré si sévère aux moindrea regards immodestes, défend aujourd'hui publiquement une adultère publique ; et bien loin de la punir étant criminelle., il la protège hautement étant accusée, et Far-

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rache au dernier supplice étant convaincue. Voyez comme il renverse les choses : au lieu de confondre la coupable, il l'encourage ; au lieu d'encourager les accusateurs, il les confond; et changeant *ont*^ k rigueur de la peine en un simple avertissement de ne pécher plu3, il ne craint pas de faire revivre l'espérance abattue de la pécheresse, et d'effacer, pour ainsi dire, de ses propres mains, la honte qui couvrait justement sa face impudique. li y a quelque mystère caché dans cette conduite du Sauveur des âme&, et il en faut aujourd'hui chercher le secret, après avoir imploré la grâce du Saint-Esprit par l'intercession de la sainte Vierge. Ave>

Je commencerai ce discours en vous faisant le récit de l'histoire de notre évangile, afin que vous laissiez d'abord épancher vos cœurs dans une sainte contemplation de la clémence incomparable du Sauveur des âmes. Les Juifs lui amènent avec grand tumulte cette misérable adultère, et le font l'arbitre de son supplice. « La femme que nous vous présentons, disent-ils, a été surprise en adultère; Moïse nous a commandé de lapider de tels criminels ; mais vous, Maître, qu'ordonnerez-vous ? » î^« ergo, quid dicis * ? C'est ce que disent les pharisiens. Mais Jésus qui, lisant dans le fond des cœurs, voyait qu'ils étaient poussés, non point par le zèle de la justice, qui craint la contagion des mauvais exemples, mais par l'impatience d'un zèle amor, ou par l'orgueil fastueux d'une piété affectée, ne rougit nf devant Dieu, ni devant les hommes de prendre en main l-j. défense de cette impudique. « Celui de vous qui eyt innocent, qu'il jette, dit-il, la première pierre'. » Ils se reti rent confus; et je ne vois plus, dit saint Augustin, qu«» !e médecin avec la malade, et îa chasteté môme avec l'impudique; je vois la grande et extrême misère avec

i. Joann., viii, 4, ».

*, IbkJ.. THï, 7.

la rrande et extrême miséricorde : Remansit peccatrix et, mlcador, remansit œyrota et medicus, remansit misera et misericordia^.

Cette p^'wre femme, étonnée, après avoir échappé des iiiains de€ coupables qui avaient eu honte de la condamner, se croyait perdue sans ressource, regardant devant ses yeux la justice môme, et se voyant appelée à son tri» bunal, lorsque Jésus, l'aimable Jésus, toujours facile, toujours indulgent, « non par la conscience d'aucun péché, mais par une bonté infinie, » rassura son âme tremblante par ces nimables paroles que la douceur môme a dictées : a Nul, dit-il, ne t'a condamnée, et je ne te condamnerai pas non plus que les autres : » de môme que s'il eût dit : 0 Si la malice t'a pu épargner, pourquoi craindrais-tu l'innocence ? » Si malitia tibi parcere potuit, quid metuis innocentiam'^f Je suis un Dieu patient, qui pardonne volontiers les iniquités : j'en veux aux crimes et non aux personnes, et je supporte les péchfés alîn de sauver les pécheurs : a Va donc, et seulement ne pèche plus : » Vade, etjam amplius nolipeccart.

Voilà, messieurs, un rapport fîdè'ie de ce que raconte saint Jean dans l'évangile de cette journée. Quelles seront là-dessus nos réflexions? Je découvre de toutes parts des instructions inorportantes que nous pouvons tirer de cet évangile : mais il faut réduire toutes nos pensées à un objet tixc et déterminé; ot parmi ce nombre infini de choses qui se présentent, voici à quoi je m'arrête. Les deux vices les plus ordinaires et les plus universellement étendus que je vois uans le genre humain, c'est un excès de sévérité, et un excès d'indulgence; sévérité pour les autres, et indulgence pour nous-mêmes. Saint Augustin l'a bien remarqué, et l'a exprimé élégamment en ce petit mot : Curiosum genus

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