S. Aug., epist. CLiii, ad Macedon , a» U
ad cognoscendam vitam alienam, desidiosum ad corrigendam suam * ; Ah ! dit-il, que « les hommes sont diligents à reprendre la vie des autres, mais qu'ils sont lâches et paresseux à. corriger leurs propres défauts! » Voilà donc deux mortelles maladies qui affligent le genre humain : juger les autres en toute rigueur, se pardonner tout à soi-même; voir le fétu dans l'œil d'autrui, ne voir pas la poutre dans le sien; faire vainement le vertueux par une censure indiscrète, nourrir ses vices effectivement par une indulgence criminelle; enfin n'avoir un grand zèle que pour inquiétai le prochain, et abandonner cependant sa vie à un extrême relâchement dans toutes les parties de la discipline.
0 Jésus I opposez-vous à ces deux excès et apprenez aux hommes pécheurs à n'être rigoureux qu'à leurs propres crimes. C'est ce qu'il fait dans notre évangile; et cette même bonté, qui réprime la licence de juger les autres, éveille la conscience endormie, pour juger sans miséricorde ses propres péchés. C'est pourquoi il avertît tout ensemble, et ses accusateurs échauffés qui se rendent inexorables envers le prochain, qu'ils modèrent leur ardeur inconsidérée; et cette femme trop indulgente à ses passions, qu'elle ne donne plus rien à ses sens. Vous, dit-il, pardonnez aux autres, et ne les jugez pas si sévèrement ; et vous, ne vous pardonnez rien à vous-même, et désormais ne péchez plus. C'est le sujet de ce discours.
PREMIER POINT
Cette censure rigoureuse que nous exerçons sur nos frères est une entreprise insolente, et contre les droits de Dieu, et contre la liberté publique. Le jugement appartient à Dieu, parce qu'il est le souverain; et lorsque nous cnLieprenons déjuger nos frères sans en avoir sa commission,
t. Confits., Ixb. X, cttp. m.
pous sommes doublement coupables; parce que nous nous rendons tout ensemble et les supérieurs de nos égaux, et les égaux de notre supérieur, violant ainsi par un même attentat et les lois de la société, et l'autorité de l'empire. Pour nous opposer, si nous le pouvons, à un si grand renversement des choses humaines, il nous faut chercher aujourd'hui des raisons simples et familières, msds fortes et convaincantes.
Pour les exposer avec ordre, distinguons avant toutes choses deux sortes de faits et deux sortes d'hommes que nous pouvons condamner; ou plutôt ne distinguons rien de nous-mêmes; mais écoutons la distinction que nous donne l'Apôtre. Il y en a dont les actions sont manifestement criminelles, et d'autres dont les conduites peuvent avoir un bon et un mauvais sens. Il faut aujourd'hui poser des maximes pour bien régler notre jugement dans ces deux rencontres, de peur qu'il ne s'égare et ne se dévole. Cette distinction est très-importante, et saint Paul n'a pas dédaigné de la remarquer lui-même , écrivant ces mots à saint Timothée : « Il y a des hommes, dit-il, dont les péchés sont manifestes, et précèdent le jugement que nous en faisons ; et aussi il y en a d'autres qui suivent le jugement : » Qaorumdam hominum peccata manifesta sunt, prœcedentia ad judicium : quosdam autem et sequuntur^.
Ce passage de l'apôtre est assez obscur; mais l'interprétation de saint Augustin nous éclaircira sa pensée. Il y a donc des actions, dit saint Augustin', qui portent leur jugement en elles-mêmes et dans leurs propres excès. Par exemple, pour nous restreindre aux termes de notre évangile, un adultère public, c'est un crime si manifeste, que nous pouvons condamner sans témérité ceux qui en sont convaincus; parce que la condamnation que nous en fiu-