s. Aug., epist. xxxviiu n' î- %. Ibid., swm. cocvi, u
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de lui ordonner, simplement de ne pécher plus, et ia tr.'if* ter cependant avec une telle indiiigence; mais il faut voub taire comprendre qu'il n'y a rien de plus efficace pour rappeler une Ame étonnée au sentiment de ses crime».
Nous pouvons voir nos péchés, ou dans la justice de Dieu, ou dans ses miséricordes et dans les trésors de ses bontés infinies. Je soutiens, et il est vrai, que si la justice nous les fait voir d'une manière plus terrible, la bonté nous les fait sentir d'une manière plus vive et plus pénétrante. Nos péchés sont contraires, je vous l'avoue, à la justice de Dieu qui le^ punit, mais ne le sont-ils pas bcr.ucoup plus à la bonté de Dieu qui les efface? Que faitesvous, ô justice? Vous laissez le crime, et vous y ajoutez la peine. Mais vous, ô bonté! ô miséricorde I vous ôtez tout ensemble la peine et le crime ; et en pardonnant au pé- '!heur, vous portez au fond de son cœur, par votre indulgence, la lumière la plus perçante, pour confondre son Ingratitude.
La justice tonne et foudroie : que fait-elle par ses foudres et par son tonnerre? Elle remplit l'imagination de la terreur de la peine. La bonté va bien plus avant, qui, par ses facilités et ses compassjons, fait sentir au dedans l'horreur de la faute. Au milieu du bruit que fait la justire, dans la crainte, le mouvement, le cœur se trouble, et h peine se sent-il lui-môme : il se resserre en lui-même, il voudrait se cacher à ses propres yeux ; il fuit de touto sa force la colère qui le poursuit ; et pour fuir plus précipitamment, il voudrait pouvoir se séparer de soi-même, parce qu'il trouve toujours dans son fond un Dieu vengeur. Les douceurs de la bonté dilatent le cœur, pour recevoir les impressions du Saint-Esprit : tout s'épanche, tout gp, (découvre, et jamais on ne sent mieux son indignité, que lorsqu'on se sent prévenu par une telle profusion de grâces.
r>uaud Joseph se découvrit h ses frères, et qu'il leur dit
ces paroles : « Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu en Egypte, ils furent saisis d'une grande horreur*; v ils sentirent bien qu'ils avaient mal fait de le livrer de la sorte. Mais, lorsqu'il commença non-seulement à les rassurer, mais à les excuser, et qu'il leur dit ces paroles ; « Eh ! ne vous affligez pas de m'avoir vendu ; ce n'a pa» tant été par votre malice, que par un conseil de Dieu, qui voulait vous préparer ici un libérateur par une telle aventure». » Et lorsqu'il les embrassa, et qu'il pleura sur chacun d'eux en particulier : » Et ploravit super singulos ' , ah ! les reproches les plus sanglants qu'il aurait pu inventer contre eux n'eussent pas été capables de les faire entrer dans le sentiment de leurs crimes à l'égal de ces larmes, de cette tendresse, de ces embrassements imprévus d'un frère si outragé, et néanmoins bI bon, si tendre et si bienfaisant.
Il en est de môme de notre grand Dieu : qu'il tonne, qu'il menace et qu'il foudroie ; qu'il crie à mon âme étonnée, par la bouche de son prophète : Tu m'as quitté, infidèle, tu t'es abandonnée à tous les passants, épouse volage et parjure : Tu autem fomicata es cum amaioribm multis *, j'entre, à la vérité, dans le sentiment de mei horribles infidélités. Mais lorsqu'il ajoute après : « Toutefois retourne à moi, et je te recevrai, dit le Seigneur ; » c'est ce qui achève de percer mon cœur, et je ne vois jamais mieux mes ingratitudes qu'au milieu de ces bontés si peu méritées. Non, mes frères, il n'y a rien de plus efficace pour nous faire entrer en nous-mêmes : ces bontés si gratuites, si abondantes, si inespérées, si surprenantes, poussent l'âme jusqu'à son néant ; et les larmes d'un père attendri, qui tombent sur le cou de son prodigue, lui font