Gènes., y.vr, ♦, ti> 2 Ibid., 5-7, 8, 3. Ibid
^ Jlerem., lu, f.
bien mieux sentir son indignité que les reproches amers par lesquels il aurait pu le confondre.
Venez donc ici, chrétiens, et écoutez votre Sauveur, qui vous montre vos ingratitudes. Ce n'est pas la voix de son tonnerre, ni le cri de sa justice irritée, que je veux faire retentir à vos oreilles : parlez, amour; parlez, indulgence ; parlez, bontés attirantes d'un Dieu qui est venu chercher les pécheurs, qui leur veut faire sentir leur indi gnité, non par la violence de ses reproches, mais par l'excès de ses grâces ; non en prononçant leur sentence, mais en leur accordant leur absolution. C'est la méthode du Sauveur des âmes : il ne dit rien de fâcheux ni aux pécheurs, ni aux publicains qui conversaient avec lui : il tourne toute son indignation contre les pharisiens hypocrites, dont le superbe chagrin s'opposait à la conversion des pécheurs. Pour lui, qui était venu pour rechercher et porter sur ses épaules ses brebis perdues, il ne rebute point les pécheurs par un dédain accablant et par des paroles désespérantes : il ne dit rien de rude ni à Madeleine, ni à la Samaritaine, ni à la femme adultère; et, sans les confondre par ses reproches, il laisse faire cet ouvrage, et à l'excès de leurs crimes, et à l'excès de ses grâces.
Ah! il n'y a plus moyen de lui résister ; il faut mourir de regret d'avoir offensé si indignement une telle miséricorde. Car d'où vient cette facilité et cette indulgence? estce qu'il n'a pas horreur des péchés, lui qui vient mourir pour les expier? est-ce qu'il n'a pas la puissance de les châtier, lui entre les mains duquel toutes les créatures sont autant de foudres? est-ce que les paroles lui manquent pour convaincre nos ingratitudes, lui, mes frères, dont le moindre mot pouvait laisser sur le front une impression de honte éternelle? D'où vient qu'il se tait et qu'il dissimule? C'est qu'il connaît nos faiblesses, c'est qu'il a pitié de nos maux. Encore une foig» meg frères, il faut mourir dQ regret', et m même kui^-â qu'il mm ii\ \ h m t^ md^mm im^ il
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faut ramasser ensemble tout ce qu'il y a dans nos âmes et de force et dMnlîrmite, et de lumières et de ténèbres, et de péchés et de grâces, pour nous condamner nous-mêmes, et confondre devant sa face nos trahisons et nos perfidies.
D'autant plus, chrétiens, et voici ce qu'il y a de piua fort, que cette indulgence lui coûte bien cher; c'est ici qu'i) faut entendre, c'est ici ce qui doit presser un cceuT* chrétien. Si Jésus nous est facile et indulgent, il a acheté, mes frères, cette indulgence qu'il a pour nous par des rigueurs inouïes qu'il a souffertes en lui-même. Il n'a pardonné aucun crime, il n'a dit aucune parole de miséricorde, de douceur, de condescendance, qui ne lui ait coûté tout son sang ; car que méritait le pécheur d'un Dieu irrité , sinon des menaces, des rebuts, des arrêts de mort éternelle? Mais Jésus, notro saint pontife, pontife vraiment charitable et compatissant à nos maux, a voulu nous traiter avec indulgence ; et pour acquérir ce beau droit de nous traiter, quoique indignes, avec une bonté paternelle, il s'est abandonné volontairement à des rigueurs insupportables. Venez à la croix, Madeleine, venez-y, ô femme adultère de notre évangile! voyez les coups de foudre, voyez les rigueurs, voyez le poids des vengeances qui accable ce Dieu homme : voyez le ciel et la terre conjurant sa perte, les hommes furieux, son Père implacable, l'enfer déchaîné contre lui. 0 quel excès de rigueur! C'est par là qu'il a mérité de vous pouvoir traiter doucement.
Le croyiez-vous, pauvres âmes, lorsqu'il vous parlait si obligeamment? croyiez-vous que cette douceur lui coûtât si cher? Vous croyiez peut-être alors qu'il vous faisait une grâce qui ne lui coûtait autre chose que d'ouvrir seulement son cœur, trésor inépuisable da compassion : et il faisait un échange ; et pour faire luire sur vous un rayon de fs" veur divine, il m dévouait intérieurement à des rigueurs} Inlduisi, t^ i&i durotéâ l»tolèmblé$. A vaug imi) ^m k
douceur, à lui toutes les amertumes; à vous les consolations, à lui les délaissements ; à vous la facilité, le pardon, la condescendance, à lui les foudres, à lui les tempêtes, et tout ce que peut inventer une colère inflexible et inexorable. Mes frères, c'est à ce prix que Jésus nous est indulgent Pouvons-nous après cela arrêter les yeux sur les bontés qu'il exerce, sans avoir le cœur pénétré de ce que lui coûtent nos crimes? Autant de grâces qu'il nous donne, autant de péchés qu'il nous remet, autant de fois qu'il nous dit: Je ne te condamnerai pas, et il nous le dit à chaque moment, nous devons croire, mes frères, qu'il étale autant de fois à nos yeux toutes les rigueurs de s? croix et toute l'horreur du Calvaire. Et comme à chaque moment non enfer devrait s'ouvrir sous nos pieds, autant d'instants qu'il nous accorde pour prolonger le temps de la pénitence, autant nous dit-il de fois : Vois, je ne te condamne pas, puisque je t'attends ; je ne te condamne pas, puisque je t'invite; je ne te condamne pas, puisque je te presse, et que je ne cesse de te dire : Retourne, prévaricateur, et tu vivras; retournez, enfants perfides; retournez, épouses déloyales ; «et pourquoi voulez-vous périr, maison d'Israël^? » Donc, mes frères, autant de moments que Jésus nous attend à la pénitence, autant de fois, non sa voix mortelle, mais ce qui est beaucoup davantage, sa bonté, sa miséricorde, sa patience déclarés, son sang, sa grâce, son Saint-Esprit, nous disent au fond du cœur : Je ne te condamne pas; va, et désormais ne pèche plus. Et tout cet excès de miséricorde, dont nous ressentons le fruit, nous rappelle aux rigueurs horribles qui en ont été la racine. Donc, ô Jésus I ô divin Jésus! que vos miséricordes sont pressantes! ahl dans le moment que je les ressens, je vois toutes vos plaies se rouvrir, tout votre sang se déborder. Il faut pleurer du sang, pour le mêler avec celui que vos tendresses et mes
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duretés, que vos bontés et mes ingratitudes vous ont fait répandre.
Laissons-nous toucher, chrétiens, à cet excès d<^, miséri* corde, et apprenons aujourd'hui à voir toute l'horreur de nos crimes dans la grâce qui nous les remet. « Gardez-vous d'affliger et contrister l'Esprit de Dieu : » Nolite contristare Spiritum Sanctum^. Cette affliction ne marque pas tant l'injure qui est faite à sa sainteté par notre injustice, que la violence que souffre son amour méprisé et sa bonne volonté frustrée par notre résistance opiniâtre. Affliger le Saint- Esprit, c'est-à-dire, l'amour de Dieu opérant en nous pour lui gagner nos cœurs par sa bonté. Il se mesure avec nous par les tendresses de son amour, par les empressements de sa miséricorde. Combien la dureté est-elle inhérente, si elle ne s'amollit pas, etc. \