‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 122 sur 223 · Ihirl · texte numérisé non relu

Ihirl

&. Luc, xm, M.

Sun L'AMOUR DES PLAISIÈB 299

contre la sévérité de l'Évangile. Ils veulent bien que Dieu nous défende ce qui fait tort au prochain; mais ils ne peuvent comprendre que l'on mette de la vertu à se priver des plaisirs; et les bornes qu'on nous prescrit de ce côté-là leur semblent insupportables. Mais s'il n'était mieux séant à la dignité de cette chaire de supposer comme indubitables les maximes de l'Évangile que de les prouver par raisonnne ments, avec quelle facilité pourraic-je vous faire voir qu'il était absolument nécessaire que Dieu réglât par ses ss'.ntes lois toutes les parties de notre conduite; que lui, qui nous a prescrit l'usage que nous devons faire de nos biens, ne devait pas négliger de nous enseigner celui que nous devons faire de nos sens ; que si, ayant égard à la faiblesse des sens, il leur a donné quelques plaisirs, aussi, pour honorei la raison, il fallait y mettre des bornes, et ne livrer pas au corps l'homme tout entier, à la honte de l'esprit.

Et certainement, chrétiens, il ne faut pas s'étonner que Jésus-Christ nous commande de persécuter en nous-mêmes l'amour des plaisirs, puisque, sous prétexte d'être nos amis, ils nous causent de si grands maux. Les pires des ennemis, di'ïait sagement cet ancien', ce sont les flatteurs; et j'ajoute avec assurance, que les pires de tous les flatteurs, ce sont les plaisirs. Ces dangereux conseillers, où ne nous mènentils pas par leurs flatteries? Quelle honte, quelle infamie, quelle ruine dans les fortunes, quels dérèglements dans les esprits, quelles infirmités mênde dans les corps, n'ont pas été introduites par l'amour désordonné des plaisirs? Ne voyons-nous pas tous les jours plus de maisons ruinées par la sensualité que par les disgrâces; plus de familles divisées et troublées dans leur repos par les plaisirs que par les ennemis les plus artificieux; plus d'hommes immolés avant le temps à la mort par les plaisirs que par les violences et par les combats? Les tyrans, dont nous parlions

t i-i. r.urt., lib. VIII, cap. ▼ et ym.

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tout à l'heure, ont-il jamais inventé des tortures plus Insupportables que celles que les plaisirs font souffrir à ceux qui s'y abandonnent? Ils ont amené dans le monde des maux inconnus au genre humain; et les médecins nous enseignent, d'un commun accord, que ces funestes complications de symptômes et de maladies, qui déconcertent leur art, confondent leurs expériences, démentent si souvent leurs anciens aphorismes, ont leurs sources dans les plaisirs. Qui ne voit donc clairement combien il était juste de nous obliger d'en être les persécuteurs, puisqu'ils sont eux-mêmes, en tant de façons, les plus cruels persécuteurs de la vie humaine?

Mais laissons les maux qu'ils font à nos corps et à nos fortunes : parlons de ceux qu'ils font à nos âmes, dont le cours est inévitable. La source de tous les maux, c'est qu'ils nous éloignent de Dieu, pour lequel si notre cœur ne nous dit pas que nous sommes faits, il n'y a point de paroles qui puissent guérir notre aveuglement. Or, mes frères. Dieu est esprit, et ce n'est que par l'esprit qu'on le peut atteindre. Qui ne voit donc que plus nous marchons dans la région des sens, plus nous nous éloignons de notre de* meure natale, et plus nous nous égarons dans une terre étrangère 1

Le prodigue notis le fait bien voir ; et ce n'est pas sans raison qu'il est écrit, dans notre évangile, qu'en sortant de la maison de son père « il alla dans une région bien éloignée : » Peregre profectus esi in regionem longinquam^. Ce fils dénaturé, et ce serviteur fugitif, qui quitte pouf ses plaisirs le service de son maître, fait deux étranges voyages : il éloigne son cœur de Dieu, et ensuite il en éloigno même sa pensée. Rien n'éloigne tant notre cœ\ir de Dieu que l'attache aveugle aux joies sensuelles; et si les autre» passions peuvent l'emporter, c'est celle-ci qui^l'engage et U

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