‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 127 sur 223 · U., LXTi · texte numérisé non relu

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chastes plaisirs aux hommes du monde ; mais nous tâcherons toutefois, comme nous pourrons, de leur en donner quelque idée.

Dans cette inconstance des choses humaines, et parmi tant de différentes agitations qui nous troublent ou qui nous menacent, celui-là me semble heureux qui peut avoir un refuge. Et sans cela, chrétiens, nous sommes trop découverts aux attaques de la fortune, pour pouvoir trouver du repos. Laissons pour quelque temps la chaleur ordinaire du discours, et pesons les choses froidement. Vous vivez ici dans la cour, et, sans entrer plus avant dans l'état de vos affaires, je veux croire que votre état est tranquille; mais vous n'avez pas si fort oublié les tempêtes dont cette mer est si couvent agitée, que vous vous fiiez tout à fait à cette bonace; et c'est pourquoi je ne vois point d'homme sensé qui ne se destine un lieu de retraite qu'il regarde de loin, comme un port dans lequel il se jettera quand il sera poussé par les vents contraires. Mais cet asile, que vous vous préparez contre la fortune, est encore de son ressort; et si loin que vous puissiez étendre votre prévoyance, jamais vous n'égalerez ses bizarreries : vous penserez vous être munis d'un côté, la disgrâce viendra de l'autre; vous aurez tout assuré aux environs, l'édifice manquera par le fondement. Si le fondement est solide, un coup de foudre viendra d'en haut, qui renversera tout de fond en comble : je veux dire simplement et sans figure que les m«.lheur8 nous assaillent et nous pénètrent par trop d'endroits, pour pouvoir être prévus et arrêtés de toutes parts. Il n'y a rien sur la terre où nous mettions notre appui, qui non-seulement ne puisse manquer, mais encore nous être tourné en une amertume infinie ; et nous serions trop novices dans l'histoire de la vie humaine, si nous avions besoin que l'on nous prouvât cette vérité.

Posons donc que ce qui peut arriver, ce que vous avez vu mille fois arriver aux autres, vous arrive aussi à vous-

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mêiRtic. Car, mes frères, vous n'avez point ;le sauvegarde de la fortune ; voius n'avez ni exemption ni privilège contre les faiblesses communes. Qu'il arrive que votre fortune soit renversée par quelc^ue disgrâce, votre lamille désolée par quelque mort désastreuse, votre santé ruinée par quelque longue et fâcheuse maladie; si vous n'avez quelque lieu c ù vous vous mettiez à l'abri, vous essuierez tout du lon~; oute la fureur des vents et de la tempête : mais où sera cet abri? Promenez-vous à la campagne, le grand air ûe dissipe point votre inquiétude ; rentrez dans votre mai- Bon, elle vous poursuit; cette importune s'attache à vous jusque dans votre cabinet et dans votre lit, où elle vous fait faire cent tours et retours, sans que jamais vous trouviez une place qui vous soit commode. Poussés^ et persécutés de tous côtés, je ne vois plus que vous-même» et votre propre conscience où vous puissiez vous réfugier. Mais si cette conscience est mal avec Dieu, ou elle n'est pas en paix, ou sa paix est pire et plus ruineuse que tous les troubles. C'est la faute que nous faisons : notre conscience, notre intérieur, le fond de notre âme et la plus haute partie d'ellemême, est hors de prise : nous l'engageons avec les choses sur quoi la fortune peut frapper. Imprudents! Quand le corps est découvert, ils tâchent de cacher la tête : nous produisons tout au dehors. Que ferez-vous, malheureux? Le deh irsvous étant contraire, vous voudriez vous renfermer au dedans ?Le dedans, qui est tout en trouble, vous rejette violemment au dehors. Le monde se déclare contre vous par votre infortune; le ciel vous est fermé par vos péchés : ainsi, ne trouvant nulle consistance, quelle misère sera égale à la vôtre? Que si votre cœur est droit avec Dieu, là sera votre asile et votre refuge : là vous aurez Dieu au milieu devons ; car Dieu ne quitte jamais un homme de bien : T)pus i7i medio ejus, non commovebitWj dit le Psalmiste *. Dieu

(. f«. XM. I.

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donc, habitant en vous, soutiendra votre cœur abattu, fin l'unissant saintement à un Jésus désolé, et aux mystères de sa croix et de ses souffrances. Là il vous montrera les afflictions, sources fécondes de biens infinis; et, entretenant votre âme affligée dans une bonne espérance, il vous donnera des consolations que le monde ne peut entendre. Mais pour avoir en vous-même ce consolateur invisible, c'est-à-dire le Saint-Esprit à qui le Sauveur a donné ce nom, et pour goûter avec lui la paix d'une bonne conscience, il faut que cette conscience soit purifiée; et nulle eau ne le peut faire que celle des larmes. Coulez donc, larmes de la pénitence ; coulez comme un torrent, ondes bienheureuses; nettoyez cette conscience souillée; lavez ce cœur profané, et « rendez-moi cette joie divine » qui est le fruit de la justice et de l'innocence : Redde mihi lœtitiam salutaris tui *.

Et, certes, ce serait une erreur étrange et trop indigne d'un homme, que de croire que nous vivions sans plaisir, pour le vouloir transporter du corps à l'esprit, de la partie terrestre et mortelle à la partie divine et incorruptible. Ce n'est pas en vain, chrétiens, que Jésus-Christ est venu à nous de ce paradis de délices, où abondent les joies véritables. Il nous a apporté de ce lieu de paix et de bonheur éternel un commencement de la gloire dans le bienfait de la grâce, un essai de la vue de Dieu dans la foi, un gage et une partie de la félicité dans l'espérance; enfin, une volupté toute chaste et toute céleste qui se forme, ditTertul' lien *, du mépris des voluptés sensuelles. Qui nous donnera, chrétiens, que nous sachions goûter ce plaisir sublime, plaisir toujours égal, toujours uniforme, qui naît, non du trouble de l'âme, mais de sa paix; non de sa maladie, mais de sa santé ; non de ses passions, mais de 3on

i. Ps. L, 1t.

«. De Speeiae.^ n» ».

devoir; non de la ferveur inquiète et toujours changeante de ses désirs, mais de la droiture immuable de sa conscience; plaisir par conséquent véritable, qui n'agite pas la volonté, mais qui la calme; qui ne surprend pas la raison, mais qui l'éclairé: qui ne chatouille pas les sens dans la surface, mais qui tire le cœur à Dieu par son centre?

Il n'y a que la pénitence qui puisse ouvrir le cœur à ce? îoies divines. Nul n'est digne d'être reçu à goûter ces chastes et véritables plaisirs, qu'il n'ait auparavant déploré le temps qu'il a donné aux plaisirs trompeurs ; et notre prodigue ne goûterait pas les ravissantes douceurs de la bonté de son père, ni l'abondance de sa maison, ni les délices de sa table, s'il n'avait pleuré avec amertume ses débauches, ses égarements, ses joies dissolues. Regrettons donc nos erreurs passées; car qu'avons-nous à regretter davantage que les fautes que nous avons faites? Examinons attentivement pourquoi Dieu et la nature ont mis dans nos cœurs <;ette source amère de regret et de déplaisir : c'est sans doute pour nous affliger, non tant de nos malheurs que de nos fautes. Les maux qui nous arrivent par nécessité portent toujours avec eux quelque espèce de consolation. C'est une nécessité, il faut se résoudre; mais il n'y a rien qui aigrisse tant les regrets d'un homme, que lorsque son malheur lui vient par sa faute. Jamais il ne faudrait se consoler des fautes que l'on a commises, n'était qu'en les déplorant on les répare et on les efface. Vous avez perdu une personne chère, pleurez jusqu'à la fin du monde, vous ne la ferez pas sortir du tombeau, et vos douleurs ne ranimeront pas ces cendres éteintes. [Mais si nous nous affligeons saintement sur la perte de notre âme, nous la tirerons de ce tombeau infect où ses iniquités l'ont réduite.]

Par conséquent, chrétiens, abandonnons notre cœur à cette douleur salutaire ; et si nous nous sentons tant soit peu touchés et attristés de nos désordres, réjouissons-nous de ces regrets, en disant avec le Psalmiste : Tribulationem

eS; dùiorem inveni, et nomen Bomim iadoaieiir et l'affliction, et j'ai invoqué le nom de Dieu. » Heîîf:arqcP2 cette façon de parler : j'ai trouvé l'affliction et la douleur, enfin je l'ai trouvée, cette affliction fructueuse, cotte douleur médicinale de la pénitence. Le même Psalmiste a dit, en un autre psaume, que « les peines et les angoisses l'ont bien su trouver : » Tribulatio et anqustia invenenmi me ^. En effet, mille douleurs, mille afflictions noue pprbécutent sans cesse ; et, comme dit le même Psalmiste, les angoisses nous trouvent toujours trop facilement : Adjutor in tribulationibus quœ invenerunt 7ios nimis '. » Mais maintenant, dit ce saint prophète, j'ai enfin trouvé une douleur qui méritait bien que je la cherchasse : c'est la douleur d'un cœur contrit et d'une âme affligée de ses péchés ; je l'ai trouvée, cette douleur, et j'ai invoqué le nom de Dieu. Je me suis affligé de mes crimes, et je me suis converti à celui qui les efface ; mes regrets ont fait mon bonheur, et les remords de ma conscience m'ont donné la paix : Tribulatïonem et dolorem inveni, et nomen Domini invocavi.

Mais le temps où l'homme de bien goûtera plus utilement les fruits de cette douleur salutaire, ce sera celui de la mort; et il faut qu'en finissant ce discours, je tâche d'imprimer cette vérité dans vos cœurs. Pour cela, considérons un moment les dispositions d'un homme qui meurt après avoir vécu parmi les plaisirs. Alors, s'il lui reste quelque sentiment, il ne peut éviter des regrets extrêmes ; car ou ii regrettera de s'y être abandonné, ou il déplorera ia nécessité de les perdre et de les quitter pour toujours. 0 douleur et douleur! l'une est le fondement de la pénitence, et l'ai* tre est le renouvellement de tous les crimes. On ne peut éviter, mes frères, Tune ou Tautre de ces deux douleurs :

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