‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 129 sur 223 · TI · texte numérisé non relu

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Je ne crois pas, messieurs, que nous ayons jamais entendu ce que nous disons, lorsque nous demandons à Dieu tous les jours, dans l'Oraison dominicale, qu'il nous donne notre pain quotidien. Vous me direz peut-être que, sous ce nom de pain quotidien vous lui demandez les biens temporels qu'il a voulu être nécessaires pour soutenir cette vie mortelle; c'est ce que j'accorderai volontiers, et c'est

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pour cela, chrétiens, que je ne '^^rains point ùo vous assurer que vous n'entendez pas ce que vous dites; car si jamais vous aviez compris que vous ne demandez à Dieu que le nécessaire, vous plaindricz-vous comme vous faites lorsque vous n'avez pas le superflu ? Ne devriez-vous pas être satisfaits, lorsque l'on vous donne ce que vous demandez? Et celui qui se réduit au pain doit-il soupire? après les délices? Car si nous avions bien mis dans notrti esprit que ce peu qui nous est nécessaire, nous sommas encore obligés de le demander à Dieu tous les jours, ni nous ne le rechercherions avec cet empressement que nous sentons tous, mais nous l'attendrions de la main de Dieu en humilité et en patience; ni nous ne regarderions ncs richesses comme un fruit de notre industrie, mais comme un présent de sa bonté, qui a voulu bénir notre travail; ni nous n'enflerions pas notre cœur par la vaine pensée de notre abondance, mais nous sentant réduits, contraints tous les jours à lui demander notre pain, nous passerions toute notre vie dans une dépendance absolue de sa providence paternelle.

D'ailleurs, si nous faisions réflexion que nous ne demandons à Dieu que le nécessaire, nous ne nous plaindrions pas, comme nous faisons, lorsque nous n'avons pas le superflu. Après avoir restreint nos désirs au pain, nous verrions que nous n'avons aucun droit de soupirer après Ica délices; et contents d'avoir obtenu de Dieu ce que nous r'ivons demandé avec tant d'instance, nous nous tiendrions trop heureux d'avoir le vêtement et la nourriture. Habentes autem aîimenta et quibus tegamur, his conteuti sumus^ : « Ayant donc de quoi nous nourrir et de quoi nous couvrir, nous devons être contents. » Et comme nous sommes si fort éloignés d'une disposition si sainte et si chrétienne, j'ai juste sujet de conclure que nous n'entendons pas ce

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