Ibid., ilk
à craindre : à l'égard du nécessaire, l'empressement et l'inquiétude ; à l'égard du superflu, la dissipation et "le luxe ; à l'égard de la grandeur éminente, l'ambition désordonnée. Contre ces trois vices, messieurs, trois remèdes dans notre évangile. Le peuple, suivant Jésus au désert sans aucun soin de sa nourriture, la reçoit néanmoins de sa providence; voilà de quoi guérir notre inquiétude. Jésus-Christ ordonne à ses apôtres de ramasser soigneusement ce qui était de reste, « de peur, dit-il, qu'il ne périsse : » Colligite quœ superaverunt fragmenta, ne pereant; et c'est pour empêcher la dissipation. Enfin, pour éviter qu'on le fasse roi, il se retire seul dans la montagne : Fugit iterum in montem ipse solus; et voilà l'ambition modérée. Ainsi la suite de notre évangile nous avertit, messieurs, de prendre garde de rechercher avec empressement le nécessaire, de dissiper inutilement le superflu, de désirer avec ambition, de désirer démesurément l'extraordinaire; c'est ce que contient notre évangile, et ce qui partagera ce discours.
PREMSER POINT
Pour vous délivrer, ô enfants de Dieu ! de ces soins empressés qui vous inquiètent touchant les nécessités de la vie, écoutez le Sauveur, qui vous dit lui-même que votre Père céleste y pourvoit, et qu'il ne veut pas qu'on s'en mette en peine. « Ne soyez pas en trouble, dit-il, dans la crainte de n'avoir pas de quoi manger, ni de quoi boire, ni de quoi vous vêtir; car il appartient aux païens de chercher ces choses ; mais pour vous, vous avez au ciel un Père très-bon et très-prévoyant, qui sait le besoin que vous en avez. Cherchez donc premièrement le royaume de Dieu, cherchez la véritable justice; et toutes ces choses vous seront données comme par surcroît. » Quœrite &qo
primum regnum Bei et justitiam ejus : et hœc omnia adjicien' tur vohis^. Gomme ces paroles du Fils de Dieu règlent la conduite du chrétien, pour ce qui regarde les soins de la vie, tâchons de les entendre dans le fond ; et pour cela présupposons quelques vérités qui nous en ouvriront Tintelligence. Je suppose premièrement que le dessein de aotre Sauveur n'est pas de défendre un travail honnête, ni une prévoyance modérée ; lui-môme avait dans sa compagnie un disciple qui gardait son petit trésor destiné pour la subsistance ; saint Paul a travaillé de ses mains pour gagner sa vie, et n'a pas attendu que Dieu lui envoyât du pain par ses anges ; et enfin tout le genre humain ayant été condamné au travail, ensuite du péché du premier homme, ce n'est pas de cette sentence que le Sauveur nous est venu délivrer, c'est de la damnation éternelle. En effet, considérez ces paroles : « Ne vous inquiétez pas, ne vous troublez pas : » Nolite solliciti esse* : « n'ayez pas l'esprit en suspens : » Isolite in sublime tolli*. Donc il n'empêche pas le travail, maïs l'empressement et l'inquiétude. Il n'empêche pas une sage et prudentp économie, mais des soins qui nous troublent et qui nous tourmentent. Et la raison, en un mot, messieurs, c'est qu'il veut bien établir la confiance, mais non pas autoriser l'oisiveté.
Je suppose premièrement, et ceci, messieurs, est trèsimportant, que ce soin paternel de la Providence ne regarde que le nécessaire, et non pas le surabondant ; je veux dire, si vous prétendez, délicats du siècle, que la Providence divine s'engage à fournir tous les jours à vos dépenses superflues, vous vous trompez, vous vous abusez, vous n'entendez pas l'évangile. Mais le Sauveur n'assure-t-il pas que Dieu pourvoira à nos besoins? Il est vrai, à vos be-