‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 133 sur 223 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

tretenir la délicatesse, et que la première disposition qu'il faut apporter à sa table, c'est la sobriété et la tempérance. Ne murmure donc pas en ton cœur en voyant les profusions de ces tables si délicates, ni la folle magnificence de ces ameublements somptueux ; ne te plains pas que Dieu te maltraite en te refusant toutes ces délices. Mon cher frère, n'as- tu pas du pain? Il ne promet rien davantage. C'est du pain qu'il promet dans son évangile; « c'est du pain qu'il veut qu'on lui demande, parce que c'est la seule chose nécessaire aux vrais fidèles : » Panem peti mandat ^ quod solum fidelibus necessarium est^ dit Tertullien* : «et il nous montre par là, poursuit le même auteur, ce que les enfants doivent attendre de leur père : » ostendit enim quid « fatre fllii expectent. C'est-à-dire, si nous l'entendons, qu'il s'engage de leur donner, non ce qu'exige leur convoitise, mais ce qui est nécessaire pour leur subsistance. La raison, on un mot, messieurs, c'est que le corps est l'œuvre de Dieu, et la convoitise est l'œuvre du diable, qui l'a introduite par le péché. Comme notre corps est un édifice qu'il a lui-même bâti de sa main, il se charge volontiers de l'entretenir. Il veut bien soutenir en nous ce qu'il y a fait, mais non pas ce que le péché y a mis : tellement qu'il donne au corps ce qui lui suffît, mais il n'entreprend pas d'assouvir cette avidité démesurée de nos convoitises. « Autrement, dit saint Augustin, au lieu de nous rendre sobres et pieux, il nous rendrait avares et délicats ; » il nous attacherait aux plaisirs du monde, desquels il est venu retirer nos cœurs; il renverserait lui-même son évangile, en flattant l'excès de notre luxe, l'intempérance de nos passions, et les autres excès : Nec nos pios faceret talis serviîuSj sed cupidos et aoaros*. Vous donc qui vous confiez en Notre-Seigneur et aux soins de sa providence, apprenez

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