‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 139 sur 223 · Prov · texte numérisé non relu

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naire, qui nous a imposé de nouvelles lois, qui nous a fait de nouvelles nécessités que la nature ne connaissait pas. De là, messieurs, il est arrivé, le croirez-vous, si je vous le dis? ô dérèglement des choses humaines ! de là, dis-je, il est arrivé qu'on peut être pauvre sans manquer de rien. Je n'ai ni faim ni soif, je suis chauffé et vêtu, et avec tout cela je puis être pauvre, parce que la prétendue bienséance a trouvé que la nature, qui d'eîle-même est sobre et modeste, n'avait pas le sentiment assez délicat; elle a raffiné par-dessus son goût; il lui a plu qu'on pût être pauvre sans que la nature souffrît, et que la pauvreté fût opposée non plus à la jouissance des biens nécessaires, mais à la délicatesse et au luxe ; tant le droit usage des choses est perverti parmi nous. Bien plus, elle méprise si fort la nature, et ses sentiments la touchent si peu, qu'elle la force de s'incommoder afin que la curiosité soit satisfaite dans ces habits superbes, que vous faites faire si étroits afin qu'on admire votre belle taille, que vous chargez de tant de richesses, pour étaler aux yeux toute votre pompe.

Peut-on vous demander, mesdames? Conscientiam tuam Tperrogabo; « Oui, je vous le demande, dit TertuUien, lequel est-ce que vous sentez le premier, que vous soyez serrées ou vêtues, que vous soyez chargées ou couvertes? » Conscientiam tuam jperrogabo, quid te prius in toga seniias indvrtum, anne onustum^'î Quelle extravagance, dit le mê^ne auteur, de s'habiller d'un fardeau ! Rominem sarcina vestire, et d'accabler le corps, le faire gémir sous le poids que lui impose une propreté affectée, afin de contenter la curiosité! Je m'étonnerais de cet excès, si ses emportements n'allaient bien plusloin.

Je vous ai dit, messieurs, que la convoitise raffine sur la nature: cela n'est rien pour elle, elle va tous les jours se subtilisant elle-même, et raffinant sur sa propre délica-

tesse. Tout ce qu'elle voit de rare, elle le désire, et n'épargne rien pour l'avoir; aussitôt qu'elle le possède, elle le mépriàe, et elle s'abandonne à d'autres désirs. Aussitôt que l'on voit paraître quelque rareté étrangère, tout le monde s'empresse, tout le monde y court. Quand le soin des marchands ou l'adresse des ouvriers l'a rendu commun, on n'en veut plus, parce qu'il n'est plus rare ; il n'est plus beau, parce qu'il n'est plus cher. C'est pourquoi, dit Tertullien, voici une belle parole : la curiosité immodérée augmente sans mesure le prix des choses, pour s'exciter elle-même : Pretia rébus inflammavit ut se quoque accenderet^. C'est-à-dire, elle y met la cherté par l'empressement de les avoir, parce qu'elle ne les estime que lorsqu'elles sont hors de prix, et commence à les mépriser quand on les peut avoir facilement. 0 gouffre de la convoitise, jamais ne seras-tu rempli? jusques à quand ouvriras-tu tes vastes abîmes pour engloutir tout le bien des pauvres, qui est le superflu des riches? Mes frères, n'attendez pas qu'elle se contente; tout ce qu'on lui donne ne fait que l'irriter davantage ; comme ceux qui aiment le vin excessivement se plaisent à exciter la soif en eux-mêmes par le sel, par le poivre et par le haut goût ; ainsi nous attisons volontairement le feu toujours dévorant de la convoitise, pour faire naître sans fm de nouveaux désirs. De cette sorte, elle s'accroît sans mesure, c'est un gouffre qui n'a point de fond, et j'ai eu raison de vous dire que vous dissipez inutilement tout ce que vous employez à la satisfaire.

Tels sont les excès de la convoitise, qui dissipe non-seu- Ibment tout le superflu, mais qui est capable d'absorber tout le nécessaire. Pour arrêter ces excès, il nous faut considérer, chrétiens, un beau mot de Tertullien : Custigando

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