‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 140 sur 223 · De (.uU. fœm.f îib. I, n · texte numérisé non relu

De (.uU. fœm.f îib. I, n

î. Ibid.. Iib. II, u- 9

et castrando sœculo erudimur a Domino : Dieu nous a appelés au christianisme, pourquoi? Pour modérer les excès du éiècie, et retrancher ses superfluités. C'est pourquoi, dès le premier pas, il nous fait renoncer aux pompes du monde ; il nous apprend que nous sommes morts et ensevelis avec Jésus-Christ. Donc, loin de nous tout c^, qui éclate : Dieu veut que nous soyons revêtus comme d'un deuil spirituel par la mortification chrétienne. Bien loin de nous permettre de soupirer après les délices, il nous instruit, mes frères, à ne demander que du pain, à nous réduire dans le nécessaire. C'est ainsi que les chrétiens devraient vivre; telle est, messieurs, leur vocation : Casti" gaJido sœculo.

Mais, ô désordre de nos mœurs ! ô simplicité mal obser^ vée! qui de nous fait à Dieu cette prière dans l'esprit du christianisme : Seigneur, donnez-moi du pain, accordezmoi le nécessaire? Les lèvres le demandent, mais cepecudant le cœur le dédaigne. Le nécessaire, quelle pauvreté I sommes-nous réduits à cette misère? Eh bien, mes frères, je donne les mains; ne vous contentez pas du nécessaire, joignez-y la commodité, et encore la bienséance. Mais quelle honte que vous vous teniez malheureux de vous contenir dans ces bornes; que l'excès. vous soit devenu nécessaire ; que vous estimiez pauvre tout ce qui n'est pas somptueux, et que vous osiez après cela demander du pain, et le demander à Dieu même, qui sait combien vous méprisez ce présent, que les millions ne suffisent pas pour contenter votre luxe ! Et vous ne rougissez pas d'une si honteuse prévarication à la sainte profession que vous avez faite ! On en rougit si peu, qu'on fait parade du luxe jusque dans l'église, et qu'on le mène en triomphe aux^eux de Dieu même.

Temple auguste, sacrés autels, et vous, hostie que l'on y immole, mystères adorables que l'on y célèbre, élevez- vous aujourd'hui centre moi, si je ne dis pas la vérité On pro-

fane tous les jours votre sainteté, en faisant triompher la pompe da monde jusque dans la maison de Dieu. Il est vrai, la magnificence sied bien dans les lemples ; Sanctirnonia et magnificentiu in sanctificatioiie ejus •. Elle sied bien sur les autels ; elle sied bien sur les vases et sur Les ornements sacrés; elle sied bien dans la structure de l'édifice; et c'est honorer Dieu que de relever sa maison. Mais que vous veniez dans dfe temple mieux parée que le temple même : Circumornatœ ut similiîudo templi ' ; que vous y veniez la tête levée orgueilleusement comme l'idole qui y veut wHre adorée; que vous vouliez paraître avec pompe dans un Aeu. où Jésus-Christ se cache sous des espèces si viles ; que vous y fendiez la presse avec un grand bruit pour détourner sur vous et les yeux et les attentions que Jésus-Christ présent nous demande ; que pendant que l'on y célèbre la terrible représentation du sacrifice sanglant du Calvaire, vous vouliez que l'on songe, non point combien son humanité a été indignement dépouillée, mais combien vous êtes richement vêtue ; ni combien son sang a sauvé d'âmes, mais combien vos regards en peuvent perdre : n'est-ce pas une indignité insupportable? n'est-ce pas insulter tout visiblement à la sainteté, à la pureté, à la simplicité de nos mystères?

Donc, mes frères, considérant attentivement aujourd'hui à quels débordements nous emportent la curiosité et le luxe, résolvons, avant que de sortir d'ici, de retrancher désormais de notre vie ces superfluités prodigieuses : Colligite quœ superaverunt fragmenta, ne pereant. L'âme n'a de capa- <;ité pour contenir qu'autant que Dieu lui en donne. Dieu lui en donne jusqu'à une certaine mesure ; ce qui est au delà, superPMit^ s'écoule par-dessus et se perd, comme dans un vaisseau [trop plein]. Mettez-le dans les mains des pau-

i. Ps. xcv, e.

t. Ibid., cxLm, 14.

vres, parce que c'est un lieu où tout se conserve. Manus pauperis est gazophylacium Chri^ti *; « La main des pauvres, dit saint Pierre Cbrysologue, c'est le coffre de Dieu, » c'est où il reçoit son trésor ; ce que vous y mettez, Dieu le tient éternellement sous sa garde, et il ne se dissipe jamais. Ne laissez pas tout à vos héritiers ; héritez vous-mêmes dft quelque partie de votre bien. Hors de là tout est perdu ; et plût à Dieu, mes frères, plût à Dieu qu'il ne fût que perdu ! Il faut en rendre compte : les pauvres s'élèveront contre vous pour vous demander compte de leur revenu dissipé : vous avez aliéné le fonds sur lequel la Providence divine leur avait assigné leur vie ; ce fonds, c'était votre superflu. De quoi me parlez-vous de mon superflu? j'ai été contraint d'emprunter, mon revenu ne suffisait pas, et toute cette dépense m'était nécessaire. J'avais la passion de bâtir, la curiosité des tableaux. Vous me montrez fort bien tout cela nécessaire à la passion; mais la faible justification, puisqa'elle-mêmo sera condamnée 1 La convoitise est an mauvais juge du superflu. Elle ne le connaît pas, dit saint Augustin, elle ne peut savoir les bornes de la nécessité : Nescit cupidiias uhi finitur necessUas * ; parce que l'excès même lui est nécessaire. Ainsi vous ne deviez pas suivre ses conseils ; vous deviez vous retenir dans les bornes d'une juste modération et d'une honnête bienséance. Maintenant que vous avez rompu toutes ces limites, venez réjyondre devant Dieu aux larmes des veuves et aux gémis* sements d:es orphelins qui crient contre vous ; rendez compte de votre dépense, qui vous sera allouée dans ce jugement, non sur le pied de vos convoitises, c'est un trop mauvais juge, mais sur les règles de la modestie et de la simplicité chrétienne que vous aviez professées dans le saint baptême.

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