‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 143 sur 223 · I. £pist. Lxxx. u» It · texte numérisé non relu

I. £pist. Lxxx. u» It

ce qu'étant disciples de la croix, il reste encore en vous tant de vanité. Que si vous recherchez dans la grandeur ce qu'elle a de grand e-t de solide, qui est le pouvoir et l'obligation indispensable de faire son emploi de l'utilité publique, allez à la bonne heure avec la bénédiction de Dieu et des hommes. Mais s'il est vrai, ce que vous nous dites, que vous vous proposez une fin si noble et si chrétienne, allez-y par des degrés convenables; élevez-vo-us par les voies de la vertu, et non par des pratiques basses et honteuses. Que ce ne soit pas l'ambition, mais la charité qui vous mène, parce que l'ambition tourne tout à soi, et qu'il n'y a que la «.harité qui regarde sincèrement le bien des autres. C'est la première maxime, qui est celle de saint Augustin, de ne chercher dans les grands emplois que le bien public. Que si, pour le malheur du siècle, ceux qui ont cette sainte pensée ne s'élèvent pas, qu'ils apprennent de saint Léon non-seulement à se contenir, mais à s'exercer dans leurs bornes; c'est la seconde maxime : Intra fines proprios atque légitimas^ prout pUs voîuerit, in îatitudine se charitatis exerceat ^ : « Que chacun, en se tenant dans ses limites, s'exerce de tout son pouvoir dans la vaste étendue de la charité. » Ne te persuade pas, chrétien, que pour ne pouvoir pas t' élever à ces emplois éclatants, tu demeures sans occupation et sans exercice. Il ne faut point sortir de ta condition; ta condition a ses bornes, mais la charité n'en a point, et son étendue est infinie, où tu peux t'exercer tant que tu voudras. Ton grand courage veut-il s'élever? élève-toi jusqu'à Dieu par la charité. Ton esprit agissant veut-il s'occuper? considère tantd'emplois de charité, tant de pauvres familles abandonnées, tant de désordres publics et particuliersjoins-toi aux fidèles serviteurs de Dieu qui travaillent à les réformer. Demeure dans tes limites, c'est un effet de modération, mais exerce-toi dans ces limites, dans les emplois

\. Epist. LXXx, id Artn&i., cap. X9.

de la charité qui sont infinis, et ne porte jamais ton am- Dition à une condition plus élevée, qu'un plus grand bien ne t'y appelle. [Imite] l'exemple de Nd'hémias, qui [ne désire et ne sollicite l'autorité du commandement que pour rétablir le temple, relever les murs de Jérusalem, et « procurer le bien des enfants d'Israël : » Qui quœreret prosperitatem filionim Israël ^ En sorte que tu puisses dire comme lui, à la fin de ton administration : « 0 mon Dieu ! souvenez-vous de moi pour me faire miséricorde, selon tout le bien que j'ai fait à ce peuple : « Mémento mei, Deus meus, in Ijonum, secundum omnia quœ feci populo huic ']. Je ne crains point, mes frèrea, de vous assurer, en la vérité de Dieu que je prêche, que quiconque regarde la grandeur dans un autre esprit ne la regarde pas en chrétien.

Et cependant, ô mœ»irs dépravées! ô étrange désolation du christianisme! nul ne la regarde en cet esprit; on ne songe qu'à la vanité et à la pompe. Parlez, parlez, messieurs, démentez-moi hautement, si je ne dis pas la vérité. Quel siècle a-t-on jamais vu où l'ambition ait été si désordonnée? quelle condition n'a pas oublié ses bornes? quelle famille s'est contentée des titres qu'elle avait reçus de ses ancêtres ? On s'est servi de l'occasion des misères publiques pour multiplier sans fin les dignités. Qui n'a pas pu avoir la grandeur a voulu néanmoins la contrefaire; et cette superbe ostentation de grandeur a mis une telle confusion dans tous les ordres, qu'on ne [peut] plus y faire de discernement ; et, par un juste retour, la grandeur s'est tellement étendue qu'elle s'est enfin ravilie. 0 siècle stérile en vertu, magnifique seulement en titres ! Saint Ghrysostome a dit ', et il a dit vrai, qu'une marque que l'on n'o pas en soi la grandeur, c'est lorsqu'on la cherche hora d©

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