II Esdr., n
î. Ibid., V, 19.
S. In Mattk., hom. rr.
K L'ÉGARD DES NECESSITES DE LA VIE Ul
30i dans des ornements extérieurs. Donc, ô siècle vainement superbe ! je le dis avec assurance, et la postérité le saura bien dire, que pour connaître ton peu de valeur, et tes dais, et tes balustres, et tes couronnes, et tes manteaux, et tes titres, et tes armoiries, et les autres ornements de ta vanité, sont des preuves trop convaincantes.
Mais j'entends quelqu'un qui me dit qu'il se moque de ces fantaisies et de tous ces titres chimériques; que pour lui il appuie sa famille sur des fondements plus certains, Bur des charges puissantes et sur des richesses immenses qui soutiendront éternellement la fortune de sa maison. Écoute, ô homme sage, hom^me prévoyant, qui étends si loin aux siècles futurs les précautions de ta prudence ; voici Dieu qui te va parler, et qui va confondre tes vaines pensées, sous la figure d'un arbre, par la bouche de son prophète Ézéchiel. « Assur, dit ce prophète, s'est élevé comme un grand arbre, comme les cèdres du Liban ; » le ciel l'a nourri de sa rosée, la terre l'a engraissé de sa substance; les puissances l'ont comblé de leurs bienfaits, et il suçait de son côté le sang du peuple. « C'est pourquoi il s'est élevé superbe en sa hauteur, beau en sa verdure, étendu en ses branches, fertile en ses rejetons : » Puicher ramis, et frondibus remorosus, excelsttsque altitudine, et inter condensai frondes elevatum est cacumen ejus *. « Les oiseaux faisaient leurs nids sur ses branches ; » les familles de ses domestiques: « les peuples se mettaient à couvert sous son ombre ; » un grand nombre de créatures attachées à sa fortune. « Ni les cèdres ni les pins ne l'égalaient pas ; les arbres les plus hauts du jardin portaient envie à sa grandeur ; » c'est-àdire, les grands de la cour ne l'égalaient pas : Cedri rmi fuerunt altiores illo in paradiso Dei, abietes non adœquaverwni summitatem ejus.,. JEmulatasunt eumomnia ligna volwptatis quœ erant in paradi^o Dei. In ramis ejus fecerunt mdos omnia
{. ttzech.. XXXI, 3.
349 SERMON SUR KOS DISPOSITt.OHS
volatilia cœli... Sub umbraculo illius habitabat cœtus gentvjK^, plurirnarum *.
Voilà une grande fortune, un siècle n'en voit pas deux de semblables; mais voyez sa ruine et sa décadence. « Parce qu'il s'est élevé superbement, et qu'il a porté son faîte jusqu'aux nues, et que son cœur s'est enflé dans sa hauteur: )? Pro eo quod... dédit summitatem. suam virentem atque condensam, et elevatum est cor ^us in altitudine sua : pour cela, dit le Seigneur, je le couperai par la racine, je l'abattrai d'un grand coup, et je le porterai par terre ) il viendra une disgrâce, et il ne pourra plus se soutenir : il tombera d'une grande chute : Projicient eum super montes; on le verra tout de son long sur une montagne, fardeau inutile de la terre. « Tous ceux qui se reposaient sous son ombre se retireront de lui, » de peur d'être accablés sous sa ruine : Recèdent de umbraculo ejus omnespopuli terrœ, et rélinquent eum*. Ou s'il se soutient durant sa vie, il mourra au milieu de ses grands desseins, et laissera à des mineurs des affaires embrouillées qui ruineront sa famille; ou Dieu frappera sur son fils unique, et le fruit de son travail passera en d'autres mains ; ou il lui fera succéder un dissipateur, qui, se trouvant tout d'un coup dans de si grands biens, dont l'amas ne lui a coûté aucune peine, se jouera des sueurs d'un père insensé qui se sera damné pour le laisser riche, et devant la troisième génération, le mauvais ménage, les dettes auront consumé tous ses héritages. « Les branches de ce grand arbre se trouveront dans toutes les vallées : » In cunctis con- Kallibus corruent rami ejus ' ; je veux dire ces terres et ces éeigneuries qu'il avait ramassées avec tant de soin, se partageront en mille mains ; et tous ceux qui verront ce grand chang^ement diront, en levant les épaules, et regardant
i. Ezeeh., xxxi, 6, 8, 9.
%. Ibid., 10, 12.
a. Ibid., il.
avec étonnement le reste de cette fortune délabrée : Est-ce là que devait aboutir toute cette pompe et cette grandeur formidable? est-ce là ce grand fleuve qui devait inonder toute la terre? je ne vois plus qu'un peu d'écume. Ne le voyons-nous pas tous les jours?
0 homme! que penses-tu faire? pourquoi te travaillestu vainement, sans savoir pour qui? Mais je serai plus sage; et, voyant les exemples de ceux qui m'ont pré'^ôdé, je profiterai de leurs fautes : comme si ceux qui t'ont précédé n'en avaient pas vu faillir d'autres devant eux, dont les fautes ne les ont pas rendus plus sages. La ruine et la décadence entrent dans les affaires humaines par trop d'endroits pour que nous soyons capables de les prévoir tous, et avec une trop grande impétuosité pour en pouvoir arrêter le cours. Mais je jouirai de mon travail. Et [pour] dix ans que tu as de vie? Mais je regarde ma postérité, que je veux laisser opulente. Peut-être que ta postérité n'en jouira pas! Mais peut-être aussi qu'elle en jouira. Et tant de sueurs pour un peut-être ? Regarde qu'il n'y a rien d'assuré pour toi, non pas même un tombeau pour y graver dessus tes titres superbes, les seuls restes de ta grandeur abattue : l'avarice de tes héritiers le refusera à ta mémoire, tant on pensera peu à toi après ta mort ! Ce qu'il y aura d'assuré, ce sera la peine de tes rapines, la vengeance éternelle de tes concussions et de ton ambition désordonnée. 0 les beaux restes de ta grandeur ! ô les belles suites de ta fortune ! 0 -^lie 1 ô illusion î ô s^trange f.veuglement des enfants des iioiiiraes î
POIJE LA PKOPBSSION
DUCHESSE DE VADJOUR
PRÊCHÉ DST/^NT I.A B B I U B , LB 4 JDIM 167S
Spectacle admirable que Dieu nous présente dans le renouvellement des cœurs. Deux amours opposés, qui font tout dans les hommes. Attentat et chute funeste de l'âme, qui a voulu, comme Dieu, être à elle-même sa félicité. De quelle manière, touchée de Dieu, elle commence à revenir sur ses pas, et abandonne peu à peu tout ce qu'elle aimait , pour ne se réserver plus que Dieu seul. Cette vie pénitente et détachée , montrée très-possible par l'exemple de madame de la Vallière. Réponse que Dieu fait aux raisons que les mondains allèguent pour se dispenser de l'embrasser.
Et dixii qui sedebat in throno : Ert nova facio omnia.
Et celui qui était assit sur le trône a dit : le leaouvtlle toutes choses.
Apoc, XXI, 6.
Oe sera sans doute un grand spectacle, quand celui qui est assis sur le trône d'où relève tout l'univeTs, et à ^ui il ne coûte pas plus à faire qu'à dire, pt^rce qu'il fait tout ce
1. Ce discours avait été imprimé sans l'avea de Bofcouet, d'après une copia fautive. D. Déforis Ta corrigé sur le manuscrit original, qui lui a fourni des additions et changeoients assez considéral)les. Nous nous y sommes con/'orcié (Édit d« Vcr^.ùlics.)
POUR LA PROFESSION DE MADAME DE LA VALLIÈaE 345
qui lui plaît par sa seule parole, prononcera du haut de son trône, à la fin des siècles, qu'il va renouveler toutes choses, et qu'en môme temps on verra toute la nature changée faire paraître un monde nouveau pour les élus. Mais quand, pour nous préparer à ces nouveautés surprenantes du siècle futur » il agit secrètement dans les cœurs par son Saint-Esprit, qu'il les cùange, qu'il les renouvelle ; et que, les remuant jusqu'au fond, il leur inspire des désirs jusqu'alors inconnus, ce changement n'est ni moins nouveau ni moins admirable. Et certainement, chrétiens, il n'y a rien de plus merveilleux que ces changements. Qu'avons-nous vu, et que voyons-nous? quel état, et quel état? Je n'ai pas besoin de parler, les choses parlent assez d'elles-mêmes.
Madame, voici un objet digne de la présence et des yeux d'une si pieuse reine. Votre Majesté ne vient pas ici pour apporter les pompes mondaines dans la solitude ; son humilité la sollicite à venir prendre part aux abaissements de la vie religieuse ; et il est juste que, faisant par votre état une partie si considérable des grandeurs du monde, vous assistiez quelquefois aux cérémonies où on apprend à les mépriser. Admirez donc avec nous ces grands changements de la main de Dieu. H n'y a plus rien ici de l'ancienne forme : tout est changé au dehors ; ce qui se fait au dedans est encore plus nouveau, et moi, pour célébrer ces nouveautés saintes, je romps un silence de tant d'années, je fais entendre une voix que les chaires ne connaissent plus.
Afin donc que tout soit nouveau dans cette pieuse céré» monie, ô Dieul donnez-moi encore ce style nouveau du Saint-Esprit, qui commence à faire sentir sa force toute^ puissante * dans la bouche des apôtres. Que je prêche comme un saint Pierre la gloire de Jésus-Christ crucifié;