‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 145 sur 223 · C'était U trouièra» fête d« la Peaiecôt · texte numérisé non relu

C'était U trouièra» fête d« la Peaiecôt

que je fasse voir au monde ingrat avec quelle impiété il le crucifie encore tous les jours ; que je crucifie le monde à son tour; que j'en efface tous les traits et toute la gloire; que je l'ensevelisse, que je l'enterre avec Jésus-Christ; enfin qr.e je fasse voir que tout est mort, et qu'il n'y a qu" Jésus-Christ qui vit.

Mes sœurs, demandez pour moi cette grâce : ce sont le> auditeurs qui font les prédicateurs, et Dieu donne, par ses ministres , des enseignements convenables aux saintp« dispositions* de ceux qui écoutent. Faites donc, par vos prières, îe discours qui doit vous instruire, et obtenez-moi les lumières du Saint-Esprit, par l'intercession de la sainte Vierge : Ave^ Maria.

Nous ne devons pas être curieux de connaître distinctements ces nouveautés merveilleuses du siècle futur : comme Dieu les fera sans nous, nous devons nous en reposer sur sa puissance et sur sa sagesse. Mais il n'en est pas de même des nouveautés saintes qu'il opère au fond de nos cœurs. Il est écrit : « Je vous donnerai un cœur nouveau 1 ; » et il est écrit : « Faites- vous un cœur nouveau ' : » de sorte que ce cœur nouveau qui nous est donné, c'est nous aussi qui le devons faire ; et comme nous devons y concourir par le mouvement de nos volontés, il faut que ce mouvement soit prévenu par la connaissance.

Considérons donc, chrétiens, quelle est cette nouveauté des cœurs, et quel est l'état ancien d'où le Saint-Esprit nous tire. Qu'y a-t-il de plus ancien que de s'aimer soimême, et qu'y a-t-il de plus nouveau que d'être soi-même son persécuteur? Mais celui qui se persécute lui-même doit avoir vu quelque chose qu'il aime plus que lui-môme : de sorte qu'il y a deux amours qui font ici toutes choses. Saint Augustin les définit par ces paroles : Jmor sta usque

t. Ibid., iTtn, 31.

ad contemptum Dei ; amor Dei usque ad contem'ptum sut * : l'un

5st « l'amour de soi-mômp poussé jusqu'au mépris de Dieu ; » c'est ce qui fait la vie ancienne et la vie du monde : l'autre est « l'amour de Dieu poussé jusqu'au mé^ pris de soi-même; » c'est ce qui fait la vie nouvelle du christianisme, et ce qui, étant porté à sa perfection, fait la vie religieuse. Ces deux amours opposés feront tout le sujet de ce discours.

Mais, prenez bien garde, messieurs, qu'il faut ici observer plus que jamais le précepte que nous donne l'Ecclésiastique. « Le sage, qui entend, dit-il ^, une parole sensée, la loue, et se l'applique à lui-même : » il ne regarde pas à droite et à gauche^ à qui elle peut convenir; il se l'applique à lui-même , et il en fait son profit. Ma sœur, parmi les choses que j'ai à vous dire, vous saurez bien tîémôler ce qui vous est propre. Faites-en de même, chrétiens; suivez avec moi l'amour de soi-même dans tous ses excès, et voyez jusqu'à quel point il vous a gagnés par ses douceurs dangereuses. Considérez ensuite une âme qui, après s'être ainsi égarée, commence à revenir sur ses pas ; qui abandonne peu à peu tout ce qu'elle aimait, et qui, laissant enfin tout au-dessous d'elle, ne se réserve plus que Dieu seul. Suivez-la dans tous les pas qu'elle fait pour retourner à lui, et voyez si vous avez fait quelque progrès dans cette voie; voilà ce que vous aurez à considérer. Entrons d'abord au fond de notre matière, je ne veux pas vous tenir longtemps en suspens.

PREMIER POINT

L'homme, que vous voyez si attaché à lui-même par son amour-propre, n'a pas été créé avec ce défaut. Dans son

Page 1