Homil. I, in Ep. il ad ThessM
aujourd'hui de si fortes plaintes. Ce qu'il y a de plus déplorable, c'est qu'elles arrêtent le cours des charités, c'est qu'elles mettent tout à fait à sec la source des aumônes, et avec la source des aumônes, celle de toutes les grâces du \hri?tianisme.Que dis-je ici? des aumônes! les vanités ne permettent pas même de payer ses dettes. On ruine et les siens et les étrangers pour satisfaire à son ambition : encore n'est-ce pas le seul désordre. Ce ne sont pas seulement la charité et la justice qui se plaignent de la vanité ; la pudeur s'en plaint aussi, et la vanité y cause d'étranges ruines. Simple et innocente beauté, qui commencez avenir aumjonde, vous avez de l'honnêteté; mais enfin vous voulez paraître, et vous regardez avec jalousie celles que vous voyez plus richement ornées. Sachez que cette vanité, qui vous paraît innocente, machine de loin contre votre honneur ; elle vous tend des lacets, elle vous découvre à la tentation; elle donne prise à l'ennemi. Prenez garde à ce dangereux appât, et mettez de bonne heure votre honnêteté sous la protection de la modestie.
Mais ne parlons pas toujours de ces vanités qui regardent les biens de la fortune et les ornements du corps; l'homme est vain de plus d'une sorte. Ceux-là pensent être les plus raisonnables qui sont vains des dons de l'intelligence, les savants, les gens de littérature, les beaux esprits. A la vérité, chrétiens, ils sont dignes d'être distingués des autres, et ils font un des plus beaux ornements du monde. Mais qui les pourrait supporter, lorsque aussitôt qu'ils se sentent un peu de talent, ils fatiguent toutes les oreilles de leurs faits et de leurs dits? et parce qu'ils savent arranger des mots, mesurer un vers ou arrondir une période, ils pensent avoir droit de se faire écouter sans fin, et de décider de tout souverainement. 0 justesse de la vie, ô égalité dans les mœurs, ô mesure dans les passions, riches et véritables ornements de la nature raisonnable, quand est-ce que nous apprendrons à vous estimer ? Mais laissons les
beaux esprits dans leurs disputes de mots, dans lear commerce de louanges qu'ils se vendent les uns aux autres à pareil prix, et dans leurs cabales tyranniques, qui veulent usurper l'empire de la réputation et des lettres. Je voudrais n'avoir que ces plaintes, je ne les porterais pas dans cette chaire. Mais dois-je dissimuler leurs délicatesses et leurs jalousies ? Leurs ouvrages leur semblent sacrés : y reprendre seulement un mot, c'est leur faire une blessure mortelle. C'est là que la vanité, qui semble naturellement n'être qu'enjouée, devient cruelle et impitoyable. La satire sort bientôt des premières bornes, et d'une guerre de mots elle passe à des libelles diffamatoires, à des accusations outrageuses contre les mœurs et les personnes. Là on ne regarde plus combien les traits sont envenimés, pourvu qu'ils soient lancés avec art, ni combien les plaies sont mortelles à l'honneur, pourvu que les morsures soient ingénieuses : tant il est vrai, chrétiens, que la vanité corrompt tout, jusqu'aux exercices les plus innocents de l'esprit, et ne laisse rien d'entier dans la vie humaine. Elle ne se contente pas de donner aux crimes des ouvertures favorables, elle les autorise publiquement, et entreprend de les mettre en honneur par des maximes ruineuses à la pureté des mœurs.
DEUXIÈME POINT
Il me semble que vous vous élevez ici contre moi, et que vous me dites que jamais il ne sera véritable que les crimes soient en honneur, puisque nous les voyons au contraire et détestés et proscrits par une commune sentence du genre humain. Et certes les choses humaines ne sont pas encore Bi désespérées que les vices qui ne sont que vices, qui montrent toute leur laideur sans aucune teinture d'honnêteté, soient honorés dans le monde. Les vices que le monde couronne sont des vices spécieux, qui ont quelque mélange
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de la vertu. L*honneur, qui est destiné pour la suivre et pour la servir, sait de quelle sorte elle s'habille, et lu-1 dôrooe quelques-uns de ses ornements, pour en parer le vice qu'il veut établir et mettre en crédit dans le monde. Pourquoi introduit- on ce mélange, pourquoi tâche-t-on de donner au vice cette couleur empruntée? De quelle sorte cela se fait, quoique la chose soit assez connue par expé' rience, je veux le rechercher jusqu'à l'origine, et développer tout au long ce mystère d'iniquité.
Pour cela, 11 est nécessaire de philosopher en peu de mots de la nature du mal. Mais je m'abuse d'abord, et il est vrai que le mal n'a point de nature ni de subsistance; car qui ne sait qu'il n'est autre chose qu'une simple privation, un éloignement de la loi, une perte de raison et de la droiture ? Ce n'est donc pas une nature, mais plutôt la maladie, la corruption, la ruine de la nature. De cette vérité, qui est si connue, le docte saint Jean Chrysostome en a tiré cette conséquence. Gomme le mal, dit ce grand évêquei, n'a point de nature ni de subsistance en lui-même, il s'ensuit qu'il ne peut pas subsister tout seul ; de sorte que s'il n'est soutenu par quelque mélange de bien, il se détruira lui-môme par son propre excès. Qu'un homme veuille tromper oOut le monde, il ne trompera personne. Qu'un voleur tue ses compagnons aussi bien que les passants, tous le fuiront également comme une bête farouche. De tels vicieux n'ont point de crédit : il faut un peu de mélange. [Ceux que le monde considère] ne sont pas de ces vicieux abandonnés à toutes sortes d'infamies. Un Achab. une Jézabel dans l'histoire sainte; un Néron, un Domitien, dans les histoires profanes : leur attirer de la gloire, réconcilier l'honneur avec eux, c'eet une entreprise impossible. Mais aussi, si peu qu'on prenne soin de mêler avec le vice quelque teinture de vertu, il pourra, sans trop se