De Servi. Dont., lib. U, cap. i
ive<; quelle précaution le Fils de Dieu l'oblige de se cacher ; Attendue ne justitiam vestram faciatis coram hominibus , ut videamini ab eis^ : « Prenez garde de ne faire pas vos bocy nés œuvres devant les hommes pour en être regardés. » Voulez-vous prier dans le cabinet, fermez la porte : Orationem tuamfcui esse mysterium"^ ; et ainsi des autres. Voyez donc comme il élève la vertu : il la retire du monde, il la tient dans le cabinet et sous la clef, il la cache non-seulement aux autres, mais à elle-même ; « il ne veut pas que la gauche sache l'aumône que fait la droite ' ; » enfin il la réserve pour les yeux du Père.
C'est pourquoi saint Jean Chrysostome compare la vertu chrétienne à une fille honnête et pudique, élevée dans la maison paternelle avec une merveilleuse retenue. On ne la mène pas, dit-ii*, au théâtre; on ne la produit pas dans les assemblées ; elle n'écoute point les discours des hommes, ni leurs dangereuses flatteries; elle aime la retraite et la solitude, et se plaît à se cacher sous les yeux de Dieu, sous l'ombre de ces ailes et sous le secret do sa face ; elle aime, dis-je. à se cacher, non par honte, mais par modestie ; car, mes frères, ce n'est pas un moindre excès de cacher la vertu par honte, que de la produire par ostentation. Les hypocrites sont dignes et de blâme et de mépris tout ensemble, qui l'étaient avec art et pompeusement. Les lâches ne le sont pas moins qui rougissent de la professer, et lui donnent moins de liberté de paraître au jour que le vice même ne s'en attribue. Ainsi la véritable vertu ne fuit pas toujours de se faire voir, mais jamais elle ne se montre qu'avec sa simple parure. Bien loin de vouloir surprendre les yeux par des ornements empruntés, elle cache
i. Matth,, VI, 1, 6.
î. S. Chrysost., homil. xix, in Matth., a" 8.