S&IRMON SUR LA ./USTIOE
quMî veut nous donner ; et nous soupirons encore apr^s fîea biens périssables ! Non, mes frères, ne demandons à Dieu rien de médiocre, ne lui demandons rien moins que luimême : nous éprouverons qu'il est bon autant qu'il est juste, et qu'il est infiniment l'un et l'auti'e.
Mais vous, sire, qui êtes sur la terre l'image vivante de cette Majesté suprême, imitez sa justice et sa bonté, afin que l'univers admire en votre personne sacrée un roi juste et un roi sauveur, à l'exemple de Jésus-Cbrist : un roi juste qui rétablisse les lois; un roi sauveur qui soulage les misères. C'est ce que je souhaite à Votre Majesté, fivec la gr&ce du Père, du FHa et du Saint-Esprit. Amen,
SEhMON
»eDS LB TEMP& DU JDIILÉ
l'rois qualités de la pénitence opposéeh aux troig désordres du péché j comment elles en sont le remède. Dilticuité à recouvrer la justic* perdue. Fidélité qu'exige l'amitié réconciliée. Funestes effets du mépris ou de l'abus de la pénitence.
Qui enim mortui aumus pf.ciato^ ^-nomodo adhuc vivemus in illo ?
Nous qui pommes morts au péché, coement pourrons-nous désormais j vivre?
Rom.. VI, 2.
Je ne puis vous exprimer, chrétiens, combien est grande aujourd'hui la joie de l'Église. Cette grâce du jubilé que vous avez si ardemment embrassée, cette piété exemplaire, ce zèle que vous avez témoigné dans la fréquentation des saints sacrements, satisfait infiniment cette bonne mère, et si le père de ce prodigue voulut que toute sa famille fût en joie pour le retour d'un de ses enfants, quels soni ]?s sentiments de l'Église voyant un si grand nombre des siens ressuscites par la pénitence ? Mais cette joie divine
1. Ce sermon étant isolé et u'appar enant à aucune bulte de sermons, poub l'avons placé avant le carême, parce <^ue le sujet qui y est traité convient très b^en 3 ce saint temps, (Éditiou de Y'^^aillec.
et spirituelle ne s'arrête pas sur la terre; elle passe jusqu'au ciel, et nous apprenons du Sauveur des âmes que la conversion des hommes pécheurs fait la solennité des esprits célestes; nos gémissements font leur joie, et nos douleurs font leurs actions de grâces. Donc les larmes de? pénitents sont si précieuses, qu'elles sont recueillies en terre peur être portées jusque dans le ciel, et leur vertu est si grande qu'elle s'étend même jusque sur les anges; et ce qui est bien plus merveilleux, c'est qu'encore que l'innocence ait ses larmes, les anges estiment de plus grand prix celles que les péchés font répandre; et l'amertune de la pénitence a quelque chose de plus doux pour eux que le miel de la dévotion. Que reëtet-il donc maintenant à faire, sinon de vous dire avec l'Apôtre : « Nous, qui sommes morts au péché, pourrons-nous bien désormais y vivre? » nous, qui avons réjoui le ciel, pourrons-nous après cela réjouir l'enfer et rendre inutile une pénitence qui a déjà pu porter ses fruits jusque dans la Jérusalem bienheureuse? Comprenez-vous, pécheurs convertis, que vos larmes pénètrent le ciel, puisqu'elles y vont réjouir les anges. Voyez combien les pleurs de la pénitence sont fructueux à ceux qui les versent, puisqu'ils le sont môme aux intelligences célestes. Entendons dans notre évangile quelle abondante satisfaction produira un jour en nous-mêmes l'affliction d'un cœur repentant, puisqu'elle en produit déjà dans les anges, auxquels le Fils de Dieu nous promet que sa grâce nous fera s 'mblables. Et puisque ces sublimes esprits prennent tant de part à notre bonheur et qu'ils veulent bien se joindre avec nous par une société si étroite, joignons-nous aussi avec eux, et disons tous ensemble, avec Gabriel, l'un de leurs bienheureux compa^ gnons : xive, Maria.
Après que la grâce du saint baptême, nous ayant heureusement délivrés de la damnation du premier Adam,
avait si abondamment répandu sur nous les bénédictions du nouveau ; après que cette seconde naissance, qui nous a ressuscites en Noire-Seigneur, avait consacré pour toujours nos corps et nos âmes à une sainte nouveauté dévie, il fallait certainement, chrétiens, que les hommes, régénérés par une si grande bonté de leur Créateur, honorassent la miséricorde divine en conservant soigneusement ses bienfaits, et gardassent éternellement l'innocence que le Saint- Esprit leur avait rendue. Car, puisque nous apprenons de l'Apôtre, que cette eau salutaire et vivifiante qui nous a lavés au baptême a détruit en nous le corps du péché, <ï pour nous exempter à jamais de sa servitude : » Ut ultra mn seiDiamus peccato * , y avait-il rien de plus nécessaire que de nous maintenir dans la liberté que le sang de Jésus-Christ nous avait acquise? et nous étant rengagés volontairement dans un si honteux esclavage après la sainteté du baptême, aurions-nous pns bien justement mérité que Dieu punît notre ingratitude par une entière soustraction de ses grâces?
Oui, sans doute, nous méritions, ayant violé le baptême, qu'on ne nous laissât plus aucune ressource; mais cette bonté, qui n'a point de bornes, a traité plus favorablement la faiblesse humaine : elle a regardé d'un œil de pitié l'extrême fragilité de notre nature ; et, voyant que notre vie n'était autre chose qu'une continuelle tentation, elle a ouvert la porte de la pénitence, comme un second asile aux pécheurs, et une nouvelle espérance après le naufrage. Et encore que Dieu ait prévu que les hommes toujours ingrats abuseraient de la pénitence comme ils avaient fait du baptême, sa miséricorde ne s'est pas lassée : Jésus-Christ, qui a voulu que la pénitence nous tînt lieu en quelque sorte d'un second baptême, a mis en'tre ces deux sacrements cette différence notable, que le premier nous étant donné
i. Rom., n. 6.
comme la nativité du fidèle, ne peut être reçu qu'une fois, parce qu'il n'y a qu'une naissance en esprit comme il n'y en a qu'une en la chair; et qu'au contraire le sacrement de la pénitence est mis entre les mains de l'Église comme une clef salutaire, par laquelle elle peut ouvrir le ciel aux pécheurs autant de fois qu'ils se convertissent. Je n'excepte rien, dit notre Sauveur : tout ce que vous pardonnerez sur la terre, leur sera remis devant Dieu ^ ; pour nous faire voir par cette parole que son père n'est jamais si inexorable qu'il ne puisse être apaisé par la pénitence. Voilà comme la miséricorde divine ne cesse jamais de bien faire aux hommes ; mais comme si notre malice avait entrepris d'abuser de tous ses bienfaits, nous tournons à notre ruine tout ce qu'on nous présente pour notre salut.
En effet, qui ne voit par expérience que c'est la facilité du pardon qui nous endurcit dans le crime? Le remède de la pénitence, qui devait Tarracher jusqu'à la racine, ne sert qu'à le rendre plus audacieux par l'espérance de l'in^punité. Les rebelles enfants d'Adam ont cru qu'on leur prolongeait le temps de pécher, parce qu'on leur en donnait pour se repentir ; et par une insolence inouïe, nous sommes devenus plus méchants parce que Dieu s'est montré meilleur. Et afin que vous voyiez, chrétiens, combien ce désordre est universel, permettez-moi d'appeler ici le témoignage de vos consciences. Je veux croire qu'il n'y a personne en cette assemblée, que la grâce du jubilé, que l'exemple de la dévotion publique, et la sainteté de ces derniers jours n'ait invité à la pénitence; et je vous considère aujourd'hui comme des hommes renouvelés par le Saint-Esprit. Dans cet heureux état où vous êtes, si quelqu'un vous disait de la part de Dieu avec une autorité infaillible, que si vous perdez une fois la grâce, en retom-
\, Matt, xyni, 18, i. Joann.. xx. ii
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bant dans les mômes crimes que vous avez lavés par vos larmes, il n'y a plus pour vous aucune espérance, que le ciel vous sera fermé pour toujours, et que la miséricorde divine sera éternellement sourde à vos prières, seriez-vous si ennemis de vous-mêmes que de vous précipiter volontairement dans une damnation assurée? les plus déterminés ne trembleraient-ils pas voyant leur perte si inévitable? Si donc nous retournons aux péchés que nous avons expiés par la pénitence, et qui n'y retournera pas? c'est que l'espérance du pardon nous aura flattés, et que nous aurons présumé, comme des enfants libertins, de l'indulgence de notre père, que nous avons tant de fois expérimentée; de sorte qu'il n'est rien de plus véritable que la cause la plus générale de tous nos péchés, c'est que nous n'avons jamais bien compris ce que je me propose aujourd'hui de vous faire entendre, que rien au monde n'est tant à craindre que de ne point profiter de la pénitence, et de déchoir par de nouveaux crimes de -a grâce qu'elle nous avait obtenue.
Pour prouver solidement cette vérité, je remarque trois qualités dans la pénitence : c'est une réconciliation de l'homme avec Dieu, c'est un remède, c'est un sacrement. La pénitence nous réconcilie ; de là vient que l'Apôtre dit • « Je vous conjure au nom de Jésus-Christ, réconciliez-vous avec Dieu ^ » La pénitence est un remède pour nos maladies ; c'est ce qui fait dire au Sauveur des âmes : a Je vous ai rendu la santé, allez maintenant, et ne péchez plus '. r. La pénitence est un sacrement, et Jésus nous l'enseigne assez, lorsqu'il parle ainsi aux apôtres : « Recevez le Saint-Esprit, leur dit-il; ceux dont vous remettrez les péchés, ils leur seront remis '. » Par où nous voyons clai-
i. II Cor., T, «0, t. Joann., y, H.