Ps., XL
C'est pourquoi ii a fallu que la pénitence eût les tiois qualit(^s que je vous ai dites. Le péché nous séparant d'avec Dieu, il fallait que la pénitence nous y réunît; et c'est la première de ses qualités, c'est une réconciliation. Mais le péché en nous séparant nous a faits malades ; par conséquent il ne suffit pas que la pénitence nous réconcilie, il faut encore qu'elle nous guérisse, et de là vient qu'elle est un remède. Et enfin comme le péché ajoute la profanation et l'impureté aux infirmités qu'il apporte, une maladie de cette nature ne peut être déracinée que par un remède sacré, qui ait la force de sanctifier comme de guérir; c'est pourquoi la pénitence est un sacrement. Vous voyez, fidèles, ces trois qualités d'où je tire trois raisons solides, pour montrer qu'il n'est rien de plus dangereux que d'abuser de la pénitence en la rendant inutile et infructueuse. Car s'il est vrai que la pénitence soit la réconciliation de l'homme avec Dieu, si c'est un remède qui nous rétablisse, et un sacrement qui nous sanctilie, on ne peut sans un insigne mépris rompre une amitié si saintement réconciliée, ni rejeter sans un grand péril un remède si efficace, ni violer sans irrévérence un sacrement si saint et si salutaire. Ce sont les trois points : et de là nous conclurons, avec l'Apôtre, que puisque nous sommes morts au péché, nous ne pouvons plus désormais y vivre. C'est ce que j'espère vous rendre sensible avec le secours de la grâce.
PREMIER POIPJT
Pour entrer d'abord en matière, posons pour fondemeat de tout ce discours, que s'il y a quelque chose parmi les hommes qui demande une fidélité éternelle, c'est une amitié réconciliée. Je sais que le nom de l'amitié est saint par lui-même, et que ses droits sont inviolables dans tous les
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sujets où elle se trouve ; néanmoins il faut confesser qu'il y a entre les amis réconciliés je ne sais quel engagement plus étroit, et que l'amitié y reçoit de nouvelles forces. La raison, chrétiens, en est évidente. Ce que l'homme fait avec contention, il le fait aussi avec efficace ; et les effets sont d'autant plus grands, que l'âme est plus puissamment appliquée ; de sorte qu'une amitié qui a pu se reprendre malgré les obstacles, qui a pu oublier toutes les injures, qui a pu revivre même après sa mort, a sans doute quelque chose de plus vigoureux que celle qui n'a jamais fait de pareils efforts. Cette amitié autrefois éteinte, maintenant refleurie et ressuscitée, se souvenant du nremier malheur, jette de plus profondes racines, de crainte qu'elle ne puisse être encore une fois abattue. Les cœurs se font eux-mêmes des nœuds plus serrés ; et comme les os se rendent plus lermes dans les endroits des ruptures, à cause du secours extraordinaire que la nature donne aux parties blessées ; de même les amis qui se réunissent envoient, pour ainsi dire, tant d'affection pour renouer l'amitié rompue, qu'elle en r'.emeure à jamais mieux consolidée. Mais si l'affection y est plus ardente, la fidélité d'antre part se lie davantage. La réconciliation des amis a quelque chose de ces contrats qui interviennent sur les procès; et nous apprenons des jurisconsultes que ce sont les plus assurés, parce que la bonne foi y est engagée dans des circonstances plus fortes; d'où il est aisé de conclure qu'en tous sens il n'est rien plus inriolable que l'amitié réconciliée.
Cette vérité étant établie, je m'adresse maintenant à vous, chrétiens réconciliés par la pénitence, pour vous dire que Dieu vous demande une fidélité plus exacte et une affection plus sincère : pour quelle raison? Parce que vous êtes réconciliés. Il veut que vous l'aimiez davantage; et ce n'est pas moi qui le dis, c'est lui qui vous le déclare dans son Évangile, lorsque, parlant à Simon le Pharisien au sujet de la Madeleine, il dit : « Celui à qui on remet moins aime
moins; celui à qui on remet plus, aime plus *. » Peut-on parler plus expressément? Il vous a remis vos péchés, mais après cela il attend de vous que vous l'aimerez avec plus d'ardeur; parce qu'ainsi que nous avons dit, c'est la loi né- ■t;essaire et indispensable de l'amitié réconciliée ; et luimôme, quoiqu'il soit au-dessus des lois, il ne laisse pns d'en donner l'exemple. Considérez ce que je veux dire : il n'y a page de l'Évangile où nous ne voyions que Jésus a une certaine tendresse pour les pécheurs réconciliés, plus que pour les justes qui persévèrent. Qui ne sait que Madeleine la pénitente a été sa fidèle et sa bien-aimée ; que Pierre, après l'avoir renié, est choisi pour confirme!* la foi de ses frères ; qu'il laisse tout le troupeau dans les bois pour courir après sa brebis perdue ; et que celui de tous ses enfants qui émeut le plus sensiblement ses entrailles, c*est le dissipateur qui retourne? Afin que nous entendions, chrétiens, qu'encore que l'innocence ait ses larmes, il estime plus précieuses celles que les péchés font répandre dans les saints gémissements de la pénitence , et que la justice recouvrée a quelque chose de plus agréable à ses yeux que la justice toujours conservée. Et d'où vient cela? C'est que s'étant réconcilié avec les pécheurs, il veut soigneusement observer les lois de l'amitié réunie; et si Dieu les observe si exactement, nous, fidèles, les voulonsnous mépriser? quelle serait notre perfidie I Dans la réconciliation de l'homme avec Dieu, ce n'est pas l'homme qui se relâche ; Dieu n'a pas rompu le premier ; au contraire, il nous comblait de ses biens; c'est l'homme qui a été l'agresseur; quelle insolence ! mais c'est Dieu qui remet, c'est Dieu qui oublie. Que si celui qui pardonne et qui se relâche se soumet volontairement aux lois de l'ymitié réconciliée, s'il consent d'aimer davantage, que ùb doit pas faire celui qui reçoit la grâce, à qui l'on quittfi