Sess. xiY, de Pœmt.. cap. li
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faisant craindre à ceux qui seront assez aveugles pour ne l'aimer pas. Et c'est pourquoi si la malice des hommes méprise la miséricorde divine, en manquant à la foi donnée dans le sacrement, et violant les promesses de la pénitence, ou la justice divine devient entièrement inflexible, ou s'il lui plaît de se relâcher, elle se rend de plus en plus rigoureuse : autrement, si je l'ose dire, elle trahirait la bonté en l'abandonnant au mépris. En effet se peut-il voir un pareil mépris, que de manquer à une amitié tant de fois réconciliée? Un pécheur pressé en sa conscience regarde la main de Dieu armée contre lui ; il voit déjà l'enfer ouvert sous ses pieds : quel spectacle ! Dans cette crainte, dans cette frayeur, il s'approche de ce trône de miséricorde qui jamais n'est fermé à la pénitence. Eh! il n'attend pas qu'on l'accuse, il se rend dénonciateur de ses propres crimes; il est prêt à passer condamnation, pour prévenir l'arrêt de son juge. La justice divine se met contre lui, il se joint à elle pour la fléchir, il avoue qu'il mérite d'être sa victime ; et toutefois il demande grâce au nom du médiateur Jésus-Christ. On lui propose la condition de corriger sa vie déréglée; il promet : c'est, fidèles, ce que nous avons fait dans l'action de la pénitence. Mais bien plus, nous avons donné Jésus-Christ pour caution de notre parole ; car, étant le médiateur, il est le dépositaire et la caution des paroles des deux parties. li est caution de celle de Dieu, par laquelle il nous promet d nous pardonner; et il l'est aussi de la nôtre, par laquelle nous promettons de nous corriger. Nous avons pris à témoin son corps et son sang qui a scellé la réconciliation à la sainte table; et, après la grâce obtenue, nous cassons un acte si solennel 1 nous nous repentons de notre pénitence! uous retirons de la main de Dieu les larmes que nous lui Avions consacrées I nous désavouons nos promesses, et Jésus- Christ en est garant! nous nous étions réconciliés avec Dieu ; son amitié nous est importune; et pour comble d'indignité nous renodOiif ■'.vec le diable le traité que la pénitence avail
annulé! Vous en frémissez; mais c'est néanmoins ce que nous faisons toutes les fois que nous perdons par de nouveaux crimes la justice réparée par la pénitence. Voilà les sentiments que nous avons de Dieu : si notre bouche ne le dit pas, nos œuvres le crient; et c'est le langage que Dieu entend.
Après des profanations si étranges, croyons-nous que la miséricorde divine nous sera toujours également accessible? Elle ne veut point être méprisée : ah ! « ne vous y trompez pas, dit l'Apôtre, on ne se moque pas ainsi de Dieu '. » Et s'il est vrai, ce que nous disons, que les difficultés s'augmentent toujours, que Dieu devient toujours plus inexorable, lorsque nous manquons à la foi donnée, mon Sauveur, où en sommes-nous après tant de réconciliations inutiles? craignons-nous pas que le temps approche qu'il nous rejettera de devant sa face, et que le ciel deviendra de fer sur nos têtes? Malheureux ! ne sentons-nous pas que la miséricorde se lasse, et que nous commençons à lui être à charge? ahl nous la méprisons trop souvent. C'est un beau mot de Tertullien dans le livre de la Pénitence*, que les pécheurs réconciliés, qui retournent à leurs premiers crimes, sont à charge à la miséricorde divine; et il importe que vous entendiez sa pensée. Un pauvre homma accablé de misère vous demande votre assistance : vous soulagez sa nécessité, mais vous ne pouvez pas l'en tirer. Il revient à vous avec crainte, à peine ose-t-il vous parler : mais sa pauvreté, sa aiisère, et plus encore sa retenue parlent assez pour lui ; il ne vous est pas à charge. Mais un autre vient à vous^ qui vous presse, qui vous importune ; vous vous excusez : il ne vous prie pas, il semble exiger, comme si votre libéralité était une dette; c'est celui-là qui vous est à charge, vous cherchez tous les moyens de vous en défaire. Un' chrétien
a succombé à quelque tentation violente; quelque temps après il revient : qu'ai-je fait, et où me suis-je engagé? la larme à l'œil, le regret dans l'âme, la confusion sur la face, il demande qu'on lui pardonne; et ensuite il en devient plus soigneux. Je l'ose dire, il n'est point à charge h là miséricorde divine ; mais c'est toi, pécheur endurci, tant de fois réconcilié^ et aussi souvent infidèle, qui prétends faire un circuit éternel de la grâce au crime, du crime à la grâce, et qui crois la pouvoir toujours perdre et recevoir quand tu le voudras, comme si c'était un bien qui te fût acquis : si tu lui es à charge, elle ne te fait du bien qu'à regret, et bientôt elle cessera de t'en faire. Tu es à charge à la miséricorde divine, tu es de ceux dont il est écrit que « Dieu a les oblationa en horreur : » Laboravi sustinens * : « ils me sont à charge. » Il déteste tes pénitences stériles et tes réconciliations si souvent trompeuses : et comment pourrait-il aimer un arbre qui ne lui produit jamais aucun fruit? Ah! réveillons-nous, il est temps; il est temps plus que jamais que nous commencions à faire des fruits dignes de la pénitence. Après cette réunion solennelle de Dieu avec nous, et ce grand renouvellement que le jubilé a fait en nos âmes, com^mençons à vivre, fidèles, avec notre Dieu comme des pécheurs réconciliés, comme des rebelles reçus en grâce ; respectons la miséricorde qui nous a sauvés, et la foi que nous lui avons engagée : c r si nous continuons à lui être à charge^ à la fin elle se défera tout à fait de nous, et retirant les remèdes dont noue abusons, elle nous laissera languir dans nos maladies. C'est la seconde considération que je vous propose, pour vous obliger, chrétiens, à être (idèles à la pénitence, parce que ce remède est si nécessaire, qu'on se jette dans un grand péril quand on se le rend inutile,
i . Is., 1, 14.
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SECOND POINT
Une des qualités de l'Église, qui est autant célébrée dans les Écritures, c'est sa perpétuelle jeunesse et sa nouveauté qui dure toujours. Et si peut-être vous vous étonnez qu'au lieu que la nouveauté passe en un moment, je vous parle d'une nouveauté qui ne finit point, il m'est aisé, fidèles, de vous satisfaire. L'Église chrétienne est toujours nouvelle, parce que l'esprit qui l'anime est toujours nouveau, selon ce que dit l'apôtre saint Paul : « Ne vivons plus en l'antiquité de ia lettre, mais en la nouveauté de l'esprit*; » et parce que cet esprit est toujours nouveau, il renouvelle de jour en jour les fidèles. Et pour pénétrer encore plus loin, comme dit le même saint Paul, « il est renouvelé de jour en jour :» Rmœ:atur de die in diem^; d'où résulte cet effet merveilleux, qu'au lieu que, selon la vie animale, plus nous avançons dans l'âge, plus nous vieillissons; l'homme spirituel, au contraire, plus il s'avance, plus il rajeunit,
Pour comprendre cette vérité, considérons trois états divers par lesquels doivent passer les enfants de Dieu. 11 y a celui de la vie présente; après, la félicité dans le ciel; et enfin la résurrection générale ; et ces trois états différents sont en quelque sorte trois différents âges par lesquels les enfants de Dieu croissent à la perfection consommée de la plénitude de Jésus-Christ, comme parle l'apôtre saint Paul '. La vie présente est comme l'enfance, la force de l'âge suivra dans le ciel, et enfin la maturité dans la dernière résurrection. Dans ce premier âge, fidèles, c'est-à-dire dans le cours de la vie présente, nous apprenons du divin Apôtre que
i. Rom., vn, 6.
S. II Cor.y IV, 1«.