‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 182 sur 223 · EphM.y If, la · texte numérisé non relu

EphM.y If, la

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l'homme Intérieur, au lieu de vieillir, se renouvelle de jour en jour; et comment? Parce qu'il détruit en lui-même de plus en plus ce qu'il a hérité du premier Adam, c'est-à-dire le péché et la convoitise ; c'est ce qui s'appelle vieillesse. De là il entrera dans le second âge, c'est-à-dire dans la vie céleste dont jouissent les saints avec Jésu^Chri-st. Vous voyez qu'il avance en âge ; en est-il plus vieux? Nullement i au contraire il est plus nouveau, il est plus jeune qu'en son enfance, parce qu'il a moins de la vieillesse d'Adam. Enfin le dernier âge des enfants de Dieu, c'est la résurrection générale; et parce que c'est leur dernier âge, c'est aussi la jeunesse la plus florissante, où l'homme est renouvelé en corps et en âme, où toute la vieillesse d'Adam est anéantie : Renovabitur ut aquilœ juventus tua ^ « Votre jeunesse sera renouvelée comme celle de l'aigle. » Tellement que l'Église, au lieu de vieillir, se renouvelle de jour en jour dans ses membres vivants et spirituels; et la raison de cette conduite est très-évidente : c'est que l'homme animal vieillit toujours, parce qu'il tend continuellement à la mort; au contraire, l'homme spirituel rajeunit toujours, parce qu'il tend continuellement à la vie et à une vie immortelle.

Et c'est par là que nous entendons la nature de la pénitence. Il ne faut pas se persuader, chrétiens, que ce soit une action qui passe, parce que c'est un renouvellement, et le renouvellement du fidèle doit être une action continuée durant tout le cours de la vie. C'est cette fausse imagination qui rend ordinairement nos confessions inutiles : nous croyons avoir assez fait quand nous avons pourvu au passé. le me suis confessé, disent les pécheurs, j'ai mis ma conscience en repos ; pour l'avenir, on n'y pense pas : c'est là tout le fruit de la pénitence. Vous croyez avoir beaucoup fait, et moi je vous dis avec Origène : Détrompez-vous, désabusez-vous; la principale partie reste encore à faire;

i, Pt. m.

SUR LA PÉNITENGB 451

« Ne croyez pas que ce soit assez de vous être renouvelés une fois, il faut renouveler la nouveauté même : » Neque enim putes quod innovaiio vitœ^ quœ dicitwr semel facta, suffkiat ; ipsa etiam novilas innovanda est^.

C'est pourquoi il a fallu, chrétiens, que le remède de îa pénitence fût institué avec une double vertu ; il fallait qu'il guérît le mal passé, il fallait qu'il prévînt le mal à venir; et c'est le devoir de la pénitence de se partager également entre ces deux soins, et en voici la raison solide. Le péché a une double malignité : il a de la malignité en lui-même, il en a aussi dans ses suites; il a de la malignité en lui-même, parce qu'il nous fait perdre le don de justice : cela est bien clair; il a de la malignité dans ses suites, parce qu'il abat les forces de l'^îiie ; c'est ce qui mérite un peu plus d'explication. Je dis donc qu'il nous affaiblit, parce qu'il nous divise; et tout ce qui divise les forces les affaiblit; de là vient que le Sauveur dit : « Un royaume divisé tombera bientôt'.» Et qu'est-ce qui fait gémir l'apôtre saint Paul *, sinon cette division qu'il sent en lui-même entre l'esprit qui se plaît au bien et la convoitise qui l'attire au mal? De là naissent toutes nos faiblesses, parce que la volonté, languissant entre l'amour du bien et du mal, se partage et se déchire elle-même. Or, le péché laisse toujours dans notre âme une nouvelle impression qui nous porte au mal, et il joint le poids de la mauvaise habitude à celui de la convoitise ; de sorte qu'il fortifie la Tv-bellion, et ensuite il abat d'autant plus nos forces; et, (idèles, ce qui est terrible, c'est que lorsqu'on éteint le pé- <;hé, lorsqu'on l'efface par la pénitence, l'habitude ne laisse pas que de vivre. Ahl l'expérience nous l'apprend assez; et cette pernicieuse habitude, c'est une pépinière de nouveaux

1. Lib. V, in Ep. ad Rom., n* 8, t. iv p. 56S. *. Matt., XII, 25.

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