‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 183 sur 223 · Hom., Yii, 18 et sulv · texte numérisé non relu

Hom., Yii, 18 et sulv

péchés î c'est un germe que le péché laisse, par lequel il espère revivre bientôt; c'est un reste de racine qui fera bientôt repousser cette mauvaise herbe. Il paraît donc manifestement que le péché a une double malignité ; qu'il a de la malignité en lui-même, et qu'il en a aussi dans ses suites. Contre cette double malignité, ne fallait-il pas aussi, chrétiens, que le remède de la pénitence reçût une double vertu? Il fallait qu'elle effaçât le péché, il fallait qu'elle s'opposât à ses suites, qu'elle fût un remède pour le passé et une précaution pour l'avenir. Si nous sommes morts au péché, c'est pour n'y plus vivre : si l'on détruit en nous le corps du péché, c'est afin que nous ne retombions plus dans la servitude. Ainsi la pénitence doit guérir le mal, mais elle le doit aussi prévenir. •

Telle est la nature de ce remède, telles sont ses deux qualités, toutes deux également saintes, toutes deux également nécessaires. Il ne te sert de rien de le recevoir dans la première de ses qualités, si tu le violes dans la seconde. En effet, que penses-tu faire ? Tu es soigneux de laver tes péchés passés, et après tu te relâches et tu te reposes, tu négliges de prévenir les maux à venir. La pénitence se plaint de toi : J'ai, dit-elle, deux qualités; je guéris et je préserve, je nettoie et je fortifie; je suis également établie, et pour ôter les péchés que tu as commis, et pour empêcher ceux qui pourraient naître. Tu m'honores en qualité de remède, tu me méprises en qualité de préservatif; ces deux fonctions sont inséparables : pour quelle raison me divises-tu? ou prends-moi toute, ou laisse-moi toute. Que ^épondrez-vous, chrétiens? D'où vient que vous vous préparez à vous confesser? d'où vient que vous examinez votre îonscience? d'où vient que vous faites effort pour vous exciter à la contrition? Ah! dites-vous, je ne veux point faire un sacrilège, en empêchant l'effet de la pénitence. C'est une fort bonne pensée; mais songez-vous que la pénitence a deux qualités? Vous croyez faire un sacrilège, si

V0U3 empêchez son effet dans la vertu qu'elle a d'effacer ses crimes; pensez-vous que l'irrévérence soit moindre, de l'empêcher dans celle qu'elle a de les prévenir?

d'est là tout le fruit du remède : si c'était tout l'effet de la pénitence d'obtenir seulement pardon aux pécheurs, et qu'elle ne les aidât pas à se corriger, vous voyez qu'elle ne ferait que flatter le vice, au lieu que Dieu l'a établie pour en arracher jusqu'aux plus profondes racines. Mais, pour mettre ce raisonnement dans sa force, joignons à la qualité de remède celle que nous avons réservée pour le dernier point, je veux dire la qualité de sacrement, et considérons, chrétiens, quel sacrement c'est que la pénitence.

' TROISIÈME POINT

Toute l'antiquité chrétienne nous répond que c'est un second baptême. Apprenons donc du divin Apôtre quel doit être l'effet du baptême : C'est, dit-il, de nous faire mourir au péché et de nous ensevelir avec Jésus-Christ * . Il en est de même de la pénitence, d'autant plus que c'est un baptême de larmes, un baptême pénible et laborieux : « et si nous sommes morts au péché, comment pourrons-nous désormais y vivre ^ ? » Mais si la pénitence doit être une mort, comprenons qu'on ne demande pas de nous un changement médiocre, ni une réformation extérieure et superficielle: c'est-à-dire qu'il faut couper jusqu'au vif, c'est-à-dire qu'il faut porter le couteau jusqu'aux inclinations les plus chères; c'est-à-dire qu'il faut arracher du fond de nos cœurs tous ces objets qui leur plaisent trop : quand ils nous seraient plus doux que nos yeux, plus nécessaires que notre main droite, plus aimables môme que notre vie, coupons.

â. Rom., VI, è, u ï. lijid., %.

tranchons : Àbscide illam*. Ce n'est pas sans raison que l'Apôtre ne nous prêche que mort : entrons en cette pieuse méditation, et considérons encore quelle est cette tnati. C'est une mort spirituelle et mystérieuse, par laquelle rous appliquons siir hôiïs-mêmes la mort effecti\ o du Sauveur des âmes par line sainte imitation ; et c'est, jQdèleë, ce que nous faisons, lorsque nos cœtirs sont de glace polir les vains plaisirs, noS mains immobiles pouî nos rapines, les yetlx fermés pour les vanités, et nos bouches pour les blasphèmes et les médisances. C'est alors que nous sommes morts avec Jésus-Ghrist ; et comme il n'y a sur son corps aucune partie qui n'ait éprouvé la rigueur de quelque supplice, nous devons crucifier en nous le vieil homme dans tout ce qu'il a de mauvais désirs, et pour cela les rechercher jusqu'à la racine. La pénitence nous dévoue à l'imitation de la mort de Jésus-Christ : c'est à quoi nous nous obligeons par la pénitence.

Telle est la vertu de ce sacrement. Tu te trompes donc, chrétien, si tu cfois qu'il soit temps de te reposer après avoii* t*eçu l'absolution ; ce n'e^t que le commencement du travail, Ce remède sacré de la pénitence n'a fait que la moitié de son opératiou; n'empêche pas l'autre pat ta négligence: autremetit noUë sommes coupables de la profanation de ce sacrement, le violant dans sa partie la plus nécessaire, c'est-à-dire dans le secours qu'il nous donne pouf nous corriger. Quand ce ne serait qu'un simple remède, ce serait toujours beaucoup de le rejeter do la main de ce fnédecin charitable : mais c'est un remède sacré; il y a de la profanation et du sacrilège ; et comme Dieu ne venge rien tant qUe la profanation de ses saints mystères, sa colère s'élèvera enfin contre nous, et il ne nous permettra pas de nous jouer ainsi de ses dons.

C'est une parole bien remarquable du sacré concile

t. Marc, IX, iS.

bUR la Pénitence 455

d'Elvire. « Ceux, dît-il, qui retomberont dans leurs premiers crimes après le remède de la pénitence, il nous a plu qu'on ne leur permît pas de se jouer encore une *bis de la communion. » Pîacuit eos non ludere ultei'ius de communione pads^ . Voilà une terrible parole. Vous voyez que cette assemblée vénérable estime qu'on se joue des sacrés mystères, lorsque, après les avoir reçus, on retourne à ses premières ordures; et cela quand ce ne serait qu'une fois. Si nous avions à rendre compte de nos actions en présence de ces saints évoques, quelles exclamations feraient-ils? nous prendraient-ils pour des chrétiens, nous qui faisons comme un jeu d'enfant de la grâce de la pénitence? Cent fois la quitter, cent fois la reprendre; cent fois promettre, cent fois manquer; n'^est-ce pas se jouer des saints sacrements? Mais, ô jeu funeste pour nous! qu'une créature impuissante ose ainsi se jouer à Dieu, et ce qui est bien plus horrible, se jouer de Dieu ! C'est se jouer de Dieu, que de se jouer de ses dons. Ah! il est temps enfin que ce jeu finisse; il y a déjà trop longtemps qu'il dure, il y a déjà trop longtemps que nous abusons de la pénitence.

Et ne me dites pas que sa miséricorde est infinie : il est vrai qu'elle est infinie; mais ses effets ont leurs limites que sa sagesse leur a marquées. Elle qui a compté les étoiles, qui a borné l'étendue du ciel dans une rondeur finie, qui a prescrit des bornes aux flots de la mer, a marqué aussi la hauteur jusqu'où elle a résolu de laisser croître nos iniquités. Dieu a dit que ses miséricordes n'ont point de mesure, mais il a dit aussi dans son Évangile : « Remplissez la mesure de vos pères *. » 11 a dit qu'il recevrait tous les pénitents; mais il a dit aussi à certains pécheurs: « Vous mourrez dans votre péché *. » Il a pardonné à l'un

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