‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 191 sur 223 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

*• ïbid., 10.

d.. Ibid., 24.

SDR L'IMPÉNITENCE FINALE 473

peu de temps pour vous préparer ! 0 Dieu, que le temps est court, pour démêler une affaire si enveloppée que celle de vos comptes et de votre vie I ah ! que vous jetterez de cris superflus 1 ah 1 que vous soupirerez amèrement après tant d'années perdues ! Vainement, inutilement : il n'y a plus de temps pour vous ; vous entrez au séjour de l'éternité. Voyez qu'il n'y a plus de soleil visible qui commence et qui finisse, .les jours, les saisons, les années. Rien ne finit en cette contrée ; c'est le Seigneur lui-même qui va commencer de mesurer toutes choses par sa propre infinité. Je vous vois étonné et éperdu en présence de votre Juge : mais regardez encore vos accusateurs; ce sont les r>auvres qui vont s'élever contre votre dureté inexorable.

TROISIÈME POINT

J*ai remarqué, chrétiens, que le grand apôtre saim Paul, parlant de ceux qui s'aiment eux-mêmes et leurs plaisirs, les appelle « des hommes cruels, sans affection, sans miséricorde : » Sine affectione, immites, sine benignitate, voluptatum amatores * ; et je me suis souvent étonné d'une si étrange contexture. En effet cette aveugle attache aux plaisirs semble d'abord n'être que flatteuse, et ne paraît ni cruelle ni malfaisante; mais il est aisé de se détromper et de voir dans cette douceur apparente une force maligne et pernicieuse. Saint Augustin nous l'explique par cette comparaison. Voyez, dit-il *, les buissons hérissés d'épines, qui font horreur à la vue ; la racine en est douce et ne pique pas; mais c'est elle qui pousse ces pointes perçantes qui piquent, qui déchirent les mains et qui les ensanglantent si violemment ; ainsi l'amour des

t. Uliin.. rn, 3,4.

^ in Ps. oxxxix. a* 4, to»ie IV, ooi. 1552.

plaisirs. Quand j'écoute parler les voluptueux dans le livre de la Sapience, je ne vois rien de plus agréable ni de plus riant : ils ne parlent que de fleurs, que de festins, que de danses, que de passe-temps. Coronemus nos rosis * : 'f Couronnons nos têtes de fleurs avant qu'elles soient flétries. » Ils invitent tout le monde à leur bonne chère, et ils veulent leur faire part de leurs plaisirs : Nemo nostrum exon sit luxuriœ nostrœ *. Que leurs paroles sont douces ! que leur humeur est enjouée! que leur compagnie est désirable! Mais si vous laissez pousser cette racine, les épines sortiront bientôt : car écoutez la suite de leurs discours : a Opprimons, ajoutent-ils, le juste et le pauvre : » Opprimamus pauperem justum *. « Ne pardonnons point ni à la veuve,» ni à l'orphelin. Quel est, messieurs, ce changement, et qui aurait jamais attendu d'une douceur si plaisante une cruauté si impitoyable? C'est le génie de la volupté ; elle se plaît à opprimer le juste et le pauvre, le juste qui lui est contraire, le pauvre qui doit être sa proie ; c'est-à-dire, on la contredit, elle s'effarouche; elle s'épuise elle-même, il faut bien qu'elle se remplisse par des pilleries; et voilà cette volupté si commode, si aisée et si indulgente devenue cruelle et insupportable.

Vous direz sans doute, messieurs, que vous êtes bien éloignés de ces excès; et je crois facilement qu'en oette assemblée, et à la vue d'un roi si juste, de telles inhumanités n'oseraient paraître ; mais sachez que l'oppressioa des faibles et des innocents n'est pas tout le crime de la cruauté. Le mauvais riche nous fait bien connaître qu'outre cette ardeur furieuse qui étend les mains aux violences, elle a encore sa dureté qui ferme les voreilles aux plaintes, les entrailles à la compassion et les mains au

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