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». Ibid.
nous donnons à nos sens, à notre curiosité, à notre luxe? Qu'on ne demande plus maintenant jusqu'où va l'obligation d'assister les pauvres : la faim a tranché le doute, le désespoir a terminé la question; et nous sommes réduits à ces cas extrêmes où tous les Pères et tous les théologiens nous enseignent, d'un commun accord, que si l'on n'aide le prochain selon son pouvoir, on est coupable de sa mort, on rendra compte de son sang, de son âme, de tous les excès où là fureur de la faim et du désespoir le précipite. Qui nous donnera que nous entendions le plaisir de donner la vie? qui nous donnera, Chrétiens, que nos cœurs soient comblés de l'onction du Saint-Esprit, pour goûter ce plaisir sublime de soulager les misérables, de consoler Jésus- Christ qui souffre en eux, de faire reposer, dit le saint Apôtre, leurs entrailles affamées : Viscera sanctorum requieverunt per te, frater^. Ah! que ce plaisir est saint' ah 1 que c'est un plaisir vraiment royal I
Sire, Votre Majesté aime ce plaisir; elle en a donné des marques sensibles, qui seront suivies de plus grands effets. C'est aux sujets à attendre, et c'est aux sujets à agir; euxmêmes ne peuvent pas tout ce qu'ils veulent, mais ils rendront compte à Dieu de ce qu'ils peuvent. Sire, c'est tout ce qu'un sujet peut dire à Votre Majesté, il faut dire le reste à Dbu, et le prier humblement de découvrir à un si granù roi les moyens de contenter bientôt 1 &mour qu'il a pour ses peuples, de satisfaire à l'obligation de sa conscience, de mettre le comble à sa gloire, et d? pof rr l'appui le [)ius nécessaire de son salut éternel,
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PODA LA Ttm »E l'exaltation U LA SAINTE CROIX
Combien grande l'entreprise de rendre la croix vénérable. Puissanco absolue et miséricorde infinie, deux choses dans lesquelles consiste la gloire de Dieu : comment éclatent-elles mieux dans la croix du Sauveur. Changements admirables qu'elle a produits dans le monde: raisons que nous avons de mettre en elle toute notre gloire. Sentiments et actions qui prouvent que la croix est pour nous un sujel ie scandale.
Miki autem abrit glortêri, nid <n tiruce Domini nottri J«*u Chritti.
Pour moi , à Dieu ne plaise qne jamala Je me glorifie, ti ce m'est en la croix 4e N otre-Seicnaar Jéias^Cbritt.
Les vérités de Dieu étaient bannies de la terre, tout était obscurci par les ténèbres de l'idolâtrie. Chose étrange, mais très-véritable 1 les peuples les plus polis avaient les religions les plus ridicules ; ils se vantaient de n'ignorer rien, et ils étaient si misérables que d'ignorer Dieu. Ils réussissaient en toutes choses jusqu'au miracle : sur le fait de la religion, qui est le capital de la vie humaine, ils étaient entièrement insensés. Qui le pourrait croire, fidèles, que lee Égyptien», les pères de la philosophie; les Grecs, les maîtres dM
beaux-arts; les Romains, si graves et si avisés, que leur vertu faisait dominer par toute la terre, qui le croirait, qu'ils eussent adoré les bêtes, les éléments, les créatures inanimées, des dieux parricides et incestueux ; que nonseulement les lièvres et les maladies, niuis les vices les plus infâmes et les plus brutales des passions eussent leurs temples dans Rome? Qui ne serait contraint de dire en ce lieu que Dieu avait abandonné à l'erreur ces giands, mais superbes esprits, qui ne voulaient pas le recconaître, et qu'ayan* quitté la véritable lumière, le Dieu de ce siècle les a aveuglés pour ne voir pas des choses si manifestes?
Et le monde et les maîtres du monde, le diable les tenait captiis et tremblants sous de serviles religions, desquelles néanmoins ils étaient jaloux, non moins que de la grandeur de leur république. Qu'y avait-il de plus méchant que leurs dieux? Quoi de plus superstitieux que leurs sacrifices? Quoi de plus impur que leurs profanes mystères? Quoi de plus cruel que leurs jeux, qui faisaient parmi eux une partie du culte divin, jeux sanglants et dignes de bêtes farouches, où ils soûlaient leurs faux dieux de spectacles barbares et de sang humain? Cependant tant de philosophes, tant de grands esprits que le bel ordre du monde forçait à reconnaître l'unique divinité qui gouverne toute la nature, encore qu'ils fussent choqués de tant de désordres, ils n'ont pu persuader aux hommes de les quitter. Avec leurs rnisonnements si sublimes, avec leur éloquence toute-puissante, ils n'ont pu désabuser les peuples de leurs ridicules cérémonies et de leur religion monstrueuse.
Mais sitôt que la croix de Jésus a commencé de paraître au monde, sitôt que l'on a prêché la mort et le supplice du Fils de Dieu , les oracles menteurs se sont tus, le règne des idcles u et''' peu à peu ébranlé, enfin elles ont été renversées ; et Jupiter, et Mnr'--, et Neptune, et l'Égyptien Sérapis, et tout ce que l'on ndorait dans la terre a été enseveli dans l'oubli. ï^ monde a ouvert les yeux ponr reconnaître
le Dieu créateur, et s'est étonnô de son ignorance.. L'extravagance du christianisme a ôiô plus forte que ia plus subUnae philosophie. La simplicité de douze pêcheurs sans secours, sans éloquence, sans art, a changé la face de l'univers. Ces pêcheurs ont été plus heureux que cé fameux Athénien*, à qui la fortune, ce lui semblait, apportait les villes prises *dans des rets. Ils ont pris tous les peuples dans leurs filets, pour en l'aire la conquête de Jésus-Christ, qui ramène tout à Dieu par sa croix.
Car vous remarquerez, chrétiens, que tandis qu'il a couversé parmi nous, encore qu'il fit des miracles extraordinaires, encore qu'il eût à la bouche des paroles de vie éternelle, il a eu peu de sectateurs : ses amis mômes rougissaient souvent de se voir rangés sous la discipline d'un maître si méprisé. Mais, est-il monté sur la croix, est-il mort à ce bois infâme, quelle aHîuence de peuples accourent à lui! 0 Dieu, quel est ce nouveau prodige? Maltraité et mésestimé dans la vie, il commence à régner après qu'il est mort. Sa doctrine toute céleste, qui devait le faire respecter partout, le fait attacher à la croix ; et cette croix infâme, qui devait le faire mépriser partout, le rend vénérable à tout l'univers. Sitôt qu'il a pu étendre les bras, tout le monde a recherché s -s embr-assements. Ce mystérieux grain de iroment n'est pas plutôt tombé dans la t' rre, qu'il s'est multiplié par sa propre corruption. Il ne s'est pas plutô' *levé de terre, que, selon qu'il l'avait orédit en son Évangile, « il a attiré à iui toutes choses*, » et a changé l'instrument du plus infâme supplice en une machine céleste, pour enlever tous les cœurs : c'est-à-dire, que le Sauveur est t )mbé de la croix au sépulcre; et, paf un merveilleux contre-coup, tous les peuples sont tombé? à ses pieds.
I. Timoihée, fils de Gobod. Plat , VU faraV. t. Joann., xii, 23.
Voyez cette affluence de gens, qui de toutes les parties du monde accourent à la croix de Jésus; qui non-seulement se glorifient de porter son nom, mais s'empressent à imiter ses souffrances, à être déshonorés pour sa gloire, à mourir pour l'amour de lui. Si quelqu'un parmi les anciens méprisait la mort, on admirait cette fermeté de courage comme une chose presque inouïe. Grâce à la croix de Jésus, ces exemples sont si communs parmi nous, que lear abondance nous empêche de les raconter. Depuis qu'on a prêché un Dieu mort, la mort a eu pour nous des délices : on a vu la vieillesse la plus décrépitée et l'enfance la plus imbécile, les vierges tendres et délicates y courir comme à l'honneur du triomphe. C'est pourquoi ou disait que les chrétiens étaient un certain genre d'hommes destinés et comme dévoués à la mort. La croix toute-puissante avait familiarisé avec eux ce fantôme hideux, qui est l'horreur de toute la nature. Le monde s'est plus tôt lassé de tuer que les chrétiens n'ont fait de souffrir : toutes les inventions de la cruauté se sont épuisées pour ébranler la foi de nos pères; toutes les puissances du monde s'y sont employées. Mais, ô aveugle fureur, qui établit ce qu'elle pense détruire 1 c'est par la croix que le roi Jésus a résolu de conquérir tout le monde : c'est pourquoi il imprime cette croix victorieuse sur le corps de ses braves soldats, en les associant à ses souffrances ; c'est par là qu'ils surmonteront tous les peuples; ils désanneront leurs persécuteurs parleur patience; les loups à la fin deviendront agneaux, en immolant les agneaux à leur cruauté.
Il faut que la croix de Jésus soit adorée par toute la terre : son empire n'aura point de bornes, parce que sa puissance n'a point de limites; elle étendra sa domination jusqu'aux, provinces les plus éloignées, jusqu'aux îles les plus inaccessibles, jusqu'aux nations les plus inconnues. Quelle joie en vérité, fidèles, de voir et Barbares et Grecs, et les Scythes et les Arabes, et les Indiens et tous les peuples du
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monde, faire tous ensemble un nouveau royaume, qui aura pour sa loi l'Évangile, et Jésus pour son chef, et la uroix pour son étendard I Rome môme, cette ville superbe, après s'être si longtemps enivrée du sang des martyrs de Jésus; Rome la maîtresse baissera la tête : elle portera plus loin ses conquêtes par la religion de Jésus qu'elle n'a fait autrefois par ses armes; et nous lui verrons rendre plus d'honneur au tombeau d'un pauvre pêcheur qu'au temple de son Romulus.
Vous y viendrez aussi, ô Césars : Jésus crucifié veut voir abattue à ses pieds la majesté de l'empire. Constantin, ce triomphant empereur, dans le temps marqué par la Providence, élèvera l'étendard de la croix au-dessus des aigles romaines. Par la croix, il surmontera les tyrans; par la croix, il donnera la paix à l'Empire ; par la croix, il affermira sa maison ; la croix sera son unique trophée, parce qu'il publiera hautement qu'elle lui a donné toutes ses victoires.
Certes, je ne m'étonne plus, ô Seigneur Jésus, si, peu de temps avant votre mort, vous vous écriiez avec tant de joie que votre heure glorieuse approchait, et que « le prince du monde allait être bientôt chassé ^ » Je ne m'étonne plus si je vous vois dans le palais d'Hérode, et devant le tribunal de Pilate, avec une contenance si ferme, bravant, pour ainsi dire, la pompe de la Cour royale, et la majesté des faisceaux romains, par la générosité de votre silence. C'est que vous sentiez bien que le jour de votre crucifiement était pour vous un jour de triomphe. En effet, vous avez triomphé, ô Jésus, et vous menez en triomphe les puissances des ténèbres captives et tremblantes après votre croix. « Vous avez surmonté le monde, non par le fer, mais par le bois : » Domuit orbem, non ferro^ sed ligno '. Car il était bien digne