‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 194 sur 223 · Joann., X:i. Si · texte numérisé non relu

Joann., X:i. Si

t. S. Aug.» In Pi. ny. n'' il tome IV, col, 50a.

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de votre grandeur o de vaincre la force par rin>puîs8anc6, et les choses les plus hautes par les plus abjectes, et ce qui est par ce qui n'est pas, comme parle l'Apôtre t, et une fausse et superbe sagesse, par une sage et modeste folie. » Par ce moyen, vous avez fait voir qu'il n'y avait rien de faible en vos mains, et que vous faites des foudres de tout ce qu'il vous plaît employer.

Mais ne vous dirai-je pas, chrétiens, une belle marque que nous a donnée Jésus-Christ, pour nous convaincre trèS' évidemment que c'est la croix qui a opéré ces merveilles? C'est que sous le règne de Constantin, dans le temps que la paix fut donnée à l'Église, que le vrai Dieu fut reconnu publiquement par toute la terre, que tous les peuples du monde confessèrent la divinité de Jésus; la croix de notre bon Maître, qui n'avait point paru jusqu'alors, fut reconnue par des miracles extraordinaires, dont toute l'antiquité s'est ^glorifiée. Elle fut exaltée dans un temple auguste à la gloire du crucifié, et à la consolation des fidèles. Est-ce par un événement fortuit que cela s'est rencontré dans ce temps? une chose si illustre est-elle arrivée sans quelque ordi'e secret de la Providen^ie? Ah! ne le crayez pas, chrétiens. Et quoi donc? C'est que tout a fléchi sous le joug du sauveur Jésus. Les puissances infernales sont confondues; tout le monde vient adorer le vrai Dieu dans l'Église qui est son temple, et par Jésus-Christ qui est son pontife.

Paraissez, paraissez, il est temps, ô croix, qui avez fait ces miracles : c'est vous qui avez brisé les idoles; c'est vous qui avez subjugué les peuples, c'est vous qui avez donné la victoire aux valeureux soldats de Jésus, qui ont tout surmonté par la patience. Vous serez gravée sur le front des rois; vous serez le principal ornement de la couronne des empereurs; vous serez l'espérance et la gloire des chrétiens, qui diront avec l'apôtre saint Paul « qu'ils ne veulent jar-

i. l Cor., I, î7, «8.

mais se glorifier, si ce n'est en la croix de Notre-Seignenr Jésus-Christ; » à cause que la cnoix, par la bienheureuse victoire qu'elle a remportée en faisant éclater la toute-puissance divine, a aussi répandu sur nous les trésors de sa cAiséricorde : c'est ce qui me reste à vous dire en peu de paroles.

Ce nous est à la vérité une grande gloire de servir un Dieu si puissant qu'est celui que nous adorons ; mais c'est particulièrement sa miséricorde qui nous oblige à nous glorifier en lui seul. Qui ne se tiendrait infiniment honoré de voir un Dieu si grand, qui met sa gloire à nous enrichir? Et n'est-ce pas nous presser vivement de mettre toute la nôtre à le louer? c'est ce que fait la miséricorde. Ce Dieii, qui par sa toute-puissance est si fort au-dessus de nous, luimême par sa bonté daigne se rabaisser jusqu'à nous, et nous communique tout ce qu'il est par une miséricordieuse condescendance. Avouons que cela touche les cœurs, et que s'il est glorieux à la toute-puissance de faire craindre la miséricorde, il ne l'est pas moins à la miséricorde de ce qu'elle fait aimer la puissance.

Car, certes, il y a de la gloire à se faire aimer, c'est pourquoi le grave TertuUien nouj enseigne « que, dans l'origine des choses, Dieu n'avait que de la bonté, et que sa première inclination, c'est de nous bien faire : » Bsus aprimordio tanfum bonus *. Et la raison qu'il en rend est bien évidente et bien digne d'un si grand homme : car, pour bien connaître quelle est la première des inclinations, il faut choisir celle qui se trouvera la plus naturelle, d'autant que la nature est le principe de tout le reste. Or, notre Dieu, chrétiens, a-t-il rien de plus naturel que cette inclination de nous enricûir

«• Adv. Marcion., lib. II, u* 11, p. 46î.

par la profusion de ses grâces? Gomme une source envoie ses eaux naturellement, comme le soleil natureliemoiit répand ses rayons; ainsi Dieu naturellement fait du bien Étant bon, abondant, plein de trésors infinis par sa dignité naturelle, il doit être aussi par nature, bienfaisant, libéral, magnifique.

Quand il te punit, 6 impie, la raison n'en est pas en lui» même; il ne veut pas que personne périsse. C'est ta malice, c'est ton ingratitude qui attire son indignation sur ta tête. Au contraire, si nous voulons l'exciter à nous faire du bien, il n'est pas nécessaire de chercher bien loin des motifs : sa nature d'elle-mônje si bienfaisante, lui est un motif trèspressant, et une raison qui ne le quitte jamais. Quand il nous fait du mal, il le fait à cause de nous; quand il nous fait du bien, il le fait à cause de lui-môme. « Ce qu'il est bon, c'est du sien, c'est de son propre fond, dit Tertullien; ce qu'il est juste, c'est du nôtre : » c'est nous qui fournissons par nos crimes la matière à sa juste vengeance : De suo optimuSf de nostrojustus^. Il est donc vrai, ce que nous disions, que Dieu n'a pu commencer ses ouvrages que par un épanchement général de sa bonté sur les créatures, et que c'est là par conséquent sa plus grande gloire.

Maintenant je vous demande : le sauveur Jésus, notre amour et notre espérance, notre pontife, notre avocat, notre intercesseur, pourquoi est-il monté sur la croix? pourquoi est-il mort sur ce bois infâme? qu'ost-ce que nous en apprend le grand apôtre saint Paul*? N'est-ce pas « pour renouveler toutes choses en sa personne, » pour ramener tout à la première origine, pour reprendre les premières traces de Dieu son Père, et réformer les hommes selon le premier dessein de ce grand ouvrier? C'est la doctrine du christianisme : donc ce qui a porté le Sauveur à vouloir mourir er;

s. De Resur. oarn,, n, 14.

S. Efhes», I, la ; Col^ m, 10.

ia croix, c'est qu'il était touché de ces premiers sentiments de son Père; c'est-à-dire, ainsi que je l'ai exposé tout à l'heure, de clémence, de bncté, de charité infinie.

En effet, n'est-ce pas à la croix qu'il a présenté devant le trône de Dieu, non point des génisses et des taureaux, mais sa sainte chair, formée par le Saint-Esprit, oblation sainte et vivante pour l'expiation de nos crimes? N'est-ce pas à la croix qu'il a réconcilié toutes choses, faisant par la vertu de son sang la vraie purification de nos âmes*? Lea hommes étaient révoltés contre Dieu, ainsi que nous le disions dans la première partie; et, d'autre part, la justice divine était prête à les précipiter dans l'abîme en la compagnie des démons, dont ils avaient suivi les conseils et imité la présomption ; lorsque tout à coup notre charitable pontife paraît entre Dieu et les hommes. Il se présente pour porter les coups qui allaient tomber sur nos têtes. Posé sur l'autel de la croix, il répand son sang sur les hommes, il élève à Dieu ses mains innocentes ; « et ainsi pacifiant la ciel et la terre ^, » il arrête le cours de la justice divine, et change une fureur implacable en une éternelle miséricorde.

En suivant l'audace des anges rebelles, nous leur avions vendu nos corps et nos âmes par un détestable marché; et Dieu sur ce contrat avait ordonné que nous serions livrés en leurs mains. Di-eu l'avait prononcé de la sorte par une sentence dernière et irrévocable. Mais qu'a fait le sauveur Jésus? « Il a pris, dit l'apôtre saint Paul ', l'original de ce décret donné contre nous, et il l'a attaché à la croix. » Pour quelle raison? C'est afin, ô Père éternel, que vous ne puissiez voir la sentence qui nous condamne, que vous ne voyiez le sacrifice qui nous absout; afin que si vous rappeliez en votre mémoire le crime qui vous irrite, ea môme temps

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