‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 27 sur 223 · S. Gypr., epigt lxxi · texte numérisé non relu

S. Gypr., epigt lxxi

&. S. A«g., epist. Lxrrin, n* 2Î.

dans cet exemple de saint Pierre. Admirons après ces grands hommes, dans l'humilité, l'ornement le plus nécessaire des grandes places ; et quelque chose de plus vénérable dans la modestie que dans tous les autres dons; et le monde plus disposé à l'obéissance, quand celui à qui on la doit obéit le premier à la raison ; et Pierre, qui se corrige, plus grand, s'il se peut, que Paul qui le reprend.

Suivons ; ne vous lassez point d'entendre le grand mystère qu'une raison nécessaire nous oblige aujourd'hui de vous prêcher. On veut de la morale dans les sermons, et on a raison, pourvu qu'on entende que la morale chrétienne est fondée sur les mystères du christianisme. Ce que je vous prêche, « je vous le dis, est un grand mystère en Jésus-Christ et en son Église * ; » et ce mystère est le fondement de cette belle morale qui unit tous les chré tiens dans la paix, dans l'obéissance et dans l'unité catholique.

Vous avez vu cette unité dans le saint-siége : la voulezvous voir dans tout l'ordre et dans tout le collège épiscopal? Mais c'est encore en saint Pierre qu'elle doit paraître, et dans ces paroles : « Tout ce que tu lieras sera lié; tout ce que tu délieras sera délié*. » Tous les papes et tous les saints Pères l'ont enseigné d'un commun accord. Oui, mee frères, ces grandes paroles, où vous avez vu si clairement la primauté de saint Pierre, ont érigé les évoques, puisque la force de leur ministère consiste à lier ou à délier ceux qui croient ou ne croient pas à leur parole. Ainsi cette divine puissance de lier et de délier est une annexe nécessaire, et comme le dernier sceau de la prédication que Jésus-Christ leur a confiée ; et vous voyez en passant tout l'ordre de la juridiction ecclésiastique. C'est pourquoi le même qui a dit à saint Pierre : « "^out ce

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que tu lieras sera lié, tout ce que tu délieras sera délié*,» a dit la môme chose à tous les apôtres; et leur a dit encore : a Tous ceux dont vous remettrez les péchés, ils leur seront remis; et tous ceux dont vous retiendrez les péchés, ils leur seront retenus*. » Qu'est-ce que lier, sinon retenir; et qu'est-ce que délier, sinon remettre? Et le même qui donne h Pierre cette puissance la donne aussi de sa propre bouche à tous les apôtres. « Comme mon Père m'a envoyé, ainsi , dit-il, je vous envoie •. » On ne peut voir ni une puissance mieux établie, ni une mission plus immédiate : aussi souffle-t-il également sur tous ; il répand sur tous le môme esprit avec ce souffle, en leur disant : « Recevez le Saint-Esprit ; ceux dont vows remettrez les péchés, ils seront remis* : » et le reste que nous avon» récité.

C'était donc manifestement le dessein de Jésus-Christ de mettre premièrement dans un seul ce que dans la suite il voulait mettre dans plusieurs : mais la suite ne renverse pas le commencement, et le premier ne perd pas sa place. Cette première parole, « Tout ce que tu lieras, » dite à un seul, a déjà rangé sous sa puissance chacun de ceux à qui on dira : « Tout ce que vous remettrez : » car les promesses de Jésus-Christ, aussi bien que ses dous, sont sans repentance; et ce qui est une fois donné indéfiniment et universellement est irrévocable : outre que la puissance donnée à plusieurs porte sa restriction dans son partage , au lieu oiîe la puissance donnée à un seul, et sur tous, et sans sxception, emporte la plénitude ; et n'ayant à se partager avec aucun autre, elle n'a de bornes que celles que donne la règle. C'est pourquoi nos anciens docteurs de Paris, que je pourrait ici nommer avec honneur, ont tous reconnu

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t. Joum., XX.

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