Ibid., XVII, n
%. Ibid., xxvia, ÎO.
SUR L'UNITÉ DE L'ÉGLISE t2i
corps, tantôt par d'inflexibles décrets, et tantôt par de sages tempéraments.
L'empire sortit trop tôt d'une maison et d'une nation si bienfaisante envers l'Église. Rome eut des maîtres fâcheux, et les papes avaient tout à crakidre tant des empereurs que d'un peuple séditieux ; mais ils trouvèrent toujours en nos rois ces charitables voisins que le pape Pelage II avait espérés. La France, plus favorable à leur puissance sacrée que l'Italie et que Rome môme, leur devint comme un second siège où ils tenaient leurs conciles et d'où ils faisaient entendre leurs oracles par toute l'Église. Troyes et Clermont, et Toulouse, et Tours, et Reims plusieurs fois, et les autres villes le peuvent dire, pour ne point parler ici de deux conciles universels tenus à Lyon, et d'un autre concile universel tenu à Vienne ; tant les papes ont pris plaisir à faire les actes les plus importants et les plus authentiques de l'Église dans le sein et avec la fidèle coopération de l'Église gallicane.
Cependant la troisième race était montée sur le trône : race encore plus pieuse que les deux autres, qui aussi a toujours vu augmenter sa gloire ; qui seule dans tout l'univers et depuis le commencement du monde, se voit, sans interruption depuis sept cents ans, toujours couronnée et toujours régnante ; race enfin qui devait donner saint Louis au monde ; en laquelle le monde étonné voit encore aujourd'hui de si grandes choses, et en attend de plus grandes. Vous dirai-je combien de fois et en quels termes elle a été bénie par le saint-siége? Sous cette race, la Çrance est « un royaume chéri et béni de Dieu, un royaume dont l'exaltation est inséparable de celle du saint-siége •, » un royaume... Mais si j'entreprenais de tout raconter, le jour n'y suffirait pas.
Aussi faut-il avouer qu'il y a eu dans ces rois, avec beau-
f . âIm. III, apisL xxx; iBBoe. ill| ôreg. IX, C*hc., part. I.
coup de religion, une noblesse qui les a fait révérer de toute la terre, et qui les a mis au-dessus des autres rois. Quand les empereurs se vantaient de combattre pour lee intérêts communs des rois, les nôtres ont su trouver dans une plus noble constitution de leur État, et dans une plus grande hauteur de leur couronne, une plus sûre défense, puisque, sans qu'ils eussent besoin de se remuer, leur majesté ne fut pas même attaquée dans ces derniers temps, et que jamais ils n'ont été obligés ni à soutenir des guerres, ni, ce qui est bien plus horrible, à faire deF schismes pour la défendre.
Ces rois, aussi bienfaisants que religieux , loin de profiter de la faiblesse des papes toujours réfugiés dans leurs royaume, se relâchaient volontairement de quelques-uns de leurs droits plutôt que de troubler la paix de l'Église ; et pendant que saint Thomas de Gantorbéry était banni d'Angleterre, comme ennemi des droits de la royauté, la France, plus équitable, le recevait dans son sein, comme le martyr des libertés ecclésiastiques. Nos rois donnèrent cet exemple à tout l'univers ; l'Église, qu'ils honoraient, les honorait à son tour ; et l'égalité, tant recommandée par l'apôtre, s'entretenait par de mutuelles reconnaissances.
La piété se ralentissait, et les désordres se multipliaient dans toute la terre. Dieu n'oublia pas la France ; au milieu de la barbarie et de l'ignorance, elle produisit saint Bernard, apôtre, prophète, ange terrestre, par sa doctrine, par sa prédication, par ses miracles étonnants et par une vie encore plus étonnante que ses miracles. C'est lui qui réveilla dans ce royaume et qui répandit dans tout l'univers l'esprit de piété et de pénitence. Jamais sujet ne fut plus zélé pour son prince; jamais prêtre ne fut plus soumis à l'épiscopat; jamais enfant de l'Ég'ise ne défendit mieux l'autorité apostolique de sa mère l'Église romaine. îl regardait dans le pape seul ce qu'il y avait de plus grand dans î'uo et l'autre Testament : un Abraham, un Mei-
chiséderh, un Moïse, un Aaron, un saint Pierre, en un mot JésuS'Christ môme*. Mais afin qu'une autorité sur laquelle l'Église est fondée fût plus sainte et plus vénérable à tous les peuples, il ne cessa d'en séparer, autant qu'il pouvait, ce qui semblait plutôt la déshonorer que l'agrandir.
Tout est à vous, disait-il*, tout dépend du chef; mais c'est avec un certain ordre. On ferait un monstre du corps humain si on attachait immédiatement tous les membres à la tête ; c'est par les évoques et les archevêques qu'on doit venir au saint-siége ; ne troublez point cette hiérarchie, qui est l'image de celle des anges. Vous pouvez tout, il est vrai ; mais un de vos ancêtres disait : « Tout m'est permis, mais tout n'est pas convenable'. » Vous avez la plénitude de la puissance, mais rien ne convient mieux à la puissance que la règle. Enfin l'Église romaine est la mère des Églises*, mais non une maîtresse impérieuse; et vous êtes non pas le seigneur des évoques, mais l'un d'eux : paroles que ce saint homme n*a pas proférées pour affaiblir une autorité qu'il a fait révérer à toute la terre ; mais afin de rappeler en la mémoire du successeur de saint Pierre cette excellente doctrine, que Jésus-Christ, qui l'a élevé à une si grande puissance, n'a pas voulu néanmoins lui donner un caractère supérieur à celui de l'épiscopat, afin que, dans cette haute élévation, il prît soin de conserver dans tous les évèques la dignité d'un caractère qui lui est commun avec eux, et qu'il songeât qu'il y a toujours, avec une grande autorité, quelque chose de doux et de fraternel dans le gouvernement ecclésiastique; puisque, si le pape doit gouverner les évoques, il les doit aussi gouveraer par les lois communes que le saint-siége a faites siennes
i. s. Bern., de Consid., lib. II, cap. tm; et lib. IV, cap. Ta,
î. Ihid., lib. III, cap. nr.
a. I Cor., X, 2?,
« S. Bem., de Consid., lib. lY, cap. TU.
en les confirmant. G'eit ce que disent tons les papes; et encore qu'ils puissent (îîspenser des lois pour l'utilité publique*, le plus naturel exercice de leur puissance est de les faire observer en les observant les premiers, comme ils en ont toujours fait profession dès l'origine du christianisme. Voilà ce que disaient saint Bernard et tous les saints de ce temps; voilà ce qu'ont toujours dit ceux qui ont été parmi nous las plus pieux. C'est aussi ce qui obligea le roi le plus saint qui ait jamais porté la couronne, le plus soumis au saint-siége et le plus ardent défenseur de la foi remaîne (vous reconnaissez saint Louis), à persévérer dans ces maximes, et à publier une pragmatique pour maintenir dans son royaume « le droit commun et la puissance des ordinaires, selon les conciles généraux et les institutions des saints Pères*. »
Ne demandez plus ce que c'est que les libertés de l'Église gallicane. Les voilà toutes dans ces précieuses paroles de l'ordonnance de saint Louis ; nous n'en voulons jamais connaître d'autres. Nous mettons notre liberté à être sujets aux canons; et plût à Dieu que l'exécution en fût aussi effective dans la pratique que cette profession est magnifique dans nos livres I Quoi qu'il en soit, c'est notre loi ; nous faisons consister notre liberté à marcher, autant qu'il se peut, « dans le droit commun » qui est le principe ou plutôt le fond de tout le bon ordre de l'Église ; « sous la puissance canonique des ordinaires, selon les conciles généraux et les institutions des saints Pères : » état bien différent de celui où la dureté de nos cœurs, plutôt que l'indulgence des souverains dispensateurs, nous a jetés ; où les privilèges accablent les lois, où les grâces semblent vouloir prendre la place du droit commun, tant elles se multiplient; où tant de règles ne subsistent plus que dans