Sess. Y
S. Urban. VI, epùt. u.
l'assemblée générale de tous les princes chrétiens, lui parla ainsi de la France* : « La France a beaucoup d'universités, parmi lesquelles la vôtre, mon vénérable frère, est la plus illustre, parce qu'on y enseigne si bien la théologie, et que c'est un si grand honneur d'y pouvoir mériter îe titre de docteur; de sorte que le florissant royaume de France, avec tous les avantages de la nature et de la foiv iune, & encore ceux de la doctrine et de la pure religion, a Voilà ce que dit un savant pape, qui n'ignorait pas nos sentiments, puisqu'ils étaient alors dans leur plus grand* vigueur; et je puis dire qu'il en approuve le fond dans la bulle' où , en révoquant ce qu'il avait dit avant son exaltation en faveur du concile de Bâle, il déclare qu'il n'en révère pas moins le concile de Constance, dont il embrasse les décrets, et nommément ceux où l'autcrité et la puissance des conciles est expliquée.
11 savait bien que la France n'abusait point de ces maximes, puisque môme elle venait de donner un exemple incomparable de modération dans la célèbre assemblée de Bourges, où, louant les Pères de Bâle qui soutenaient cea maximes, elle rejeta l'application outrée qu'ils en firent contre le pape Eugène IV. Nos libertés furent défendues; le pape fut reconnu ; le schisme fut éteint dans sa naissance; tout fut pacifié. Qui fit un si grand ouvrage? Un grand roi, fidèlement assisté par le plus docte clergé qui fût au monde.
Jamais il ne fut tant parlé des libertés de l'Église, et jamais il n'en fut posé un plus solide fondement que dans ses paroles immortellei de Charles VII : a Gomme c'est, dit-il', le devoir des prélats d'annoncer avec liberté la vôritô qu'ils ont apprise de Jésus-Christ, c'est aussi le
i. Pin* II, in Conv. Mani.
1 Buila retract. Pii IL \ Prag. C«. TIL
devoir du prince et de la recevoir de leur bouche, prouvée par les Écritures, et de l'exécuter avec efficace. » Voilà en effet le vrai fondement des libertés de l'Église : alors elle est vraiment libre quand elle dit la vérité, quand elle la dit aux rois qui l'aiment naturellement et qu'ils l'écouteni de leur bouche; car alors s'accomplit cet oracle du Fils de Dieu : « Voug connaîtr&a la vérité, et la vérité vous délivrera, et vous serez vraiment libres*. »
Nous sommes accoutumés à voir agir nos rois très-chrétiens dans cet esprit. Depuis le temps qu'ils se sont rangés sous la discipline de saint Rémi, ils n'ont jamais manqué d'écouter leurs évoques orthodoxes. L'empire romain vit succéder au premier empereur chrétien un empereur hérétique. La succession des empereurs a souvent été déshonorée par de semblables désordres. Mais pour ne point reprocher aux autres royaumes leur malheureux sort, contentons-nous de dire, avec humilité et actions de grâces, que la France est le seul royaume qui jamais, depuis tant de siècles, n'a vu changer la foi de ses rois; elle n'en a jamais eu, depuis plus de douze cents ans, qui n'aient été enfants de l'Église catholique : le trône royal est sans tache et toujours uni au aaint-siége ; il semble avoir participé à la fermeté de cette pierre : Grattas Deo super inenarrabili dono ejttë : « Grâces à Dieu sur ce don inexplicable de sa bonté *. »
En écoutant leurs évoques dans la prédication de la vraie foi, c'était une suite naturelle que ces rois les écoutassent dans ce qui regarde la discipline ecclésiastique. Loin de vouloir faire en ce point la loi à l'Église, un empereur, roi de France, disait aux évoques': «Je veux qu'appuyés de notre secours et secondés de notre puissance, comme le
t . Joan.. YUi, SI, 3ft.
î. II C$r., IX, 15.
8. Lad. Piiu, Copi/., an. 823, Baluz. ; ep. VeniU Sed. ad Amul. U^„
bon ordre le prescrit, famulantc, nt decet, potestate nostro (pesez ces paroles, et remarquez que la puissance royale qui partout ailleurs veut dominer, et avec raison, ici ne veut que servir), je veux donc, dit cet empereur, que, secondés et servis par notre puissance, vous puissiez exécuter ce que votre autorité demande. » Paroles dignes dei maîtres du monde, qui ne sont jamais plus dignes de l'être, ni plus assurés sur leur trône, que lorsqu'ils font respectei l'ordre que Dieu a établi.
Ce langage était ordinaire aux rois très-chrétiens ; et ce que faisaient ces pieux princes, ils ne cessaient de l'inspirer à leurs officiers. Malheur, malheur à l'Église, quand les deux juridictions ont commencé à se regarder d'un œil jaloux! ô plaie du christianisme ! Ministres de l'Église, ministres des rois et ministres du Roi des rois les uns et les autres, quoique établis d'une manière diiférente, ah! pourquoi vous divisez-vous? l'ordre de Dieu est-il opposé à l'ordre de Dieu? et pourquoi ne songez-vous pas que vos fonctions sont unies ; que servir Dieu c'est servir l'État, que servir l'État c'est servir Dieu? Mais l'autorité est aveugle, l'autorité veut toujours monter, toujours s'étendre; l'autorité se croit dégradée quand on lui montre ses bornes. Pourquoi accuser l'autorité? accusons l'orgueil jet disons, comme l'apôtre disait de la loi : « L'autorité est sainte et juste et bonne»; » sainte, elle vient de Dieu; juste, elle conserve le bien à chacun; bonne, elle assure le repos public ; a mais l'iniquité, afin de paraître iniquité, se sert » de l'autorité pour mal faire; en sorte que l'iniquité est souverainement inique, quand elle pèche par l'autorité que Dieu a établie pour le bien des hommes.
Nos rois n'ont rien oublié pour empêcher ce désordre. Leurs capitulaires ne parlent pas moins fortement pour les évoques que les conciles. C'est dans les capitulaires des
1* Boss.. vu, IB.
rois qu'il est ordonné aux deux puissances, au lieu d'entreprendre l'une sur l'autre, de « s'aider mutuellement dans leurs fonctions, » et qu'il est ordonné en particulier aux comtes, aux juges, à ceux qui ont en main l'autorité royale, « d'être obéissants aux évoques : » c'est ce que portait l'ordonnance de Gharlemagne ; et ce grand prince ajoutait qu'il 0 ne pouvait tenir pour de fidèles sujets ceux qui n'étaient pas fidèles à Dieu ; ni en espérer une sincère obéissance, lorsqu'ils ne la rendaient pas aux ministres de Jésus-Christ, dans ce qui regardait les causes de Dieu et les intérêts de l'Église*. » C'était parler en prince habile, qui sait en quoi l'obéissance est due aux évoques, et ne confond point les bornes des deux puissances : il mérite d'autant plus d'en être cru. Selon ses ordonnances, on laisse aux évoques l'aïutorité tout entière dans les causes de Dieu et dans les intérêts de l'Église; et avec raison, puisqu'on cela l'ordre de Dieu, la grâce attachée à leur caractère , l'Écriture , la tradition , les canons et les lois parlent pour eux.
Qu'est-il besoin d'alléguer les autres rois? que ne doivent point les évêques au grand Louis 1 que ne fait point ce religieux prince pour les intérêts de l'Église 1 pour qui a-t-il triomphé, si ce n'est pour elle? Quand tout en un moment ploya sous sa main, et que les provinces se soumirent comme à l'envi, n'ouvrit-il pas autant de temples à l'Église qu'il força de places? mais l'hérésie de Calvin fut la seule confondue en ce temps. Aujourd'hui le luthéranisme, la source du mal et la tête de l'hérésie, est entamé ; heureux présage pour l'Église I il commence à rendre les temples usurpés. L'un des plus grands de ces temples, celui qui de dessus les bords du Rhin élève le
i. Cnp. IV Car. M., an 806, Baluz., Cëpit., cap. Theoi. de hon. Epiac. et reU Sac.erd.; Coll. Ansi'g., lib. VI, cap. ccxux; Conc. Arel., Yi, sub. Car. M., eau. xiu; Gone. Gall.; Capit. Car. M., ao. 813, Baliis.
f/Ius haut et fait révérer de plus loin son sacré sommet, par la piété de Louis est sanctifié de nouveau. Que ne doit espérer la France, lorsque, fermée de tous côtés par d'invincibles barrières, à couvert de la jalousie, et assurant la paix de l'Europe par celle dont son roi la fera jouir, elle verra ce grand prince tourner plus que jamais tous ses soins au bonheur des peuples, et aux intérêts de l'Église, dont il fait les siens! Nous, mes frères, nous qui vous parlons, nous avons ouï de la bouche de ce prince incomparable, à la veille de ce départ glorieux qui tenait toute l'Europe en suspens, qu'il allait travailler pour l'Église et pour l'État, deux choses qu'on verrait toujours inséparables dans tous ses desseins. France, tu vivras par ces maximes; et rien ne sera plus inébranlable qu'un royaume uni si étroitement à l'Église, que Dieu soutient. Combien devons-nous chérir un prince qui unit tous ses intérêts à ceux de l'Église! n'est-il pas notre consolation et notre joie, lui qui réjouit tous les jours le ciel et la terre par tant de conversions? Pouvons-nous n'être pas touchés, pendant que par son secours nous ramenons tous les jours un si grand nombre de nos enfants dévoyés? et qui ressent plus de joie de leur changement que l'Église romaine, leur mère commune, qui dilate son sein pour les recevoir? La main de Louis était réservée pour achever de guérir les plaies de l'Église. Déjà celles de l'épiscopat ne nous paraissent plus irrémédiables. Outre cent arrêts favorables, sous les auspices d'un prince qui ne veut que voir la raison pour s'y soumettre, on ouvre les yeux : on ne lit plus les canons et les décrets des saints Pères par pièces et par lambeaux, pour nous y tendre des pièges; on prend la suite des antiquités ecclésiastiques ; et si on entre dans cet esprit, que verra-t-on èi toutes les pages? Que des monuments éternels de notre autorité sacrée.
« Nous ne nou3 prêchons pas nous-mêmes quand nous parlons de cette sorte; mais nous prêchons Jésus-Christ
f32 SEKMOt^
qui nous a établis ses ministres, et nous prêchons tout ensemble que nous sommes eu Jésus-Christ dévoués à votre service*. » Car qu'est-ce que l'épiscopat, si ce n'est une servitude que la charité nous impose pour sauver les âmes? et qu'est-ce que soutenir l'épiscopat, que soutenir la foi et la discipline? Il ne faut donc pas s'étonner si Louis, qui aime et honore l'Église, aime et honore notre ministère apostolique. Que tarde un si saint pape à s'unir intimement au plus religieux de tous les rois? Un pontificat si «aint et si désintéressé ne doit être mémorable que par la paix, et par les fruits de la paix, qui seront, j'ose le prédire, l'humiliation des infidèles, la conversion des hérétiques et le rétablissement de la discipline. Voilà l'objet de nos vœux ; et s'il fallait sacrifier quelque chose à un si grand bien, craindrait-on d'en être blâmé ?
TROISIÈME POINT
C'a toujours été dans l'Église un commencement de paix, qxie d'assembler les évoques orthodoxes. Jésus-Christ est l'auteur de la paix, Jésus-Christ est la paix lui-même : nous ne sommes jamais plus assurés d'être assemblés en son nom, ni par conséquent de l'avoir, selon sa promesse, au milieu de nous, que lorsque nous sommes assemblés pour la paix; et nous pouvons dire avec un ancien pape*, « que nous sommes véritablement ambassadeurs pour Jésus-Christ, quand nous travaillons à la paix de l'Église : » Pro Christo legatione fungimur, cum paci Ecclesiœ studium impendere procwramits. L'épiscopat , qui est un , aime à s'unir ; c'est en s'unissant qu'il se purifie, c'est en s'unissant qu'il se règle^ c'est en s'unissant qu'il se réforme, mais surtout c'est en s'unissant qu'il attire dan» son unité
1, II Cor, m, 6; nr, 5.
t. Joaua. YIII, epLst. lxxx.
SUR L'UNITÉ DE L'ÉfiLÏSIç 433
le Dieu de la paix, et « les apôtres étaient assemblés, » dit l'évangélistei, quand Jésus-Christ leur vint dire, ce qu'ils disent ensuite â tout le peuple : « Fax vobis : La paix soit avec vous.»
Saint Bernard, l'ange de paix, voyant un commencement de division entre l'Église et l'État, écrivit à Louis VII : « Il n'y a rien de plus nécessaire que d'assembler les évô« ques en ce temps ; » et une des raisons qu'il en apporte, c'est, dit-il à ce sage prince *, que « s'il est sorti de la rigueur de l'autorité apostolique quelque chose dont Votre Majesté se trouve offensée, vos fidèles sujets travailleront à faire qu'il soit révoqué ou adouci, autant qu'il le faut pour votre honneur. »
Et pour ce qui est de la discipline, quand nous la voyons blessée, nous nous assemblons pour proposer les canons, bornes naturelles de la puissance ecclésiastique, qu'elle se fait elle-même par son exercice. Le saint-siége aime cette voie ; le langage des canons est son langage naturel, et, à 2a louange immortelle de cette Église, il n'y a rien de plus répété dans ses Décrétales, ni rien de mieux établi dans sa pratique, que la loi qu'elle se fait d'observer les saints canons.
Les exemples nous feront mieux voir le succès de ces saintes assemblées. On rapporta dans un concile de la province de Lyon un privilège de Rome , qu'on crut contre l'ordre. Nos Pères dirent aussitôt, selon leur coutume : a Relisant le saint concile de Ghalcédoine, et les sentences de plusieurs autres Pères authentiques, le saint concile a résolu que ce privilège ne pouvait subsister, puisqu'il n'était pas conforme mais contraire aux constitutiona canoniques '. »
J. Joairn., XX, 19.
%.. S. Bern., epist. CCLT.
i. Com. Autan., an. iâSS.
Vous reconnaissez dans ces paroles l'ancien style de l'Église: ce concile est pourtant de l'onzième siècle; afin que vous voyiez dans tous les temps la suite de nos traditions, et la conduite toujours uniforme de l'Église gallicane. Elle ne s'élève pas contre le saint-siége, puisqu'elle sait au contraire qu'un siège qui doit régler tout l'univers n'a jamais intention d'affaiblir la règle : mais comme dans un si grand siège, où un seul doit répondre à toute la terre, ii peut échapper quelque chose même à la plus grande vigilance, on y doit d'autant plus prendre garde, que ce qui vient d'une autorité si éminente pourrait à la fin passer pour loi, ou devenir un exemple pour la postérité.
C'est pourquoi dans ces occasions toutes les Églises, mais principalement celle de France, ont toujours représenté au saint-siége, avec un profond respect, ce qu'ont réglé les canons. Nous en avons tin bel exemple dans le second concile de Limoges, qui est encore de l'onzième siècle. On s'y plaignit d'une sentence donnée par surprise et contre l'ordre canonique, par le pape Jean XVIII*. Nos prédécesseurs assemblés proposèrent d'abord la règle « qu'ils avaient reçue, disaient-ils, des pontifes apostoliques et des autres Pères. » Ils ajoutèrent ensuite, comme un fondement incontestable, a que le jugement de toute l'Église paraissait principalement dans le saint-siége apostolique*.» Ce ùe fut pas sans remarquer l'ordre canonique avec lequel les affaires y devaient être portées, afin que ce jugement eût toute sa force ; et la conclusion fut que « les pontifes apostolique? ne devaient pas révoquer les sentences des évoques » contre, cet ordre canonique ; parce que, comme les membres sont obligés à suivre leur chef, il ne faut pas aussi que le chef afflige ses membres. »
Gomme c'a toujours été la coutume de l'Église de