‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 60 sur 223 · In Joann., tract, xiii, n · texte numérisé non relu

In Joann., tract, xiii, n

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divin; qu'ainsi nous devons, par une vue plus claire. élever notre intelligence au-dessus de ces grandes idées, comme elles s'élèvent en quelque manière au-dessus de celles qui nous paraissent trop inférieures : » Cum vero verba omnia, quibus humana colloquia conseruntur, ilHwi sempitema virtus et divinitas mirabiliter atque incunctanter excédât, quidquid de ilîo humaniter dicitur, quod etiam hominibus aspernabile videatur, ipsa humana admonetur infirmitas, etiam illa quœ congruenter in Scripturis saiictis de Deo dicta existimat, humanœ capacitati aptiora esse quam divinœ subitmitati; ac per hoc etiam ipsa transcendenda esse sereniore intellectUj sicut ista qualicumque transcensa sunt»

On peut juger aisément que pour renverser ces idoles [dont nous avons parlé], et adorer Dieu en vérité, il n'y a rien de plus nécessaire que de bien connaître ce qu'il est ; et c'est pourquoi le Sauveur, reprenant la Samaritaine, et instruisant les fidèles, a dit dans notre évangile : « Vous adorez ce que vous ne connaissez pas, et nous adorons ce que nous connaissons i; » par où il nous prépare la voie à cette adoration en vérité, que je dois tâcher aujourd'hui de vous f-iire entendre.

Concluons donc nécessairement qu'il faut connaître celui que nous adorons; mais surtout il en faut connaître ce qui est nécessaire pour l'adorer, que je réduis, chrétiens, à ces trois vérités principales : que Dieu est une nature parfaite et dès là incompréhensible; que Dieu est une nature souveraine; que Dieu est une nature bienfaisante. Voilà comme les trois sources et les trois premières notions qui portent l'homme à adorer Dieu, parce que nous sommes portés naturellement à révérer ce qui est parfait, et que la raison nous enseigne à dépendre de ce qui est souverain, et que nos besoins nous inclinent à adhérer à ce qui est bon.

Cette profonde pensée de la haute incompréhensibilité

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de Dieu est ^ino des causes principales qui nous portent a l'adorer. Nous aimons Dieu, dit saint Grégoire de Nazianze*, parce que nous le connaissons; mais nous l'adorons, poursuit-il, parce que nous ne le comprenons pas; c'est-à-dire, ce que nous connaissons de ses perfections fait que notre cœur s'y attache comme à son souverain bien; mais parce que c'est un abîme impénétrable que nous ne pouvons sonder, nous nous perdons à ses yeux, nous supprimons devant lui toutes nos pensées, nous nous contentons d'admirer de loin une si haute majesté, et nous nous laissons, pour ainsi dire, engloutir par la grandeur de sa gloire; et c'est là adorer en vérité.

Voilà l'idée véritable; voyons maintenant l'idole que l'homme abusé se forme. Je ne veux pas dire, messieurs, que nous pensions pouvoir comprendre la Divinité. Il y a peu d'hommes assez insensés pour avoir une telle audace. Mais celui que nous confessons être inconcevable dans sa nature, nous ne laissons pas toutefois de le vouloir comprendre dans ses pensées et dans les desseins de sa sagesse. Quelques-uns ont osé reprendre l'ordre du monde et de la nature. Plusieurs se veulent faire conseillers de Dieu, du moins en ce qui regarde les choses humaines ; mais tous, presque sans exception, lui demandent raison pour euxmêmes, et veulent comprendre ses desseins en ce qui les touche, Les hommes se sont formé une certaine idole de Cortune que nous accusons tous de nous être injuste; et, sous le nom de la fortune, c'est la sagesse divine dont nous accusons les conseils, parce que nous ne pouvons pas en savoir le fond. Nous voulons qu'elle se mesure à nos intérêts, et qu'elle se renferme dans nos pensées. Faible et petite partie du grand ouvrage de Dieu, nous prétendons qu'il nous détache du dessein total, pour nous traiter à notre mode, au gré de nos fantaisies; comme si cette pro-

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fonde «agesse composait ses desseins par pièces, à la manière des hommes; et nous ne concevons pas que si Dieu n'est pas comme nous, il ne pense pas non plus comme nous, il ne résout pas comme nous, il n'agit pas comme nous ; tellement que ce qui répugne à notre raison s'accorde nécessairement à une raison plus haute que nous devons adorer, et non tenter vainement de la comprendre.

Après avoir bien connu que Dieu est une nature incompréhensible, il faut connaître encore, en second lieu, que c'est une nature souveraine, mais d'une souveraineté qui, supérieure inliniment à celles que nous voyons, n'a besoin pour se soutenir d'aucun secours tiré du dehors, et qui contient toute sa puissance dans sa seule volonté. Il ne fait que jeter un regard, aussitôt toute la nature est épouvantée, et prête à se cacher dans son néant. « J'ai regardé, dit le prophète Jérémie*, et voilà que devant la face du Seigneur la terre était désolée, et ne semblait que de la cendre. J'ai levé les yeux au ciel, et il avait perdu sa lumière; j'ai considéré les montagnes, et elles étaient ébranlées terriblerment, et toutes les collines se troublaient, et les oiseaux du ciel étaient dissipés, et les homme? n'osaient paraître, et les villes et les forteresses étaient renversées, parce que le « Seigneur était en colère. » Le prophète ne nous dit pas, ni qu'il fasse marcher des armées contre ces villes, ni qu'il dresse des machines contre les murailles. Il n'a besoin que de lui-même pour faire tout ce qui lui plaît, parce que son empire est établi, non sur un ordre politique, mais sur la nature des choses dont l'être est à lui en fond et en tout droit souverain, lui seul les ayant tirées du néant. C'est pourquoi il prononce dans son Écriture, avec une souveraine hauteur : « Tous me» conseils tiendront, et toutes mes volontés seront

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