‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 61 sur 223 · I. Jerem., iv, 23 et seqq · texte numérisé non relu

I. Jerem., iv, 23 et seqq

accomplies : » Consilium meum stabîtj et omnis voluntas mea (ietK

Donc, pour adorer Dieu en vérité, il faut connaître qu'il est souverain; et à voir comme nous prions, je dis, ou que notre esprit ne connaît pas cette vérité, ou que notre cœur dément notre esprit. Considérez, chrétiens, de quelle sorte vous approchez de la sainte majesté de Dieu pour lui faire votre prière. Vous venez à Dieu pleins de vos pensées, non pour entrer humblement dans l'ordre de ses conseils, mais pour le faire entrer dans vos sentiments. Vous prétendez que lui et ses saints épousent vos intérêts, sollicitent, pour ainsi dire, vos affaires, favorisent votre ambition. Dans l'espérance de ce secours, vous lui promettez de le bien servir, et vous voulez qu'il vous achète à ce prix, comme si vous lui étiez nécessaires. C'est méconnaître votre souverain, et traiter avec lui d'égal à égal. Car, encore que vous ajoutiez : Votre volonté soit faite, si vous consultez votre cœur,vous demeurerez convaincus que vous regardez ces paroles, non comme la règle de vos sentiments, mais comme la forme de la requête; et permettez-moi de le dire ainsi, vousjriettez à la iin de la prière, Votre volonté, comme à la fin d'une lettre, Votre serviteur. En effet, vous sortez de votre oraison, non plus tranquilles, ni plus résignés, ni plus fervents pour la loi de Dieu, mais toujours plus échauffés pour vos intérêts. Et si les choses succèdent contre vos désirs, ne vous voit-on pas revenir, non avec plaintes respectueuses qu'une douleur soumise répand devant Dieu pour les faire mourir à ses pied? mais avec des secrets murmures et avec un dégoût qui tient du dédain? Chrétiens, vous vous oubliez : ce Dieu que vous priez n'est plus qu'une idole dont vous prétendez faire ce que vous voulez, et noa ia Dieu véritable qui doit Taire de vous ce qu'il veut.

t. /«., UTI, lO.

L*oraison, dit saint Thomasi, est une élévation de i'esprit de Dieu, ascensus mentis in Deum. Par conséquent il est manifeste, conclut ce docteur angélique, que celui-là ne prie pas qui, bien loin de s'élever à Dieu, demande que Dieu s'abaisse à lui, et qui vient à l'oraison, non point pour exciter l'homme à vouloir ce que Dieu veut, mais seulement pour persuader à Dieu de vouloir ce que veut l'homme. Ce n'est pas que je sache que la divine bonté condescend aussi à nos faiblesses, et que, comme dit excellemment saint Grégoire de Nazianze, l'oraison est un commerce où il faut en partie que l'homme s'élève, et en partie aussi que Dieu descende; mais il est vrai toutefois, qu'il ne descend jamais à nous que pour nous élever à lui ; et si cette aigle mystique de Moïse s'abaisse tant soit peu pour mettre ses petits sur ses épaules, ce n'est que pour les enlever bientôt avec elle, et leur faire percer les nues, c'est-à-dire toute la nature inférieure, par la rapidité de son vol : Et assumpsit eum, atque pwtavit in humerissuis^. Ainsi vous pouvez sans crainte et vous devez même exposer à Dieu vos nécessités et vos peines. Vous pouvez dire avec Jésus-Christ, qui l'a dit pour nous donner l'exemple : «Père, que ce calice passe loin de moi',» mais croyez, et n'en doutez pas, que ni vous ne connaissez Dieu comme souverain, ni vous ne l'adorez en vérité, jusqu'à ce que vous ayez élevé votre volonté à la sienne, et que vous lui ayez dit du fond du cœur, avec le mêrn^ Jésus : « Père, non point ma volonté, mais la vôtre*, » votre volonté soit faite : Fiat.

Cette haute souveraineté de Dieu a son fondement sur sa t)onté ; car comme nous venons de dire que son domaine ■ist établi sur le premier de tous ses bienfaits, c'est-à-dire

«. 2, 2, quast. txxxiu, lit. I, «ft. 4,

î:. Deut., xxxii, li.

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