‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 62 sur 223 · Mtttth., XXVI, 3f · texte numérisé non relu

Mtttth., XXVI, 3f

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sur l'être qu'il nous a donné, il S'ensuit que la puissance suprême qu'il a sur nous dérive de sa bonté infinie, et qu'en cela même qu'il est parfaitement souverain, il est aussi souverainement bon et bienfaisant. Que s'il nous a donné l'être, à plus forte raison devons-nous croire qu'il nous en donnera toutes les suites jusqu'à la dernière consommation de notre félicité, puisqu'on peut aisément penser qu'une nature infinie, et qui n'a pas besoin de nous, pouvait bien nous laisser dans notre néant; mais qu'il est tout à fait indigne de lui, ayant commencé son ouvrage, de le laisser imparfait, et de n'y mettre pas la dernière main : d'où il s'ensuit que celui-là môme qui a bien voulu nous donner l'être veut aussi nous en donner la perfection, et par conséquent nous rendre heureux, puisque l'idée de la perfection et celle de la félicité sont deux idées qui concourent ; celui-là étant tout ensemble heureux aussi bien que parfait, à qui rien ne manque. Et c'est la troisième chose qu'il est nécessaire que nous connaissions de Dieu pour l'adorer en vérité, à savoir qu'il est une nature infiniment bonne et bienfaisante', parce que l'adoration que nous lui rendons n'enferme pas seulement une certaine admiration mêlée d'un respect profond pour sa grandeur incompréhensible, ni une entière dépendance de son absolue souveraineté, mais encore un retour volontaire à sa bonté infinie, comme à celle où nous trouverons dans la perfection de notre être le terme de nos désirs et le repos de notre cœur : Adorabunt patrem, « un père. »

Mais encore qu'il n'y ait rien de plus manifeste que la bonté de Dieu, il est vrai néanmoins, messieurs, que nous la méconnaissons souvent. Et certes, si nous étions persuadés, comme nous devons, que Dieu est essentiellement bon et bienfaisant, nous ne nous plaindrions Jamais qu'il nous refuse aucun bien ; et lorsque nous n'obtenons pas ce

i. Luc, xxu, 4%,

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que-noiis îui demandoîi» dans nos prières, nous croirions ''onessairement de deux choses l'une, ou que ce n'est pas un Dien véritable que nous demandons, ou que nous ne sommes pas bien disposés à le recevoir. Et certainement Dieu, comme bon, d'un naturel communicatif, esprit qui aime à se répandre et à s'insinuer dans les cœurs [est toujours disposé à nous accorder l'effet de nos justes demandes] donc, comme il est avide de se donner [à ses , enfants, aussi doivent-ils être] avides de le recevoir : Sicut urget petere nécessitas filium, sic urget chantas dare genitorem^. « Comme la nécessité presse un fils de demander, ainsi la charité presse son père de lui donner. » A nous notre besoin, et à lui sa charité est un empressement, ne soyons pas moins empressés à recevoir que lui à donner. Use plaît d'assister les hommes; et autant que sa grâce leur est nécessaire, autant coule-t-elle volontiers sur eux. Il a soif qu'on ait soif d.3 lui, dit saint Grégoire de Nazianze* : recevoir de sa bonté, c'est lui bien faire; exiger de lui, c'est l'obliger ; et il aime si fort à donner, que la demande à son égard tient lieu de bienfait. Le moyen le plus assuré pour obtenir son secours, c'est de croire qu'il ne nous manque pas; et j'ai appris de isaint Gyprien, «qu'il donne toujours à ses serviteurs autant qu'ils croient recevoir de lui : » Dans credentibus tanlurUy quantum se crédit capere qui sumit^. Ne croyons donc jamais qu'il nous refuse, c'est qu'il nous éprouve; ou en reinettant, il nous fait ce grand bien d'arracher de nous par ce délai de son secours la reconnaissance et la confession de notre faiblesse. Ou nous ne demandons pas bien, ou nous ne sommes pas préparés à bien recevoir, ou ce que nous demandons est tel qu'il n'est pas digne de lui de nous le donner. Lus iiommee

i. S. Petr. Chrys., serai, lxxi, in OraL 0*w.

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