‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 65 sur 223 · I. Tert., de Oral., no · texte numérisé non relu

I. Tert., de Oral., no

80ît LE CULTE DU A DIEU Hô

chaste dïlectîon des biens véritables qui sont les aointuels : Adorahant Patrem in spiritu. « Ils adoreront le Père en esprit. »

Les choses étant changées, le Nouveau Testament ^:lan« établi, il est temps aussi, chrétiens, que nous disions avec le Sauveur-. Dieu est esprit, mais cet esprit pur nous a donné un esprit fait à l'image du sien. Cultivons donc en nous-mêmes ce qui est semblable à lui, et servons-le Buintement, non pour contenter les désirs que nous inspire cette nature dissemblable, je veux dire notre corps, qui A'est pas tant notre nature que notre empêchement et notre fardeau : mais pour assurer la félicité de l'homme invisible et intellectuel, ({ui, étant l'image de Dieu, est capable de le servir, et ensuite de le posséder en esprit.

Et c'est ici, chrétiens, que nous ne pouvons assez déplorer notre aveuglement. Car si nous faisions le dénombrement des vœux que l'on apporte aux temples sacrés, ô Dieu! tout est judaïque, et de cent hommes qui prient, à peine trouverons-nous un seul chrétien qui s'avise de faire des vœux et de demander des prières pour obtenir sa conversion. Démentez-moi, chrétiens, si je ne dis pas la vérité. Ces affaires importantes, qu'on recommande de tous côtés dans les sacristies, sont toutes affaires du monde ; et plût à Dieu du moins qu'elles fussent justes, et que, si nous ne craignons pas de rendre Dieu ministre de nos intérêts, nous appréhendions aw moins de le faire complice de nos crim.es! Nous voyons régner en nous sans inquiétude des passions qui nous tuent, sans jamais prier Dieu qu'il nous en délivre. S'il nous arrive quelque maladie ou quelque affaire fâcheuse, c'est alors que nous commençons à faire des neuvaines à tous les autels, et à fatiguer véritablement le Ciel par nos vœux. Car qu'est-ce qui le fatigue davantage que des vœux et des dévctrcng îritéressés? Alors,

i. Joan., ivi, 3^ ,

on c<^mmence à se souvenir qu'il y ados mnlheurpux tn\{ gémissent dans les prisons, et des pauvres qui meurent de îaim et de maladie dans quelque coin ténébreux. Alors, charitables par intérêt, et pitoyables par force, nous donnons peu à Dieu pour avoir beaucoup, et, très-contents de notre zèle, qui n'est qu'un empressement pour nos intérêts, nous croyons que Dieu nous doit tout, jusqu'à des miracles, pour satisfaire nos désirs et notre amour-propre. 0 Père éternel ! tels sont les adorateurs qui remplissent nos églises. 0 Jésus! tels sont ceux qui vous prennent pour médiateur de leurs passions. Ils vous chargent de leurs affaires, ils vous font entrer dans les intrigues qu'ils méditent pour élever leur fortune, et ils veulent que vous oubliiez que vous avez dit : «J'ai vaincu le monde*. » Ils vous prient de le rétablir, lui que vous avez non-seulement méprisé, mais vaincu. Oh! que nous pourrions dire avec raison ce que l'on disait autrefois : « La foule vous accable: » Turbœ te comprimunt ! Tous vous pressent, aucun ne vous touche, aucun ne vient avec foi pour vous prier de guérir les plaies cachées de son âme. Cette troupe qui environne vos saints tabernacles est une troupe de Juifs mercenaires, qui ne vous demande qu'une terre grasse et des ruisseaux de lait et de miel, c'est-à-dire des biens temporels : comme si nous étions encore dans une Jérusalem terrestre, dans les déserts de Sina, et sur les bords du Jourdain, parmi les ombres de Moïse, et non dans les lumières et sous l'Évangile de celui dont le royaume n'est pas de ce monde.

0 enfant du nouveau Testament! ô adorateur véritable! ô Juif spirituel et circoncis dans le cœur! chrétien détaché de l'amour du monde, viens adorer en esprit, viens demander à Dieu la conversion et la liberté de ton cœur, qui gémit, ou plutôt qui ne gémit pas, qui bC réjruit parmi

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