Or. u. a
ilS Sermon •
saintement et adorer Dieu en esprit, que de s'\ unir de la sorte, et selon la partie divine et spirituelle; et le véritable adorateur est distingué, par ce caractère, de celui qui n'adore Dieu que de la posture de son corps ou du mouvement de ses lèvres.
Dieu a réprouvé un tel culte comme une dérision de sa majesté. Ce grand Dieu a dit autrefois, parlant des sacrifices des anciens. « Qu'ai-je affaire de vos taureaux et de vos boucs, et de toute la multitude de vos victimes? je n'en veux plus, j'en suis fatigué, et ils me sont à dégoût*. » Entendons par là, chrétiens, que dans la nouvelle alliance il demande d'autres sacrifices : il veut des offrandes spirituelles et des victimes raisonnables. Ainsi donnez-lui l'esprit et le cœur ; autrement il vous dira par la bouche de son prophète Amos : que si vous ne chantez en esprit, quelque douce et ravissante que soit la musique que vous faites résonner dans son sacrifice, votre harmonie l'incommode, et que vos accords les plus justes ne font à ses oreilles qu'un bruit importun : Auferame tumultum carminum tuorum, et çantica lyrœ tuœ non audiam^ : « Éloignez de moi le bruit tumultueux de vos cantiques; je n'écouterai point les airs que vous chantez sur la lyre. »
Si donc nous lui voulons faire une oraison agréable, il faut pouvoir dire avec David : « 0 Seigneur I votre serviteur a trouvé son cœur, pour vous faire cette prière : » Invertit servus tuus corsuum, ut oraret te oratione hac*. Oh! qu'il s'enfuit loin de nous, ce cœur vagabond, quand nous approchons de Dieu I Étrange faiblesse de l'homme ! Je ne dis pas les affaires, mais les moindres divertissements rendent notre esprit attentif; nous ne le pouvons tenir devant Dieu, et outre qu'il ne nous échappe que trop par son
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ft. Antos., V. 2$.
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prODi-ô égarement, nous le promenons encore volontairem«Qt, deçà et delà. Nous parlons, nous écoutons ; et comme SI c'était peu d'être détournés par les autres, nous-mêmes nous étourdissons notre esprit par le tumulte intérieur de nos vaines imaginations. Chrétiens, où êtes-vous? venez-vous adorer, ou vous moquer? parlez- vous en cette sorte au moindre mortel? Je ne m'étonne pas si vous n'avez que des pensées vaines : vous ne vous entretenez que de vanités, vous flattant par des complaisances mutuelles, etc. Si vous vous remplissiez des saintes vérités de Dieu, ce cercle de votre imagination agitée les ramènerait ; heureuses distractions d'un mystère à un autre, d'une vérité à une autre ! Ah ! rappelez votre cœur, faites revenir c& fugitif; et s'il vous échappe malgré vous, déplorez devant Dieu ses égarements, dites-lui avec !!e Psalmiste : a 0 Seigneur ! mon cœur m'a abandonné : Cor meum dere^ Hquit me\TéiChez toujours de le rappeler, cherchez cet égaré, dit saint Augustin « ; et quand vous l'aurez trouvé avec David, offrez-le tout entier à Dieu, et adorez en esprit celui qui est esprit et vie : Spiritus est Deus : et eos qui adorant eam iu spiritu et veritate odotiet apa* rare •.
Mais pour arrêter notre esprit et contenir nos pensées, il faut nécessairement échauffer ce cœur. C'est le naturel de l'esprit de rouler toujours en lui-môme par un mouvement éternel, tellement qu'il serait toujours dissipé par sa propre agitation, si Dieu n'avait mis dans la volonté une certaine vertu qui le fixe et qui l'arrête. Mais, mes frères, une volonté languissante n'aura jamais cette force, jamais ne produira, un si bel effet; il faut qu'elle ait de la ferveur, autrement l'esprit lui échappe, et elle s'échappe à aiie-
*. Ps. XXXIX, n.
i. In Ps. Lxxxv, n* 7,