Ibid., I
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attachés sur les justes ; » non-seulement parce qu'il veille sur eux pour les protéger, mais encore parce qu'il aime à les regarder du plus haut des cieux, comme le plus cher ^bjet de ses complaisances. « N'avez-vous point vu, dit-il, mon serviteur Job, comme il est droit et juste, et craignant Dieu ; comme il évite le mal avec soin, et n'a point son semblable sur la terre * ? »
Que le soldat est heureux qui combat ainsi sous les yeux de son capitaine et de son roi, à qui sa valeur invincible prépare un si beau spectacle! Que si les justes sont le spectacle de Dieu, il veut aussi à son tour être leur spectacle ; comme il se plaît à les voir, il veut aussi qu'ils le voient : il les ravit par la claire vue de son éternelle beauté, et leur montre à découvert sa vérité même dans une lumière si pure, qu'elle dissipe toutes 1rs ténèbres et tous les nuages.
Mais qu'est-ce, direz-vous, que la vérité ? quelle image nous en donnez-vous ? sous quelle forme paraît-elle aux hommes ? Mortels grossiers et charnels, nous entendons tout corporellement ; nous voulons toujours des images et des formes matérielles. Ne pourrai-je aujourd'hui éveiller ces yeux spirituels et intérieurs qui sont cachés bien avant au fond de votre âme ? les détourner un moment de ces images vagues et changeantes que les sens impriment, et les accoutumer à porter la vue de la vérité toute pure ? Tentons, essayons, voyons. Je vous demande pour cela, messieurs, que vous soyez seulement attentifs à ce que vous faites, et que vous pensiez à l'action qui nous ras- "*emble dans ce lieu sacré. Je vous prêche la vérité, et vouâ l'écoutez ; et celle que je vous propose en particulier, c'est que celui-là est heureux qui n'est point sujet à l'erreur et qui ne se trompe jamais. Cette vérité est sûre et incontestable : elle n'a pas besoin de démonstration, et vous en
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voyez l'évidence. Mais, messieurs, où la voyez-vous? Ce peut être dans mes paroles : nullement, ne le croyez pas. Car, où la vois-je moi-même? Sans doute dans une lumière intérieure qui me la découvre, et c'est là aussi que vous la voyez. Je vous prie, suivez-moi, messieurs, et soyez un peu attentifs à l'état présent où vous êtes. Car, comme si je vous montre du doigt quelque tableau ou quelque ornement de cette chapelle royale, j'adresse votre vue ; mais je ne voue donne pas la clarté, ni je ne puis vous inspirer le sentiment : je fais à peu près le même dans cette chaire. Je vous parle, je vous avertis, j'excite votre attention ; mais il y a une voix secrète de la vérité qui me parle intérieurement, et la même vous parle aussi : sans quoi toutes mes paroles ne feraient que battre l'air vainement et étourdir les oreilles. Selon la sage dispensation du ministère ecclésiastique, les uns sont prédicateurs et les autres sont auditeurs; selon l'ordre de cette occulte inspiration de la vérité, tous sont auditeurs, tous sont disciples : si bien qu'à ne regarder que l'extérieur, je parle, et vous écoutez ; mais au dedans, dans }e fond du cœur, et vous et moi écoutons la vérité qui nous parle et qui nous enseigne. Je la vois et vous la voyez, et tous ensemble nous voyons la même, puisque la vérité est une ; et la même se découvre encore par toute la terre à tous ceux qui ont les yeux ouverts à ses lumières.
On ne peut donc déterminer où elle est, quoiqu'elle ne manque nulle part. Elle se présente à tous les esprits ; mais elle est en môme temps au-dessus de tous. Que les hommes tombent dans l'erreur, la vérité subsiste toujours, qu'ils profitent ou qu'ils oublient, que leurs connaissances croissent ou décroissent, la vérité n'augmente ni ne diminue. Toujours une, toujours égale, toujours immuable, elle juge de tout et ne dépend du jugement de personne. « Chaste et fidèle, propre à chacun, quoiqu'elle soit commune à tous • » Et omnibus communis est, et sÎTigulis casia
tst, dit saint Augustin *. On est heureux quand on la possède ; on ne nuit qu'à soi-même quand on la rejette. Elle fait donc également la béatitude et le supplice de tous les hommes, parce que « ceux qui se tournent vers elle sont rendus heureux par ses lumières, et que ceux qui refusent de la regarder sont punis par leur propre aveuglement et par leurs ténèbres : » Cum intégra et iacorrupta, et convei'sos IcetifUet lumine, et aversos puniat cœcitate*.
Voilà ce que c'est que la vérité ; et, mes frères, cette vérité, si nous l'entendons, c'est Dieu même. 0 vérité I ô lumière I ô vie I quand vous verrai-je ? quand vous connaîtrai-je ? Connaissons-nous la vérité parmi les ténèbres qui nous environnent ? Hélas ! durant ces jours de ténèbres, nous en voyons luire de temps en temps quelque rayon imparfait. Aussi notre raison incertaine ne sait à quoi s'attacher ni à quoi se prendre parmi ces ombres. Si elle se contente de suivre ses sens, elle n'aperçoit que l'écorce ; si elle s'engage plus avant, sa propre subtilité la confond. Les plus doctes à chaque pas ne sont-ils pas contraints de demeurer court ? Ou ils évitent les difficultés, ou ils dissimulent et font bonne mine, ou ils hasardent ce qui leur vient sans le' bien entendre, ou ils se trompent visiblement et succombent sous le faix.
Dans les affaires mêmes du monde, à peine la vérité estelle connue. Les particuliers ne la savent pas, quoique toutefois ils se mêlent de juger de tout, parce qu'ils n'ont pas l'étendue et les relations nécessairee. Ceux qui sont dans les grandes charges, étant élevés plus haut, découvrent sans doute de plus loin les choses ; mais aussi sontils exposés à des déguisements plus artificieux. « Que vous êtes heureux I disait un ancien à son ami tombé en disgrâce ; oui, que vous êtes heureux maintenant de n'a-